«The Mandalorian»: père tué, et respecté

Ceux qui planifiaient de dévorer, ou <em>binge-watcher</em> comme on dit, les huit épisodes du <em>Mandalorien</em> d'un coup s'en sont pris un, coup. Tut tut tut. Plus de saison mise en ligne dans son entièreté comme Netflix nous y a habitués.
Photo: Disney+ Ceux qui planifiaient de dévorer, ou binge-watcher comme on dit, les huit épisodes du Mandalorien d'un coup s'en sont pris un, coup. Tut tut tut. Plus de saison mise en ligne dans son entièreté comme Netflix nous y a habitués.

« Jon Favreau est de ma génération. Il aime Star Wars. Il a compris la quintessence de Star Wars. C’est un enfant de Star Wars. » À l’image du cinéaste-scénariste-producteur américain, Patrice Girod est un enfant de Star Wars. Il aime Star Wars. Il en a compris la quintessence.

Depuis qu’il a vu A New Hope (Épisode IV : un nouvel espoir) en 1977, il a placé tous ses espoirs dans ce classique mythique du cinéma. Voyez un peu : pendant 15 ans, il a édité Lucasfilm Magazine. C’est également lui qui a choisi les objets présentés lors de l’expo Star Wars à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris. Lui qui a produit les deux conventions officielles françaises, dont celle ayant marqué la sortie de l’Épisode III. En parallèle, il a rencontré plusieurs fois George Lucas. Et a été figurant dans l’Épisode I. « J’en ai, des heures de vol. »

Et comme tous les enfants nés sous la bonne guerre des étoiles, celui qui est aujourd’hui directeur des expositions de ScienceFictionArchives.com se sent un peu tel un gamin à Noël chaque fois que la franchise lance un nouvel opus. Comme elle l’a fait mardi dernier avec The Mandalorian (Le Mandalorien). Une série créée par le Jon Favreau mentionné plus haut. Dotée d’un budget de quelque 100 millions $US. Et proposée sur le nouveau service de webdiffusion Disney+.

Parmi toutes les œuvres mises à la disposition des abonnés de ce même Disney+, The Mandalorian était probablement la plus attendue. Le service a connu des ratés durant la journée, à cause du nombre élevé de personnes qui s’y sont précipitées. Combien ? La compagnie de Mickey n’a pas encore dévoilé de chiffres pour ce titre précis (même si elle a annoncé que 10 millions de personnes ont souscrit à l’ensemble au cours des 24 premières heures).

Elle n’a pas non plus lancé son service partout en même temps. En France, comme dans plusieurs pays européens, ce n’est qu’en mars 2020 que l’on pourra visionner (ahem, sans pirater) ce Mandalorian. Mais Patrice est patient. Et puis, ça lui rappelle de beaux souvenirs. « Jusqu’à l’Épisode I, en 1999, on a toujours attendu six mois après la sortie des films aux États-Unis pour les voir ici. »

La revanche des fans

Ici, ou plutôt au Québec, nous avons eu la chance de le voir. Et de découvrir un univers familier sans pour autant être plaqué. Doté d’effets spéciaux du tonnerre, le premier épisode du Madalorien réalisé par Dave Filoni s’ouvre ainsi sur un hommage à la scène de la cantine de A New Hope. Plus loin, un plan de prisonniers congelés dans la carbonite évoque Han Solo dans The Empire Strikes Back (Épisode V : L’empire contre-attaque). Les transitions de la vieille école (les fameux screen wipes) rythment le récit. Le tout suit la formule prisée par Patrice Girod : « On a trahi le père tout en le respectant. »

Depuis le rachat de Lucasfilm par Disney en 2012, plusieurs reprochent d’ailleurs à la franchise de s’éloigner de cette règle pourtant simple. Le passé doit être aussi présent que l’innovation. Patrice Girod critique principalement le rythme auquel sortent désormais les titres. Les prochains à marquer au calendrier sont prévus en 2022, 2024 et 2026. Essoufflement. « Ils peuvent me faire un film de Star Wars toutes les heures, il n’y a pas de problème. Mais il faut que la qualité soit là. » C’est qu’il faut du temps pour le faire bien.

Justement, parlons-en, du temps. Ceux qui planifiaient de dévorer, ou binge-watcher, comme on dit, les huit épisodes du Mandalorian d’un coup s’en sont pris un coup. Tut tut tut. Plus de saison mise en ligne dans son entièreté comme Netflix nous y a habitués depuis House of Cards.

Maintenant, c’est un épisode par semaine. Vous allez attendre. Comme avant. Comme avec le câble (vous pensiez y avoir échappé, hein). Faudra-t-il bientôt rembobiner la cassette ?

Et puisqu’il est question « de l’ancien temps »… Patrice Girod note à quel point la frénésie généralisée générée par The Mandalorian montre que les choses ont changé. « La culture populaire est devenue la culture dominante. » Disney y a contribué, croit-il. Et, bien entendu, les réseaux sociaux. Qui ont permis aux fidèles de se trouver, d’échanger (de se chicaner), de se rassembler.

L’expert des étoiles se souvient d’une époque où sa passion était moquée. Étudiant à l’École de commerce (sur les conseils de son père), il a voulu créer un magazine consacré aux films de sa vie. « Tout le monde s’est foutu de moi. Oh là là, mais il n’a pas grandi dans sa tête, celui-là. » Ben voyons. « Vous rigolez aujourd’hui, mais à l’époque j’étais le nerd, le pauvre garçon. » Essayez de vous moquer d’un fan de Star Wars aujourd’hui. Ha.

Bref, le respect, il a fallu le gagner, dit Patrice Girod. À force de passion, de persévérance et… de costumes-cravate. « J’ai pris exemple sur Rick Berman. Le producteur de tous les Star Trek. Dans un entretien avec Larry King, ce dernier lui a fait remarquer qu’il était toujours bien habillé. Rick a répondu : “Déjà que le sujet porte à rigoler, si je ne le fais pas, personne ne me prend au sérieux.” Ça m’avait marqué. Depuis, quand je donne une entrevue, je suis toujours en chemise. »

De grandes attentes

Cette chemise, certains l’ont déchirée en 2018, à la sortie de Solo : A Star Wars Story (Solo : une histoire de Star Wars), de Ron Howard. Pas Patrice. Contrairement aux critiques affligés, il a adoré voir Alden Ehrenreich reprendre le rôle mythique de Harrison Ford. Pourquoi ? « Parce qu’il y avait une véritable proposition d’une nouvelle histoire. »

Un peu comme Jon Favreau le fait désormais pour Disney+ en reprenant la figure iconique du combattant mandalorien. Sans pour autant que ce Mandalorien soit Boba Fett. On connaît le symbole, on ne connaît pas ce personnage précis. Ce qu’on connaît très bien par contre, ce sont les sonorités qui parsèment le premier épisode. Des bruits qui servent de références subtiles. « De petits clins d’œil très légers qui vont jouer dans notre subconscient et nous rappellent la trilogie mythique en faisant : oh, hé, vous vous souvenez de ce son qui était génial dans L’Empire contre-attaque ? Eh bien, maintenant, quand le personnage ouvre la porte, ça fait le même bruit. »

Vous l’avez senti ? Nous aussi. Patrice Girod est fan. Superfan. D’un débit enthousiaste ininterrompu, il salue du même souffle la présence de Werner Herzog dans la série. « Ce n’est peut-être pas une superstar hollywoodienne, mais c’est un grand artiste, un grand acteur. Tout comme l’était Alec Guinness dans le tout premier film. Le gars, il dit sa phrase et il en impose, quoi ! C’est du grand, grand cinéma. »

Et cette question de la cinéphilie, elle est constante chez lui. « Quand le film est sorti en 1977, il n’y avait pas de Lego de Star Wars. Ma génération n’est pas fan de la marque. Ni des jouets. Elle est fan d’un bon film. On est des enfants gâtés ! On est de sales petits cons, parce que George Lucas nous a donnés. Et hop ! Allez ! Des cadeaux merveilleux. Révolutionnaires. »

Ce dernier cadeau, signé cette fois Favreau, sera-t-il aussi merveilleux et révolutionnaire ? Réponse au fil de la diffusion, épisode par épisode, chaque vendredi sur Disney+. Pour l’instant, pas de cassette à rembobiner.

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Le Mandalorien (V.F. de The Mandalorian)

Sur Disney+, dès maintenant, à raison d’un épisode par semaine