Dîner et discuter avec Kim Thúy

«À la table de Kim» nous présente, entre autres, le joli jardin de l’écrivaine. La balançoire de son garçon. La poignée de la porte qui semble toujours ouverte. Car habituellement, la maîtresse de maison ne sait jamais combien de personnes vont se retrouver autour de sa table.
Photo: ARTV «À la table de Kim» nous présente, entre autres, le joli jardin de l’écrivaine. La balançoire de son garçon. La poignée de la porte qui semble toujours ouverte. Car habituellement, la maîtresse de maison ne sait jamais combien de personnes vont se retrouver autour de sa table.

«Bienvenue chez nous ! » À la table de Kim Thúy, il y a des éclats de rire et des confessions. Il y a aussi des amitiés qui naissent. Et de bonnes discussions qui s’étirent.

C’est dans l’idée de partager ces moments avec le public que l’écrivaine et son amie productrice au contenu chez KOTV Ève Déziel ont eu l’idée de créer une série. Composée de six épisodes sympathiques où l’on mange et l’on échange, sans pour autant insister sur les recettes. Précision de la productrice : « L’objectif, c’était de faire une émission autour de la table, et non une émission de cuisine. »

Les téléspectateurs sont donc invités à entrer dans la salle à manger de Kim. Une pièce colorée, lumineuse, décorée avec goût. La série, qui plonge dans les mêmes tons éclatants, est composée de gros plans sur la belle vaisselle, les plats dégustés.

« Je n’ai pas de métier », a tenu à rappeler l’écrivaine de Ru et de Mãn lors d’une projection de presse qui s’est déroulée au restaurant Phuong Thao. Un chouette et très authentique endroit nommé ainsi en l’honneur de la propriétaire qui est cheffe — et également proche de Kim Thúy depuis 25 ans. Explication comique de l’autrice : « Je vous ai conviés ici parce que les Vietnamiens ne peuvent pas recevoir sans nourriture. Nous ne savons pas trop comment verbaliser nos émotions. Donc tout passe par les plats. »

Reste que, même si elle insiste sur son manque d’expérience à la caméra (si ce ne sont ses multiples apparitions télévisées dans le rôle de l’invitée), sa spontanéité et son sens de la répartie traversent l’écran quand elle est aux commandes. On sent qu’elle ne se force nullement à se montrer curieuse et enthousiaste. Ses questions sont naturelles, ses remarques rigolotes. Lorsqu’elle lève par exemple son verre d’« eau de Longueuil » en soulignant que c’est une bonne cuvée, on sourit. Elle semble née pour animer. Une discussion comme une émission.

C’est toutefois avec sa sincérité signature qu’elle a tenu à commenter la valeur de sa performance. « Je ne sais pas combien l’émission vous a coûté, mais j’espère que vous n’avez pas misé trop gros », a-t-elle lancé, lors du visionnement, à l’adresse de ses producteurs et diffuseurs. Même honnêteté lorsqu’est venu le moment de revenir sur la façon dont elle s’est préparée à jouer à l’intervieweuse. « On a pensé me donner des cartons, mais ça ne servait à rien, s’est-elle esclaffée. Je ne suis rien. »

Porté par la réalisation attrayante d’Isabelle Garneau, À la table de Kim nous présente, entre autres, le joli jardin de l’écrivaine. La balançoire de son garçon. La poignée de la porte qui semble toujours ouverte. Car habituellement, la maîtresse de maison ne sait jamais combien de personnes vont se retrouver autour de sa table. « Très souvent, ça commence par un ami qui me dit “j’amène le poisson !”. Mais quand il arrive, le poisson est trop gros pour deux. Donc je fais un appel à tous. »

Pour son passage à la télé, elle a dû limiter les invitations. Tournant autour du thème de la transmission, le premier épisode réunit ainsi un petit groupe formé de son amie actrice Anne Dorval, de la musicienne Elisapie Isaac, de l’historienne Évelyne Ferron et du chef d’orchestre Jean-François Rivest.

Ensemble, ils s’intéressent à la force spirituelle de la musique classique. Aux œuvres — ou plutôt aux chefs-d’œuvre — qui réussissent à traverser le temps. Est-ce forcément dû au talent, uniquement ? Qu’en est-il de tous ces oubliés de l’art ?

Une fois l’épisode terminé, l’autrice-animatrice s’est désolée. « On ne pouvait pas tout garder dans les 44 minutes que ça dure. Il a fallu couper. Vous manquez le meilleur de la discussion, en fait ! Il fallait être là. Il fallait être à la table. » Spontanée et sincère, disions-nous.

 
Photo: ARTV Kim Thúy et Anne Dorval

Car il est vrai que capter l’essence d’une soirée mouvementée en trois quarts d’heure est une chose compliquée. Reste que l’émission est néanmoins parsemée de moments attendrissants, comme lorsque l’écrivaine force presque Anne Dorval à prendre deux gigantesques pots Mason remplis de bouillon vietnamien à emporter. « Pour partager. Avec ton amoureux, par exemple. » « Je suis autosuffisante avec mon bouillon », répond-elle du tac au tac. Ou lorsque les parents de l’écrivaine apportent à manger aux invités. Et que son papa, élégant et moqueur, déclare d’une voix toute douce que c’est sa femme qui tient les commandes des fourneaux. « Moi, je suis le copilote. Je suis soumis. »

Verdict de l’animatrice sur son propre show ? « Je trouve que je parle ben trop ! » Et sinon ? « Les conversations des invités sont tellement toujours intéressantes. J’aurais trouvé égoïste de les garder juste pour moi. »

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À la table de Kim

Artv, vendredi, 20 h. Dès le 3 janvier.