Disney+: la souris se taillera-t-elle la part du lion ?

Mardi, ce sera au tour de Disney de lancer son propre service de webdiffusion, le service Disney+.
Photo: Charley Gallay Getty Images pour Disney+ / Agence France-Presse Mardi, ce sera au tour de Disney de lancer son propre service de webdiffusion, le service Disney+.

Automne animé dans l’univers du divertissement. Les services de webdiffusion, au sommet desquels Netflix trônait depuis des lunes, tranquille, sont lancés dans une lutte impitoyable. Tout est fait pour charmer les consommateurs. Venez à nous, fans de cinéma et de télé, venez. Nous allons vous rassasier.

Résumons rapidement : le 1er novembre, Apple entrait dans la course avec son service Apple TV+. Une application de contenu en continu qui propose, pour l’instant, seulement une dizaine de productions originales. Mais qui est dotée, toutefois, d’une qualité non négligeable : la gratuité. Une semaine d’essai est offerte à ceux qui possèdent un produit de la Pomme (comme un iPhone). Un an à ceux qui en achètent un neuf.

Mardi, ce sera au tour de Disney de lancer son propre service. Simplement nommé Disney+, il risque fort, aux dires de plusieurs, de remporter la guerre. Car on y trouvera précisément les multiples productions de Star Wars. Puis celles de Marvel, de Pixar, de National Geographic et des studios Disney eux-mêmes. Laissant Netflix avec un trou certain dans sa librairie.

Vous avez déjà le tournis ? Sachez que le printemps amènera son lot de nouveaux joueurs géants. En mai, WarnerMedia lancera HBO Max. Qui, de son côté, chapardera le feuilleton Friends des mains de Netflix.

Et comme si ce n’était pas assez, le conglomérat NBCUniversal, flairant la bonne affaire, proposera, lui aussi, son propre service de webdiffusion. Tant qu’à y être, hein. La chose, qui porte le fort moche nom de  Peacock , sera dévoilée en avril aux États-Unis. Le tout promet d’être gratuit. Rouleau compresseur en vue ?

Investissementde cœur et d’argent

Il y a deux mois, Lance Lambert a été nommé analyste de données pour Fortune Magazine. Par le passé, ce New-Yorkais d’adoption a notamment sondé, pour Bloomberg, les performances financières des grandes compagnies et le palmarès des meilleures universités. Il débarque chez Fortune, chanceux, à point pour suivre le combat du divertissement en ligne. Ce combat, il le compare d’ailleurs à celui qui sévit dans la série des Hunger Games, où les tributs se trucident les uns les autres, de sang-froid.

Poursuivons avec sa métaphore : dans ces Hunger Games de la webdiffusion, Disney+ serait-il le Jennifer Lawrence / Katniss de la bande (pour les non-initiés : en référence à l’héroïne des livres et à son interprète au cinéma), cette entité populaire fortissime qui débarque avec fracas pour éliminer tout le monde ? Possiblement. « Disney+ a le nom, la réputation et le contenu », lance Lance. À preuve : 28 % des Américains prévoient de s’y abonner.

Ce chiffre est tiré d’un sondage mené auprès d’un échantillon de 1106 répondants par Fortune en collaboration avec SurveyMonkey les 8 et 9 octobre derniers. Les ménages seraient-ils si investis dans cette opération de webdiffusion ? « TRÈS investis, rétorque l’analyste. Après tout, en vérifiant nos données, il est presque épeurant de réaliser combien d’heures nous passons à fixer nos écrans. »

Et lui, il fixe, ou plutôt il regarde quoi ? « The Office sur Netflix. » Du moins pour l’instant. Car cette série comique avec Steve Carell sera, elle aussi, reprise par le nouveau service de NBCUniversal.

Nous disions quoi ? Tournis ? Oui. Même si plusieurs de ces webdiffuseurs tomberont au combat, prédit Lance Lambert. Et on le croit. Pas seulement parce qu’il a un nom de chevalier. Déjà, la semaine dernière, Sony annonçait la fin de son PlayStation Vue. Et un de moins sur le terrain…

Mais qu’est-ce qui déterminera l’issue de cette lutte en ligne ? « Le montant total que les consommateurs seront prêts à dépenser pour visionner du contenu. » Justement : combien ? « 54 % des répondants refusent de dépasser les 25 $ par mois. Et 80 % n’iraient pas au-dessus de 50 $. »

Pourtant, les webdiffuseurs auraient théoriquement besoin d’augmenter le prix de leurs abonnements, estime l’analyste. « Pour combler les milliards consacrés à produire du nouveau contenu. Et ceux destinés à acheter du contenu nostalgique. » À titre d’exemple, les droits de la série satirique South Park ont été raflés pour quelque 500 millions $US par HBO MAX. (Il faudrait un organigramme pour ne pas s’y perdre.)

Mais revenons un instant à la question de la nostalgie. Un facteur qui risque d’être déterminant dans le succès annoncé de Disney+. Toutes ces histoires (de jouets) que vous écoutiez, petits ? Que vous planifiez de réécouter en famille ou avec votre bande d’amis adultes parce que vous en avez le droit, bon ? Voilà qui mène Lance Lambert à qualifier le service d’« adversaire le plus sérieux que Netflix a jamais eu ».

D’autant plus que, contrairement à Apple, qui n’avait jamais donné dans la production de contenu, Disney est un expert de la chose. Depuis quoi, 1923, qu’il en crée ? Vraiment pas rien. Et parlant de « pas rien : son service ne sera pas seulement offert au mois (pour 8,99 $), mais également en forfait annuel (pour 89,99 $). Faut-il s’en inquiéter ? Du côté de Netflix, on n’a pas souhaité faire de commentaires sur la question.

« Tueur de Netflix » ?

Analyste principal pour la société d’étude de marché eMarketer, Paul Briggs fait partie de ceux qui croient que qualifier Disney+ de « tueur de Netflix » est grandement exagéré. « L’une des forces de Netflix, c’est la production de contenu original. Et c’est une défense de taille contre la menace que pourraient représenter Apple TV+ ou Disney+. »

En effet, depuis le lancement, en 2013, de House of Cards, sa toute première production originale mettant en vedette le désormais infréquentable Kevin Spacey, Netflix a enchaîné plusieurs succès. Pensons à 13 Reasons Why et à sa façon d’aborder le suicide chez les jeunes. Ou encore à la bombe de nostalgie aux airs des années 1980 Stranger Things.

Paul Briggs le rappelle : au Canada, Netflix trône en roi sur la webdiffusion avec ses 14,5 millions d’abonnés. Ce qui représente 38,9 % de la population. Énorme.

Selon les prédictions d’eMarketer, ce chiffre devrait monter à 16 millions en 2023. Une progression, assurément, mais moins rapide. La raison ? « Netflix semble avoir atteint un point de saturation du marché canadien », estime Paul Briggs. Autre explication ? Les services d’ici qui, selon lui, ne cessent de s’améliorer. Le Crave TV de Bell, le Club illico de Vidéotron, le Tou.tv de Radio-Canada… « Le puissant star-système local et la spécificité de la langue, bien sûr, font en sorte qu’il y aura toujours une niche pour le contenu québécois. C’est d’ailleurs la province qui passe le plus de temps devant le petit écran de tout le Canada. » Ainsi, en ajoutant par exemple la série M’entends-tu ? de Florence Longpré à sa librairie, à l’instar de Tou.tv et de Club illico, Netflix ne s’est pas trompé.

Paul Briggs ne croit pas se tromper, lui, en avançant que ce sont les millénariaux et les générations plus jeunes encore qui détermineront l’issue de la guerre des étoiles de la webdiffusion. En anglais, on les surnomme d’ailleurs des « cord nevers ». Soit des gens qui n’ont jamais été abonnés au câble.

Reste que ce câble demeure une option de choix. Notamment pour les fans de sports. Disney+ l’a compris. Aux États-Unis, le service sera ainsi proposé en « forfait » avec Hulu et ESPN+.

Netflix, qui proposait autrefois des combats d’arts martiaux mixtes, se réorientera-t-il également en ce sens pour attirer des abonnés ? Quoi qu’il advienne, l’analyste rappelle que certains services affirment d’ores et déjà être les « Netflix du sport ». En tête de liste : DAZN (prononcez — ou pas — « da zone »), qui a acquis en avril les droits exclusifs de diffusion de la English Premier League. Une décision ayant forcé les fans de foot anglais à s’y abonner — ou à sacrer et à s’en passer.

Alors, le sport : prochain terrain de jeu pour ces colosses ?


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Offert en ligne dès le 12 novembre.