«Épidémie» en série

Julie Le Breton (2e à partir de la droite) rêvait de jouer dans une série médicale. Dans «Épidémie», elle enfile l’uniforme de l’infectiologue et directrice du Laboratoire d’urgence sanitaire Anne-Marie Leclerc, qui devra traquer une maladie hautement contagieuse.
Photo: Yan Turcotte Julie Le Breton (2e à partir de la droite) rêvait de jouer dans une série médicale. Dans «Épidémie», elle enfile l’uniforme de l’infectiologue et directrice du Laboratoire d’urgence sanitaire Anne-Marie Leclerc, qui devra traquer une maladie hautement contagieuse.

La vue qui se brouille, la pièce qui se met à tourner, la fièvre qui monte, le rouge qui teinte les joues. Et la toux. Profonde. Inquiétante. Rebutante. Scénarisée par le trio formé d’Annie Piérard, de Bernard Dansereau, et de leur fils Étienne, Épidémie fait de la maladie, et de ses multiples manifestations, le moteur de son intrigue.

En son centre, une infectiologue qui tente de ne pas faire déborder sa vie personnelle abîmée dans son quotidien professionnel contrôlé. De toute façon, ce n’est pas le bon moment de se laisser distraire. « Le virus est au-devant d’elle. Elle court après lui. Elle tente de prendre le dessus », analyse son interprète, Julie Le Breton.

L’actrice, qui a déjà porté les mots d’Annie Piérard et de Bernard Dansereau (de même que la toge d’une avocate) dans le drame juridique Toute la vérité, enfile l’uniforme de ladite infectiologue. « Une série médicale, c’était mon rêve de toujours », remarque celle qui, autrefois, rêvait de devenir docteure. Elle le devient enfin dans ce thriller au propos percutant. « On peut raconter des séries catastrophes de plein de façons, ajoute la comédienne à la feuille de route sans faux pas.Et je trouve qu’ici on l’a fait de façon humaine, intime et sociale. »

Elle a raison : par le passé, Hollywood a été placé En quarantaine par le réalisateur John Erick Dowdle, a été atteint de la Fièvre noire d’Eli Roth et a fait face à une Contagion signée Steven Soderbergh. Épidémie plonge dans ces mêmes zones de stress, de sueur et de suspicion. Rapidement, les événements s’emboîtent et s’enchaînent. Le cirque médiatique gronde et enfle tandis que le virus se propage d’une scène à l’autre.

La réalisation de Yan Lanouette Turgeon capte ces instants de contagion. Un enfant qui embrasse un furet. Une jeune femme qui prend un autre furet dans ses bras. Un téléphone cellulaire qu’elle tend à une passante qui lance un bisou dans le téléphone en question. Transmission. Notons également ces gros plans sur des mains en train d’être frottées, savonnées, nettoyées, lavées, égouttées. Après deux épisodes, l’envie de faire la même chose risque de vous tenailler.

Actes de compassion

Parmi les points les plus positifs de l’ensemble, on notera la protagoniste à la bonté contagieuse jouée par Nancy Saunders. L’artiste visuelle inuite, spécialisée en sculpture, brille dans ce premier rôle. Celui d’une étudiante au doctorat en biochimie médicale, véritable force tranquille. Sa cousine, partie de Kuujjuaq il y a cinq ans, peine à s’adapter aux rues de Montréal. Avec compassion et conviction, elle tentera de l’aider à traverser les épreuves, la faim, la peine. « C’est cool de voir un tel personnage à l’écran ! s’exclame son interprète. Elle dégage une lumière positive. Ça fait du bien. »

Ce qui fait également du bien, dit-elle, c’est d’entendre parler inuktitut dans une série, à l’extérieur des productions du Réseau de télévision des peuples autochtones. D’ailleurs, si cette langue occupe une si grande place dans Épidémie, c’est en partie grâce à Nancy. Et en partie grâce à sa mère, qui s’est chargée de la traduction, des sous-titres — et de la nourriture traditionnelle dégustée dans une scène.

Car s’il y a une chose qu’Épidémie montre particulièrement bien, c’est que, dans la maladie, quelques privilégiés sont nettement mieux traités que les autres. Et que même mourants, certains subiront toujours les préjugés les plus grossiers. Le ton cassant à la caisse du dépanneur. Le commentaire méprisant d’une passante. Les sous-entendus blessants d’une infirmière. L’indifférence. La brusquerie. Le mépris.

Le montage de Carina Baccanale et Louis-Philippe Rathé présente bien les contrastes entre ces traitements inégaux. Et effectue des liens à l’image et au son des plus intéressants. Dans une scène, une quinte de toux. Dans la suivante, le toussotement d’un moteur de camion. Dans une autre, un furet au pelage blanc éclatant. Dans la suivante, une femme médecin vêtue d’un tailleur de la même couleur.

Les vêtements, précisément, évoquent par ailleurs ceux de la série policière Mensonges. Pas surprenant : ils ont, eux aussi, été soigneusement choisis par la costumière Francesca Chamberland. On replonge donc dans ces tons élégants de bleus pâles et de marine, doublées ici du turquoise des uniformes médicaux.

Et pour ce qui est du ton de la série, produite par Datsit Sphère en collaboration avec Québecor Contenu, les scénaristes confient avoir visé le réalisme. Pour ce faire, ils ont demandé conseil au Laboratoire de santé publique du Québec. Plus précisément, au Dr Jean Longtin et à la Dre Anne Fortin, qui les ont aidés à peaufiner ce que Bernard Dansereau surnomme « notre méchant, méchant virus ».

N. B. Les ravages de ce terrible assassin sans visage débuteront le 7 janvier, sur les ondes de TVA, à 21 h.