La Florida de Théodore Pellerin

Dans l’univers d’un kitsch majestueux de la série, Théodore Pellerin (à droite) est phénoménal. Pas d’exagération. L’acteur québécois se fond dans ce paradis fait de rêves grands comme ça.
Photo: Showtime Dans l’univers d’un kitsch majestueux de la série, Théodore Pellerin (à droite) est phénoménal. Pas d’exagération. L’acteur québécois se fond dans ce paradis fait de rêves grands comme ça.

Il glisse sur la scène comme un surfeur. Avec la confiance d’un champion. Et un costard de gagnant. Un peu grand, le costard, il est vrai. Mais le charisme du jeune homme et sa présence compensent l’espace flottant laissé dans ses vêtements. Il y a des ballons, des drapeaux américains, des acclamations de spectateurs passionnés. Radieux, il crie : « Donnez-moi un A-MEN ! » En retour, il reçoit un vibrant « A-MEN ! » Il est l’incarnation d’un motivateur de foule. Non, d’un véritable dieu. Un dieu de la Floride.

Dans l’univers d’un kitsch majestueux de la série qui porte le bienheureux titre de On Becoming a God in Central Florida, et dans les habits du type susmentionné, Théodore Pellerin est phénoménal. Pas d’exagération. L’acteur québécois se fond dans ce paradis fait de cours d’aquaforme, de matelas gonflables, de rêves grands comme ça. (« Ça » étant des maisons immenses remplies de mobilier royal doublées de trajets fréquents en hélicoptère.) On sent presque les effluves de chlore s’échapper de ces multiples plans de piscines investies d’enthousiastes individus s’adonnant à des chorégraphies endiablées.

Mais que raconte cette série aux accents excentriques ?

L’action se déroule dans les années 1990. La bande sonore regroupe néanmoins des classiques de la décennie d’avant. Self Control de Laura Branigan, Angel of the Morning interprétée par Juice Newton, « Just call me angel of the morning, (angel !) »

Dans cet univers teinté d’humour noir, Théodore Pellerin multiplie les moments magiques. Il lâche des pigeons avec Alexander Skarsgård. Il engouffre des croustilles sur le capot d’une voiture. Il danse la bachata devant un miroir. Il brandit l’un de ces chèques géants de téléthons télévisés. Séquences bonbon ? « Il y avait tellement de choses le fun à faire dans ce show-là, confirme le comédien. Et puis, même si c’est complètement fou et déjanté, ça fait partie de l’histoire, du ton, de l’univers. Ça a du sens. »

Face à lui, se déplaçant souvent en quatre roues rose avec son bébé — et une clope — se trouve Kirsten Dunst. La performance de l’interprète américaine lui a valu d’être nommée pour le Golden Globe de la meilleure actrice de série comique. Elle semble y donner vie au mantra : « Tout est dans le chouchou à cheveux ». Et dans les barrettes surdimensionnées, les cols roulés à imprimés fleuris, les maillots une pièce légèrement lousses. La veuve qu’elle incarne travaille dans un parc d’attractions déglingué, à l’esthétique pastel délavé, croulant sous les animaux en peluche. Son mari disparu, elle tente de joindre les deux bouts.

Lorsqu’on le joint, Théodore Pellerin, lui, se prépare au tournage imminent de la prochaine saison d’On Becoming a God… Pas en Central Florida, mais bien en Louisiane. « C’est sur Instagram que j’ai appris que la série avait été prolongée. La chaîne Showtime a publié une photo avec la face de Kirsten. C’était écrit : “Season 2”. “Ah ? !” Ils étaient tellement pressés de l’annoncer qu’ils n’avaient pas encore appelé tout le monde. » On y voit une manifestation de la façon de faire un peu sans-cœur hollywoodienne. Mais non, nous reprend-il. « C’est juste une anecdote comique. Je ne pense pas que c’est le genre de chose qui arrive souvent. Ils se sont un peu excusés. »

Son personnage, lui, ne s’excuse pas de ses idées de grandeur. Son existence est menée par des formules de type « aimants de frigo ». « Donnez-moi un oui et je vous donnerai le monde. » Ou encore : « La chance n’est pas une chose qui vous arrive. C’est une chose que VOUS faites arriver. » Il arrive d’ailleurs que pendant le visionnement, on se surprenne à penser : « Oui ! C’est juste ! » Avant de se reprendre instantanément : mais non. C’est trop con. « C’est vrai qu’il y a un peu de vérité dans ces pensées, s’esclaffe l’acteur. Même si on peut toutes les démentir facilement. Et qu’elles sont un peu intenses. »

C’est du reste l’intensité des annonces d’avocats aux airs de requin qui l’a inspiré dans la composition de son personnage. Plus précisément : les publicités que l’on retrouve partout aux États-Unis. Dans les salles de bains. À la télé. « Votre tasse de café en métal a créé des étincelles dans votre micro-ondes ? Nous pouvons vous aider à poursuivre la compagnie. Call now 1 888 888-8888 » « C’est tellement une autre culture », observe Théodore Pellerin. Mais là où ces hommes de loi hors-la-loi semblent manquer de cœur, le gars qu’il incarne est nettement plus inoffensif. Sous ses airs de maîtrise de soi, son assurance s’effrite. « Au début de la saison, il est vraiment dans l’illusion. Peu à peu, certains éléments sont révélés. D’où il vient, ce qu’il vit, pourquoi il est en crise d’anxiété constante. »

On le devine à la façon dont il ajuste sa montre, l’air de dire je suis trop pressé, trop occupé, mais pas tant que ça en réalité. À son sourire trop grand et forcé. À sa bonne humeur appuyée. « C’était beaucoup de travail en amont, explique l’interprète. Mais le rôle était assez bien écrit dans ce flou entre l’homme véritable et le garçon paniqué qui rêve d’être un businessman. »

Car il l’est, paniqué. Ou pressé. De réussir, de faire des sous. À ce sujet, On Becoming… devient vite une réflexion sur la survie financière aux États-Unis, sur la pauvreté, sur l’injustice du système.

La foi

L’acteur de 22 ans qui a démarré sa carrière à la télévision dans 30 vies souligne qu’il est parfois difficile de s’en remettre entièrement à un réalisateur. Des exemples de cinéastes en qui il a une foi absolue ? Sophie Dupuis, qui l’a dirigé dans l’encensé Chien de garde. Puis Philippe Lesage, qui lui a donné son premier rôle au grand écran dans Les démons, et l’a réengagé dans Genèse. « Quand je tourne avec Philippe, j’ai l’impression que je comprends dans quel film je suis. Je comprends sa caméra. Son langage très précis. Sa façon de créer une scène. J’ai complètement confiance dans la justesse de son œil. »

Durant le tournage d’On Becoming a God…, maintenant, Théodore Pellerin a-t-il vécu des moments où il s’est dit ouf, ça, je ne suis pas sûr ? « Oh, plein ! laisse-t-il tomber. Entre autres parce qu’on reçoit les textes beaucoup plus près de la date de tournage. Il y a moins de temps de préparation, ça va plus vite. » Rapidement alors : s’il devait, pour finir, répondre à la question lancée par Kirsten Dunst dans une super scène de souper, que dirait-il ? À savoir : « Si vous pouviez formuler un seul vœu, ce serait lequel ? » « Oh mon Dieu. C’est teeeellement une grande question. Il faudrait que j’y pense pendant de longues journées. » En attendant le tournage de la deuxième saison, en mars ?

On Becoming a God in Central Florida

Sur Crave et en version française à Super Écran dès mardi, 21h