Le racisme de tous les jours vu par Fabrice Vil

Dans la vie, Fabrice Vil s’est donné pour mission de se battre pour l’inclusion de tous.
Adil Boukind Le Devoir Dans la vie, Fabrice Vil s’est donné pour mission de se battre pour l’inclusion de tous.

L’intolérance à la différence est parfois subtile. Elle fait son œuvre insidieusement, forçant tout un chacun à se soumettre aux codes de la majorité, parfois au détriment de leur propre identité. C’est cette intolérance qu’explore Fabrice Vil dans son documentaire Briser le code. À travers diverses entrevues avec des Québécois d’origines différentes, il nous fait voir comment un code silencieux leur impose souvent de renier leur propre identité. C’est le cas d’une femme au nom de consonance étrangère à qui on parle au téléphone comme si elle venait d’arriver au Québec. C’est le cas de la jeune femme voilée qui se sent parfaitement québécoise, mais qui perçoit que les gens ont peur d’elle. C’est le cas aussi de cet Autochtone qui masque son identité parce qu’il fréquente une école hors réserve. Lorsqu’il joue au hockey contre une équipe autochtone, il entend son équipe couvrir les adversaires de propos injurieux.

Ces situations, une personne interrogée les nomme « micro-agressions ». Ce n’est pas un racisme affiché, voire réfléchi. Ces comportements impliquent cependant un rapport de pouvoir, explique Fabrice Vil en entrevue. Le documentaire expose l’« une des manières dont le racisme se manifeste », dit-il. Le « code », tel qu’il est défini dans son film, « pointe vers les comportements, les attitudes, les gestes que les personnes racisées et autochtones doivent adopter pour se fondre dans la majorité sans déranger ».

Fabrice Vil ne le nie pas : il est humain de changer de code culturel selon l’endroit où on se trouve ou selon les personnes à qui on s’adresse. « Là où il y a un problème, c’est quand ce code-là existe dans des rapports de pouvoir, qui font en sorte que certaines personnes en viennent à renier qui elles sont », dit-il. Ce « code » auquel il fait référence s’applique généralement de façon subtile, voire intangible. Il peut cependant avoir des conséquences importantes dans la vie des personnes visées. Il prend comme exemple le cas de cette jeune Noire qui doit modifier ses cheveux pour obtenir du travail. Ou cette personne qui, à maîtrise égale du français, se voit refuser un emploi à cause de son accent. Dans ces cas, dit-il, le code fait des personnes visées des citoyens de seconde zone.

Dans la vie, Fabrice Vil s’est donné pour mission de se battre pour l’inclusion de tous. Il le fait notamment à travers l’organisme Pour 3 Points, qu’il a fondé et qui vise l’inclusion de jeunes de milieux défavorisés à travers le sport. Cette inclusion, et le respect fondamental qui en découle, elle est due à tous les citoyens, « qu’ils soient au Québec depuis une seconde ou depuis toujours », précise-t-il.

Pourtant, les enquêtes démontrent, année après année, la présence au Québec de discrimination dans l’emploi, dans le logement, dans le système de justice, donc dans la vie de tous les jours.

Pas qu’un malaise

La plupart des personnes interrogées dans son documentaire sont d’ailleurs ce qu’on appelle des « immigrants de seconde génération ». « Moi, je pense que toute personne sur le territoire québécois devrait être traitée avec la dignité qu’elle mérite, qu’elle soit au Québec depuis une seconde ou depuis une génération. Cette dignité-là est fondamentale. Mais le fait que les immigrants de deuxième génération prennent la parole illustre qu’on est au-delà de la question de l’intégration des immigrants », relève-t-il.

Quand on parle de racisme, l’auditoire, ou l’interlocuteur, a l’impression qu’on l’accuse d’être une personne haineuse et violente et de faire des gestes intentionnels et méchants. Cela élimine toute possibilité de conversation.

Le sujet est délicat, Fabrice Vil le sait. Son but, c’est précisément d’amener sur la place publique un sujet souvent jugé tabou, ou interdit. Il précise que l’idée de ce documentaire ne découle pas de l’adoption de la loi 21 sur la laïcité et que le débat est selon lui plus large que cela. « Ce n’est pas juste un malaise, c’est une réalité », dit-il. Il souligne d’ailleurs que les réactions négatives à tout débat sur le racisme au Québec tiennent souvent à une mauvaise interprétation de ce qu’on désigne comme du racisme. « Quand on parle de racisme, dit-il, l’auditoire, ou l’interlocuteur, a l’impression qu’on l’accuse d’être une personne haineuse et violente et de faire des gestes intentionnels et méchants. Cela élimine toute possibilité de conversation », relève-t-il. Dans ce contexte, son documentaire (qui vient avec un balado et une série de capsules web) est une invitation à réfléchir au racisme comme à un phénomène plus subtil, et sans que ce soit perçu comme « un péché capital ».

À l’heure actuelle, dit-il, « on a une plus grande facilité à parler de thèmes comme l’intimidation, le sexisme et, dans une certaine mesure, l’homophobie ». L’un de ses buts sera atteint lorsqu’on pourra débattre du sujet du racisme aussi sereinement qu’on arrive à débattre d’autres sujets. S’il reconnaît volontiers que la situation québécoise s’améliore en général dans ce domaine, il ajoute aussi que là n’est pas la question. « Parce que l’égalité et le plein épanouissement de chacun sont fondamentaux, dit-il, on ne peut pas s’arrêter de militer en ce sens tant que tout le monde n’est pas inclus. »

Briser le code

Télé-Québec, mercredi, 20 h, en rediffusion, dimanche 2 février, 20 h