«Locke & Key»: la malédiction de Keyhouse

Campé en Nouvelle-Angleterre, le récit surnaturel mâtiné d’horreur suit les mésaventures des Locke, le petit Bode, les ados Tyler et Kinsey, ainsi que Nina, la mère, qui, après le meurtre de Rendell, le père, s’installent à Keyhouse, manoir appartenant à la famille depuis plusieurs générations.
Photo: Netflix Campé en Nouvelle-Angleterre, le récit surnaturel mâtiné d’horreur suit les mésaventures des Locke, le petit Bode, les ados Tyler et Kinsey, ainsi que Nina, la mère, qui, après le meurtre de Rendell, le père, s’installent à Keyhouse, manoir appartenant à la famille depuis plusieurs générations.

Il aura fallu 10 ans pour que Locke Key, série de romans graphiques écrite par Joe Hill (fils de Stephen King) et illustrée par Gabriel Rodriguez, prenne vie à l’écran. Après avoir regardé les dix épisodes de la série Netflix, en ligne vendredi, force est de se demander s’il n’aurait pas fallu reporter une fois de plus le projet.

Campé en Nouvelle-Angleterre, le récit surnaturel mâtiné d’horreur suit les mésaventures des Locke, le petit Bode, les ados Tyler et Kinsey, ainsi que Nina, la mère, qui, après le meurtre de Rendell, le père, s’installent à Keyhouse, manoir appartenant à la famille depuis plusieurs générations. Or, Keyhouse est l’hôte d’une entité maléfique souhaitant s’emparer des clés magiques cachées dans la demeure.

Apprenant le décès de Rendell, un personnage s’immole par le feu en se plantant l’une de ces clés dans le cœur. La scène frisant le ridicule avec ses effets spéciaux peu convaincants, on comprend tout de suite que quelque chose cloche dans Locke Key.

Une genèse difficile

En 2010, Mark Romanek (les clips de Jay-Z, Beyoncé et Justin Timberlake) tourne un épisode pilote pour Fox Network. La chaîne fait projeter ledit épisode au Comiccon de San Diego l’année suivante, mais passe son tour. En 2014, Universal Pictures annonce au Comiccon que Locke & Key fera l’objet d’une trilogie pour le grand écran, puis le projet sombre aux oubliettes.

En 2016, le projet d’adaptation renaît de ses cendres grâce à IDW Entertainment ; Carlton Cuse, scénariste de la série culte Lost, est de la partie. En 2017, la chaîne Hulu, plateforme diffusant La servante écarlate, acquiert les droits de la série. Scott Derrickson (Sinistre, Docteur Strange) est choisi pour réaliser le tout. Pris par le tournage de la série Snowpiercer pour la chaîne TNT, il quitte le navire. Entre alors en scène le réalisateur Andy Muschietti (Mama, Ça 1 et 2).

Coup de théâtre : Hulu rejette l’épisode pilote de Locke & Key. Netflix, qui ne mise pas tout le temps sur la qualité — Fuller House, Insatiable, Marseille, ça vous dit quelque chose ? —, récupère les droits et commande un nouveau pilote. Muschietti doit abandonner la mise en scène, mais demeure producteur, à l’instar de Cuse, qui signe aussi quelques épisodes. Si l’on sent la volonté des créateurs de la série de respecter l’œuvre originale, l’ensemble ne répond pas à toutes les attentes.

Fidèle mais fade

Que les fans soient rassurés : la série n’est pas désastreuse, mais sachant qu’on retrouve au générique Meredith Averill et Elizabeth Ann Phang, scénaristes et productrices de The Haunting of Hill House, splendide et bouleversante série d’horreur librement adaptée du roman de Shirley Jackson et portée aux nues par nul autre que Stephen King, on se serait attendu à un résultat plus horrifiant, plus anxiogène et plus captivant.

Or Locke & Key rappelle davantage Le monde de Narnia, de C. S. Lewis, plutôt que l’univers de H. P. Lovecraft, auquel Joe Hill rendait hommage en donnant son nom à la petite localité du Massachusetts où se déroule l’action. Toutefois, dans la série, Lovecraft se nomme Matheson en l’honneur du romancier Richard Matheson, auteur de La maison des damnés, « l’un des romans de maison hantée les plus effrayants du XXe siècle », a écrit le King lui-même en apprenant son décès en 2013. Hélas ! Ce clin d’œil — et ils sont nombreux ! — ne fait qu’ajouter à la déception.

Dès le premier épisode, tandis que Bode (Jackson Robert Scott, qui se faisait croquer par Pennywise dans les égouts dans Ça) explore les corridors sinueux du somptueux manoir avec ses baskets à roulettes, c’est l’image du jeune Danny dans Shining qui revient à l’esprit. Là s’arrête la comparaison.

Alors que Stephen King n’a pas son pareil pour exploiter les peurs et les angoisses liées à l’enfance, l’univers de Joe Hill et Gabriel Rodriguez, tel qu’il est illustré dans cette série, renvoie tantôt aux gentilles enquêtes des frères Parker et de Nancy Drew, tantôt à la risible série Riverdale.

Pourtant, chaque fois que Bode découvre l’une des clés magiques, on a droit à de charmants moments fantastiques. Ces clés permettent notamment de se rendre dans les lieux de son choix, de pénétrer dans un miroir, de changer d’apparence, de visiter sa propre psyché. Certes, si la psychanalyse freudienne, la poésie de Cocteau et le film d’animation Sens dessus dessous sont évoqués… là encore s’arrête la comparaison.

Aurait-on dû confier la mise en scène à une seule personne plutôt qu’à cinq réalisateurs ? Devant le manque d’âme de l’ensemble, le rythme de croisière qui s’installe seulement à mi-parcours, le ton qui se cherche d’un épisode à l’autre et la direction d’acteurs qui laisse plus qu’à désirer — chacun d’entre eux semble avoir les intentions de son personnage littéralement inscrites sur le front —, la question est légitime.

À force de vouloir plaire à un diffuseur, cette série au sujet plus que prometteur aurait-elle perdu de son essence ? À moins que ce soit le désir de séduire le plus large public possible qui lui donne l’allure d’une nouvelle version de la série jeunesse de R. L. Stine, Chair de poule ? Une chose est sûre, les amateurs du genre seront plus que déçus.

Locke & Key

Netflix, dès vendredi