Ceux qui y vont

Le projet «Jeunesse arabe, yallah» vient corriger une vision partielle et trompeuse d’un espace culturel et linguistique complexe.
Photo: TV5 Le projet «Jeunesse arabe, yallah» vient corriger une vision partielle et trompeuse d’un espace culturel et linguistique complexe.

Depuis près d’une vingtaine d’années, dans l’esprit des Occidentaux, le monde arabe et sa jeunesse sont trop souvent synonymes de terrorisme, d’intégrisme, de violence, de chômage et de désespoir. Le projet télé Jeunesse arabe, yallah ! (qui signifie en arabe « allons-y ») vient en quelque sorte répondre à cette vision partielle et trompeuse de cet espace culturel et linguistique complexe, voire la corriger.

La chanteuse et comédienne québécoise Nadia Essadiqi, née de parents marocains, est bien au fait de cette « injustice à laquelle [elle] assiste depuis tellement longtemps : ce regard qu’on pose, plein de mépris, plein d’incompréhension, teinté par ce que les médias veulent bien nous montrer », comme elle l’explique en entrevue au Devoir. En participant à ce projet réalisé par Arnaud Bouquet et produit par Urbania, celle que l’on connaît aussi sous le nom de La Bronze avait envie de « faire briller la jeunesse arabe, qui est méconnue et sous-évaluée dans l’œil occidental ».

Des jeunes comme nous

Avec cette production, Nadia Essadiqi souhaitait montrer le quotidien de jeunes en plusieurs points semblables à ceux d’ici, des jeunes « qui sont passionnés, intelligents, politisés, qui vivent un quotidien paisible, qui vont prendre une bière avec leurs amis, qui vont danser ». Partie dans ces contrées dans un esprit de « pure ouverture », sans préjugés ni attentes, l’animatrice confie avoir été fascinée et touchée par ces rencontres. « Ils ont des ambitions, ils font des projets, ils font l’amour, ils hument des fleurs. Bref, plein de choses auxquelles on ne pense pas quand on pense au monde arabe », raconte celle qui a plongé dans plusieurs environnements différents. « On a vu des milieux très aisés à Dubaï, des milieux plus conservateurs en Jordanie. On est allé voir des Bédouins dans le désert, voir des drag-queens au Liban. »

L’artiste constitue un guide au naturel désarmant tout au long des six épisodes de la série documentaire. Elle part à la rencontre de jeunes adultes du Koweït, de Jordanie, du Liban, du Maroc, des Émirats arabes unis et de Palestine. Ce petit territoire malmené par l’histoire est d’ailleurs le premier arrêt de ce périple émotif, à la fois sociologique, culturel et, quand c’est possible, politique.

Dans cet épisode, la fougueuse animatrice, qui n’hésite pas à se mouiller (au sens propre et figuré), fait la connaissance du premier vlogueur de la région qui essaie de transmettre une image positive de la jeunesse palestinienne, d’une musicienne électro qui veut préserver de façon originale le folklore musical de son peuple, d’un brasseur et viticulteur chrétien, d’une inventrice et scientifique de 16 ans très ambitieuse et d’une joueuse de l’équipe nationale de soccer dont le père est un « martyr » de la crise israélo-palestinien. Cet interminable conflit et ses conséquences sur la vie des Palestiniens, jeunes et moins jeunes, sont au cœur de leurs échanges, enveloppés dans une réalisation léchée et dynamique, mais pas esthétisante des gens et des lieux visités.

L’aspect politique est par ailleurs quasi absent du deuxième épisode, consacré à la métropole des Émirats arabes unis, une ville dont on nous montre des aspects moins lisses que les surfaces des immenses gratte-ciel qui y ont poussé depuis quelques décennies. On donne la parole à plusieurs jeunes de « troisième culture », des enfants d’expatriés qui tentent de se définir entre leur identité nationale d’origine, l’influence de la ville qu’ils habitent et la place qu’y occupent l’islam et la culture arabe.

Casablanca

Le troisième épisode (et dernier que nous avons pu regarder) nous emmène à Casablanca, la plus grande et la plus « occidentale » des villes du Maroc, où l’animatrice peut enfin discuter avec ses interlocuteurs dans leur langue maternelle (le dialecte arabe marocain).

Ses rencontres fortuites dans la rue avec de jeunes passants à qui elle demande ce qu’est l’amour pour eux donnent de beaux moments de spontanéité qui viennent ajouter un supplément d’âme à cet épisode où il est beaucoup question de liberté d’expression, de sexisme traditionnel et au-dessus duquel plane l’ombre de l’Europe toute proche, que plusieurs espèrent pouvoir atteindre pour améliorer leur sort. Malheureusement, certaines idées préconçues s’avèrent bien réelles…

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Jeunesse arabe, yallah !

TV5, mardi, 21 h