«Watchmen»: Bas les masques

La matière du «Watchmen» d’Alan Moore, premier roman graphique à remporter le prix Hugo en 1988, aura servi de socle à la série qui prend plutôt racine après son dénouement, dans un monde télescopé du premier.
Photo: HBO La matière du «Watchmen» d’Alan Moore, premier roman graphique à remporter le prix Hugo en 1988, aura servi de socle à la série qui prend plutôt racine après son dénouement, dans un monde télescopé du premier.

Plébiscitée à sa création, Watchmen, cette série de comics mettant en vedette des superhéros sans superpouvoirs a fait l’objet d’un ambitieux remixage à l’écran par Damon Lindelof. Le scénariste de Lost et The Leftovers a su dessiner pour HBO une proposition magnétique et déroutante, qui creuse avec beaucoup d’esprit les enjeux divisant l’Amérique d’aujourd’hui, suprémacisme, racisme et manipulation des masses en tête.

Dans une lettre aux admirateurs du riche univers d’Alan Moore, Lindelof a mis cartes sur table. La matière de ce premier roman graphique à remporter le prix Hugo, en 1988, aura servi de socle à la série qui prend plutôt racine après son dénouement, dans un monde télescopé du premier. La fascinante uchronie s’ouvre donc aujourd’hui, dans un Tulsa toujours marqué au vif par l’émeute raciale de 1921. Ici, policiers et crapules portent tous le masque, les premiers pour se protéger des seconds. Ou vice-versa ?

Comment les différencier, alors ? C’est le nœud gordien que Lindelof espère trancher dans le vif. Ce qu’il ne fait pas complètement, se perdant à l’occasion dans sa narration éclatée. Celle-ci est heureusement portée par des interprètes déchaînés, dont les épatants Regina King, Jeremy Irons et Jean Smart. Pleine d’astuces visuelles et narratives amusantes, la caméra de la scénariste-productrice Nicole Kassell verse parfois dans l’hyperactivité (on reconnaît la férocité des massacres qu’elle a orchestrés dans Westworld). Le tout reste si piquant d’intelligence et d’humour noir qu’on dit bravo, faute de pouvoir crier une nouvelle fois au génie.

 

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Watchmen

HBO, dimanche, 21 h ; en simultané dans sa version sous-titrée en français à Super Écran