L'émission «L’effet secondaire» fait son effet

Amédamine Ouerghi fait un tordant «premier de classe» et Alexie Haddad-Cliche tient le rôle d’une élève à la réputation «parfaite».
Photo: Karine Dufour Amédamine Ouerghi fait un tordant «premier de classe» et Alexie Haddad-Cliche tient le rôle d’une élève à la réputation «parfaite».

Il arrive que des séries jeunesse tentent de parler aux adolescents en utilisant un langage plaqué. Qui crée le malaise à grands coups de « chill » et de « yo » gênants. Rien de cela dans L’effet secondaire.

Le concept est simple. Une école. Des jeunes dedans. Leur quotidien. Leurs préoccupations. Leurs joies. Leurs peines. Simple ? Reprenons-nous : il est extrêmement difficile d’être authentique en parlant d’adolescence au petit écran. Surtout lorsque, adolescents, nous ne le sommes plus.

C’est peut-être justement en les laissant parler, ces jeunes, que L’effet secondaire réussit son coup. Et si bien. Parce que c’est rythmé, rigolo, émouvant. Les personnages sont hyper attachants. Leurs confessions en solo à la caméra, souvent humoristiques, évoquent les apartés des joyeux perdants de la comédie culte The Office. Ils ont le sens de la formule. Ils ont le sens de la répartie. Et quand on dit ils, on les désigne vraiment. Eux, ces acteurs sur une lancée.

Justement, après le visionnement de quelques épisodes en primeur mardi, on en retrouve quelques-uns, attablés, tous ensemble, bavardant avec allégresse. Avant le tournage de L’effet secondaire, ces cinq humains ne s’étaient jamais croisés. Aujourd’hui ? Ils sont amis. Vraiment amis.

Sentez-vous que vous avez pu vous exprimer à votre façon à vous, les gars ? Les cinq comparses devant nous opinent de la tête, avec des sourires grands comme ça. Absolument. « Ce qui est cool, c’est justement qu’on a pu improviser, parler dans nos propres mots. Ça rend le truc beaucoup plus réaliste et le fun à regarder », dit à ce sujet Édouard Tremblay-Grenier. Ce dernier incarne un personnage qui, sur le compte Tik Tok de l’émission (ouh, moderne), est présenté comme étant « le musicien de la gang ». À ses côtés, son comparse Félix-Antoine Bénard approuve. Lui joue « le sportif de la bande, toujours présent pour détendre l’atmosphère ».

Et l’atmosphère, en ce jour de visionnement comme à l’écran, est absolument détendue. Pour preuve, ce petit monologue improvisé de Félix-Antoine : « La série nous fait rire. Elle nous fait pleurer. Elle nous fait voyager à travers la vie de ces personnages. Tous aussi intéressants les uns que les autres. » Il jette un oeil à ses compagnons, hilares. « Maudit que j’parle bien ! »

Et L’effet secondaire, ça leur parle ? Totalement, répond Amédamine Ouerghi, qui joue le tordant « premier de classe ». « C’est vraiment une bonne série pour les préados. Et les ados. » Son pote Brendon Tremblay, qui personnifie l’élève plus discret, est d’accord : « On parle de trucs auxquels on fait réellement face dans nos vies. »

Produite par Diane England, portée par les textes de Joëlle Bond, Anita Rowan et Jean-Sébastien Lord (avec l’apport de la distribution, donc), L’effet secondaire est l’adaptation québécoise de Brugklas. Ce format des Pays-Bas a été repris dans plusieurs contrées, dont le Royaume-Uni où il se nomme The First Years et la Pologne où il a été rebaptisé Pierwsza Klasa. La version d’ici, quant à elle, est réalisée de façon dynamique et cadencée par M. Lord et Guillaume Lonergan.

C’est justement la présence de ces deux réalisateurs, qui tournaient en même temps, chacun de leur côté, avec un groupe de comédiens donnés, que Nicolas Germain-Vien a particulièrement aimée. « Ils avaient des exigences différentes, remarque l’acteur qui incarne le comique toujours prêt à rire. C’était le fun ! Ça nous a permis d’avoir deux visions de l’émission. »

Et sa vision à lui ? « Même moi, je trouve ça vraiment bon. Je suis sûr que ça va pogner ! »

La vérité sort de la bouche des ados ?

Ouverture et curiosité

Ce qui frappe le téléspectateur adulte en voyant cet Effet, c’est à quel point, malgré le changement d’époque, malgré l’arrivée des réseaux sociaux, certaines choses restent à jamais pareilles. Les rangées de casiers où on se réunit à la récré. La mission consistant à trouver (en vain) de l’alcool pour la danse du secondaire. Ladite danse. Le slow. Les petites notes qu’on se passe pendant le cours de maths. Les tables de babyfoot. Le fameux exercice d’évacuation.

Autre chose : cette dramatique fait mentir en trente secondes et demie les titres sensationnalistes qui tentent de nous faire croire que les ados sont rendus uniformément et complètement amorphes et qu’ils passent leur vie à gober du contenu classé sur des sites douteux. Non. Ils sont allumés, curieux, ouverts, brillants. Et les thèmes explorés montrent à quel point : identité sexuelle, deuil, manipulation, intimidation… « On parle beaucoup d’anxiété aussi, ajoute Alexie Haddad-Cliche, qui tient le rôle d’une élève à la réputation «parfaite». Je trouve ça important d’aborder ce sujet. D’essayer de trouver des techniques pour aider tous ceux qui vivent avec ce trouble au quotidien. »

Son amie Axelle Michaud, qui joue avec justesse la fille de la directrice, renchérit : « L’épisode qui m’a le plus marquée, c’est celui sur l’anorexie. Je ne réalisais pas à quel point ça pouvait toucher des personnes proches de nous. »

Pour leur copine Dounia Ouirzane, une autre séquence incontournable est celle où son personnage « annonce à sa classe que ses parents ont dû la confier à d’autres parce qu’ils ne pouvaient pas prendre soin d’elle ». « C’est venu me chercher parce que, pour moi, la famille, c’est vraiment important. »

Celle que ces ados se sont créée sur le plateau risque fort de vous faire craquer.

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L’effet secondaire

Dès le 10 janvier à 17 h sur les ondes d’ICI Radio-Canada et Tou.tv