«Motherless Brooklyn»: Magouilles new-yorkaises

Parmi les visages moins connus, notons Gugu Mbatha-Raw, en militante communautaire et, par la force des choses, en belle de qui le héros s’entiche. Un personnage intéressant, qui passe de suspecte à victime, de figure passive et désirée à femme de parole et d’action.
Photo: Warner Bros. Parmi les visages moins connus, notons Gugu Mbatha-Raw, en militante communautaire et, par la force des choses, en belle de qui le héros s’entiche. Un personnage intéressant, qui passe de suspecte à victime, de figure passive et désirée à femme de parole et d’action.

Lionel (Edward Norton) est détective privé dans le New York des années 1950. C’est la ville, c’est l’époque d’un développement urbain mené au détriment des populations démunies, noires dans ce cas-ci. Corruption, intimidation, meurtres… C’est dans cet univers que travaille le héros de Motherless Brooklyn, réalisé et scénarisé par Norton lui-même.

Motherless Brooklyn n’est pas qu’un film noir aux teintes vintages — à l’honneur, les grandes Ford et Chrysler. Il est presque un manifeste politique. Le récit dénonce la gloire personnelle des hommes de pouvoir, représentés ici par Moses Randolph (Alec Baldwin), un urbaniste sans scrupules, allusion au véritable Robert Moses qui transforma New York — l’équivalent pour Montréal du maire Jean Drapeau.

Lionel est l’archétype d’une population dont on se préoccupe peu, ou mal. L’homme est atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, maladie qui lui donne des tics et lui fait dire des paroles pas toujours douces. Mais il ne manque ni de talent ni de volonté. L’assassinat de son patron et mentor le poussera dans les plus sombres recoins de la politique.

Tiré du roman éponyme de Jonathan Lethem, publié en 1999, le scénario d’Edward Norton fait passer la trame des années 1990 aux années 1950. La distance du temps n’empêche pas de penser au présent, le ton de certains propos n’étant pas loin de ceux tenus par Donald Trump.

Les années 1950, ce sont aussi, heureusement des grandes années du jazz. Le réalisateur-scénariste, et également producteur, ne se prive pas pour faire résonner la note bleue. Et pour tourner dans un club, donnant espace et temps à un quintette et aux solos de trompette. La musique est plus qu’une trame sonore, elle participe au suspense, comme dans un vrai film de cette époque — Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle, pour ne pas le nommer.

De Brooklyn à Harlem, des vues des ponts aux déambulations dans la rue, le film est aussi une ode à une ville plus grande que nature, plus photogénique que le seul Empire State Building (par ailleurs totalement ignoré). Plus proche de Martin Scorsese que de Woody Allen ou de Spike Lee, Edward Norton prend plaisir à cadrer New York sous plusieurs angles. Le côté rétro, lui, est présent jusque dans les scènes à l’intérieur des voitures, filmées sans cacher les trucages de studio.

L’acteur Norton est magnifique, crédible dans chaque mouvement de tête, dans chaque malaise. Sans excès, touchant et cocasse. Son personnage est à la hauteur de ceux indissociables d’un Dustin Hoffman (Rain Man) ou d’un Tom Hanks (Forrest Gump).

À ses côtés brillent plusieurs grands acteurs, bien que Willem Dafoe, qui donne corps et voix à une sorte de guide dans l’intrigue, ressemble encore au Van Gogh qu’il vient d’incarner dans At Eternity’s Gate. Parmi les visages moins connus, notons Gugu Mbatha-Raw, en militante communautaire et, par la force des choses, en belle de qui le héros s’entiche. Un personnage intéressant quand même, qui passe de suspecte à victime, de figure passive et désirée à femme de parole et d’action.

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Motherless Brooklyn

★★★ 1/2

Drame d’Edward Norton. Avec Edward Norton, Gugu Mbatha-Raw, Bruce Willis, Alec Baldwin, Willem Dafoe, Cherry Jones. États-Unis, 2019, 144 minutes.