L’accueil comme condition d’intégration des immigrants

En invitant  chez lui,  pour sa série documentaire, Fady, Ivoirien d’origine libanaise, aujourd’hui chef du Service de police  de Longueuil, Gregory Charles souhaite recréer l’ambiance familiale d’ouverture  au monde.
ICI Radio-Canada En invitant chez lui, pour sa série documentaire, Fady, Ivoirien d’origine libanaise, aujourd’hui chef du Service de police de Longueuil, Gregory Charles souhaite recréer l’ambiance familiale d’ouverture au monde.

Pour Gregory Charles, l’immigration devrait être une expérience heureuse. Et pour réussir cette expérience, il faut qu’il y ait des ouvertures du côté des accueillis, comme du côté des accueillants. L’immigration, « c’est une danse à deux », dit-il en entrevue.

Depuis quelque temps déjà, Gregory Charles a choisi de s’employer à faciliter l’intégration des nouveaux arrivants au Québec. Après avoir produit la série de capsules Je suis Québécois, dans laquelle il explique le Québec et certains aspects de la langue française aux immigrants, voici qu’il lance la série documentaire Le vrai nouveau monde, où il rencontre des immigrants aux profils divers, et permet à son public de les connaître.

Cette démarche, explique-t-il de long en large, lui est notamment inspirée de ses parents, qui aimaient recevoir chez eux des personnes provenant de tous les coins du monde. Il garde un souvenir attendri de ces soirées aux parfums internationaux, où l’on causait autant de politique que de gastronomie. En invitant chez lui, pour sa série documentaire, Fady, Ivoirien d’origine libanaise, aujourd’hui chef du Service de police de Longueuil, ou Cintia, journaliste vénézuélienne venue au Québec pour protéger sa liberté d’expression, il souhaite recréer l’ambiance familiale d’ouverture au monde.

« Mon père était un nouvel arrivant dans les années 1960 », raconte-t-il en entrevue téléphonique. Anglophone originaire de Trinidad et Tobago, Lennox Charles n’a longtemps parlé qu’en français à son fils Gregory, pour s’assurer que celui-ci maîtrise bien cette langue. Jusqu’à la fin de sa vie, lui qui a été happé par une déneigeuse à Montréal, en 2018, Lennox Charles a aussi œuvré pour favoriser l’intégration des immigrants, notamment à travers l’organisme communautaire PROMIS, dans Côte-des-Neiges. Mais l’idée de cette série documentaire est aussi venue à Gregory Charles depuis qu’il préside les cérémonies d’accession à la citoyenneté canadienne, organisées tous les mois par le gouvernement fédéral.

« Je suis devenu très conscient des leitmotive et des motivations qui accompagnent cette réception de citoyenneté, dit-il en entrevue. Je ne compte plus le nombre de gens qui m’ont mis leurs enfants dans les bras en disant : “C’est pour elle ou c’est pour lui qu’on vient ici”. » Cette arrivée en sol québécois, il souhaite donc qu’elle se passe le mieux possible.

À titre d’exemple, il cite encore son père, qui, après avoir longtemps demandé qu’on le rapatrie dans son pays, a finalement décidé d’être enterré à côté de Pierrette, sa femme. Or, pour rester ainsi au Québec, il faut l’aimer, dit-il. Certains des immigrants qu’il rencontre dans sa série documentaire vivent au Québec depuis longtemps, d’autres moins. Leurs parcours sont variés. Fady est arrivé au Québec comme étudiant étranger, tandis que Cinthia a fui la répression au Venezuela. On rencontrera aussi un Mexicain qui a été immigrant en situation irrégulière aux États-Unis avant de venir pour la première fois au Québec comme travailleur saisonnier, un Congolais désormais établi à Joliette qui a vu sa famille mourir durant la guerre, ou une Vietnamienne qui a tout laissé derrière elle avec sa famille, avant de s’arrêter dans un camp de réfugiés à Hong Kong et de s’établir ici.

« Ça n’est pas une série moralisatrice », dit Gregory Charles, qui voulait tout simplement « documenter » l’immigration dans sa diversité pour éviter, notamment, de tomber dans la logique creuse des chiffres. Il relève d’ailleurs qu’on a beau parler énormément de la quantité d’immigrants que le Québec veut accepter, la majorité de ces immigrants ne reste pas au Québec. Plusieurs immigrants ont confié à Gregory Charles avoir trouvé particulièrement difficile de se faire des amis ici.

Gregory Charles aborde aussi un autre écueil à l’immigration, la question de la reconnaissance des équivalences de formation. Il évoque la situation de son propre père, orthopédiste de formation, qui n’a pas travaillé dans son domaine précis au Québec parce que la reconnaissance de ses diplômes a trop tardé à venir.

« Leur histoire m’est familière », dit-il au sujet de ces gens qu’il a rencontrés. En créant la série de capsules Je suis Québécois, Gregory Charles souhaitait aussi rendre le Québec plus intelligible aux nouveaux arrivants. Par le biais de ces capsules, il leur explique par exemple, avec un peu d’histoire, ce que sont les cégeps, ou encore le mouvement féministe québécois.

Pour apprendre le français parlé au Québec, il suggère l’apprentissage de diverses chansons, québécoises ou françaises. Une façon d’apprendre la langue qui a fait ses preuves, assure-t-il.

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Le vrai nouveau monde

Radio-Canada, samedi, 19 h