«The King»: l’homme qui ne voulait pas être roi

Avec «The King», David Michôd poursuit son exploration des raisons et des pulsions qui poussent les hommes, spécifiquement, à s’entretuer.
Photo: Netflix Avec «The King», David Michôd poursuit son exploration des raisons et des pulsions qui poussent les hommes, spécifiquement, à s’entretuer.

Embourbée dans une guerre avec l’Écosse, l’Angleterre est au plus mal, à l’instar de son roi. Mourant, et aveuglé tant par l’orgueil que la paranoïa, Henri IV entend céder le pouvoir non pas à son fils aîné, Hal, mais à son cadet, Thomas. Écœuré par la misère dans laquelle son père a plongé le peuple, Hal n’en a cure, préférant boire et oublier.

Mais l’histoire en décidera autrement et, au décès de celui qu’il surnommait le Monstre, Hal lui succède en tant qu’Henri V. Ne désirant rien d’autre que la paix pour les siens, le jeune monarque semble pourtant incapable d’éviter un énième conflit, cette fois avec la France. Le défunt honni lui aurait-il légué plus que la couronne ? Dans The King, Timothée Chalamet brille en héros shakespearien.

Tiré des pièces Henri IV (première et deuxième parties), de Shakespeare, ce quatrième long métrage de David Michôd voit le réalisateur australien poursuivre son exploration des raisons et des pulsions qui poussent les hommes, spécifiquement, à s’entretuer. Dans l’oeuvre du Barde, le cinéaste trouve la matière de ce qui se révèle son meilleur film depuis son premier, le remarquable Animal Kingdom, sur une fratrie criminelle dominée par une mère à la douceur trompeuse.

Dans The King, Michôd renoue avec les motifs de la filiation et de la violence en héritage, présents aussi dans son second film, The Rover, histoire de deux frères, d’une famille décimée et de sang répandu sur fond de poursuite impitoyable. Mais cette incursion dans le sous-genre post-apocalyptique tournait un peu à vide.

Après le récent ratage War Machine, satire où un général en arrive à la conclusion que les États-Unis doivent cesser d’envahir les contrées étrangères, Michôd parvient à concilier toutes ses obsessions au sein d’un récit plus convaincant et, surtout, affichant un ton qui sied nettement mieux au cinéaste.

Un cinéaste qui n’a pas son pareil pour exhiber la toxicité, mais aussi la beauté de la testostérone en concentré. Car chez Michôd, tous ces hommes rendus violents par soif de vengeance ou pour des motifs circonstanciels ne sont pas nécessairement mauvais. Il se trouve toujours un protagoniste qui tente de résister à cette tentation, à cette facilité.

Un concept qui s’incarne parfaitement dans The King, avec un Hal refusant catégoriquement de perpétuer la folie guerrière de son père. Mais voilà, tout l’y pousse, comme si des forces invisibles étaient à l’oeuvre (c’est le cas).

Des raisons de se faire la guerre

Tandis que le premier acte du film se concentre sur la débauche « protestataire » de Hal et son ascension au trône, le second consiste en une progression inéluctable vers le champ de bataille. Lieu où, avec l’aide de son fidèle ami Falstaff (Joel Edgerton plus grand que nature sans la caricature), Hal prend conscience qu’il s’apprête à sacrifier des centaines de vies sans éprouver l’intime conviction que la France est bel et bien son ennemi.

À cet égard, lorsque le roi Charles VI compare ses déboires avec son fils, le Dauphin (Robert Pattinson, qui paraît auditionner pour le rôle de Lestat le Vampire), à ceux qu’Hal eut avec son père, ses paroles illustrent à merveille les préoccupations du réalisateur : « Nous sommes rois, mais nous ne décidons de rien. Nous sommes subordonnés à nos familles respectives. C’est la famille qui nous mène et nous consume. »

C’était toute la thèse d’Animal Kingdom et The Rover. Quant à War Machine, on trouve un écho direct à son constat cynique dans une réplique de Falstaff, qui déclare en substance : « Les hommes sont doués pour inventer des raisons de se faire la guerre. »

Tension intermittente

Bref, sur le plan dramaturgique, c’est du cousu main pour Michôd, qui a coécrit le scénario avec Edgerton. Plus encline à mettre en images qu’à mettre en scène lors des séquences initiales filmées dans des intérieurs aussi bien modestes que fastes, sa réalisation donne sa pleine mesure lors de l’affrontement final.

Dans un champ boueux, sa caméra alterne avec brio corps à corps étouffants, qui font ressentir la terreur du combattant, et prises distantes qui rendent exponentiel ledit sentiment.

Toutefois, si plusieurs séquences, telle cette dernière, impressionnent individuellement, la tension tend à retomber entre chacune d’elles.

Autre grief : l’identité beaucoup trop facile à deviner du fourbe personnage qui tire les ficelles en coulisses : confier le rôle à un acteur abonné aux rôles de méchants n’était pas la meilleure idée.

Nonobstant ces bémols, The King demeure une solide adaptation.

 

 

En salle le 25 octobre et sur Netflix
le 1er novembre.

 

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The King (V.O. s.-t.f.)

★★★ 1/2

Drame de David Michôd. Avec Timothée Chalamet, Joel Edgerton, Sean Harris, Robert Pattinson. Australie, États-Unis, 2019, 140 minutes.