«Catherine the Great»: seule parmi les hommes

Notons que Mirren, 74 ans, interprète l’impératrice de l’âge de 45 ans jusqu’à sa mort à 67 ans. Il faut donc accepter de voir les marques du temps sur le beau visage de l’actrice être estompées de façon troublante par le maquillage, l’éclairage et les effets spéciaux.
Super Écran Notons que Mirren, 74 ans, interprète l’impératrice de l’âge de 45 ans jusqu’à sa mort à 67 ans. Il faut donc accepter de voir les marques du temps sur le beau visage de l’actrice être estompées de façon troublante par le maquillage, l’éclairage et les effets spéciaux.

Despote. Ambitieuse. Nymphomane. Voilà trois mots que quiconque s’intéressant à Catherine II (1729-1796), née Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst d’une mère princesse et d’un père officier en Prusse, rencontre au cours de ses recherches.

Hélas ! C’est l’image que renvoie cette amoureuse des arts et de la philosophie, fine stratège politique et grande réformatrice de l’éducation dans la série de quatre épisodes que lui consacrent le scénariste Nigel Williams (les séries Elizabeth I et Le nom de la rose) et le réalisateur Philip Martin (qui a signé quelques épisodes de Prime Suspect, Wallander et The Crown).

Dire que leur vision de cette femme, qui régna pendant près de 35 ans sur l’une des plus grandes puissances du monde, est réductrice relève de l’euphémisme. Heureusement, dame Helen Mirren, née Helen Lydia Mironoff et dont le grand-père était un aristocrate russe, élève le niveau grâce à son incomparable talent, son port altier et sa grâce impériale. Richement parée, le regard perçant, savourant les trop rares répliques cinglantes qu’on lui offre, l’actrice britannique, qui paraît également au générique à titre de productrice exécutive, force le respect et l’admiration.

Notons que Mirren, 74 ans, interprète l’impératrice de ses 45 ans, âge où elle rencontra Grigori Potemkine, jusqu’à sa mort à 67 ans. La grande Catherine ayant eu un faible pour les jeunes hommes — aujourd’hui, on la traiterait de cougar —, l’actrice se retrouve donc à jouer les séductrices entourée de partenaires beaucoup plus jeunes qu’elle.

Le fait est si rare au petit comme au grand écran, où l’on retrouve régulièrement des acteurs ayant pour partenaires des femmes assez jeunes pour être leur fille, qu’on ne peut que s’en réjouir. Et ce, même s’il faut accepter de voir les marques du temps sur le beau visage de l’actrice être estompées de façon troublante par le maquillage, l’éclairage et les effets spéciaux.

Catherine et Potemkine

Tournée en grande partie à Vilnius, en Lituanie, dans des décors somptueux dont le faste, parfois clinquant, est mis en valeur par des éclairages à la chandelle — certains plans rappellent Barry Lyndon de Kubrick —, Catherine the Great offre certes une image moins mièvre que celle que projetaient Intrigues impériales (1991) et Catherine La Grande (1995), mettant respectivement en vedette Julia Ormond et Catherine Zeta-Jones. Encore hélas ! La série s’intéresse davantage aux parties de jambes en l’air de Sa Majesté qu’à ses hauts faits et à ses écrits.

Ainsi, l’intrigue se concentre sur sa relation avec l’officier Potemkine, qu’incarne avec truculence l’acteur australien Jason Clarke, avec qui Helen Mirren avait croisé le fer dans La malédiction Winchester l’an dernier. Avec ses allures de moujik en uniforme, aussi assoiffé qu’elle de pouvoir et de conquêtes (tant territoriales que sexuelles), Potemkine fut pendant une dizaine d’années le favori de Catherine. Comme pour chacun de ses amants, l’impératrice ne fut jamais ingrate envers le séduisant officier, à qui elle offrit le titre de prince, un palais et bon nombre de cadeaux luxueux.

Cette tactique permettait à celle qui transforma le Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg en musée de l’Ermitage grâce à son imposante collection de tableaux de ne pas se faire d’ennemis parmi ses ex-amants, dont Grigory Orlov (Richard Roxburgh), qui fomenta l’assassinat de son mari, Pierre III, pour placer Catherine, qui se réclamait des Romanov, sur le trône.

Seule au sommet

Bien qu’elle eût partagé avec joie la chambre impériale avec plus d’un homme — surnommée la tsarine aux 1000 amants, elle n’en aurait eu qu’une petite vingtaine et contrairement aux rumeurs, aucun cheval dans le lot ! —, Catherine II ne voulait pas partager le pouvoir. Et certainement pas avec son fils médiocre, le futur Paul Ier (Joseph Quinn).

Si l’on peut reprocher à la série de parfois présenter Catherine comme une midinette enamourée se languissant de son amant parti à la guerre, lui réclamant la Crimée comme une fillette gâtée de dragées, on salue sa volonté d’illustrer la force de caractère de celle-ci.

Entourée de peu femmes, on rencontre dans la série la comtesse Bruce (Gina McKee), qui testait ses amants, amie de Voltaire et de Diderot, avec qui elle entretenait une correspondance, cette femme brillante qui transforma pour toujours le visage de la Russie dut lutter toute sa vie contre les hommes qui voulaient lui arracher le pouvoir. Ses réformes et ses conquêtes leur firent si peur que plus jamais ils n’acceptèrent qu’une femme règne sur leur pays.

Trois fois reine avant d’être impératrice

À la scène comme à l’écran, Helen Mirren a souvent incarné des souveraines. Panorama.

La folie du roi George, de Nicholas Hytner (1994). L’actrice incarne la reine Charlotte, qui dut lutter contre le prince de Galles, son fils aîné, qui voulait usurper le trône de son père, George III, pendant que celui-ci sombrait dans la folie. L’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle lui échappa au profit de Dianne Wiest dans Coups de feu sur Broadway de Woody Allen.

Elizabeth I, de Tom Hooper (2005). À l’instar de Glenda Jackson, Vanessa Redgrave et Cate Blanchett, Helen Mirren s’est glissée dans la peau de l’une des plus grandes reines de l’Histoire, ce qui lui permit de remporter le Golden Globe de la meilleure actrice dans une minisérie.

 

The Queen, de Stephen Frears (2006). D’une ressemblance frappante avec la reine Elizabeth II, Helen Mirren prête ses traits à cette dernière avec une humanité déconcertante tandis qu’elle doit composer avec le décès de Diana, la princesse du peuple. « Mesdames et messieurs, je vous offre la reine ! » s’est-elle exclamée en recevant l’Oscar de la meilleure actrice.

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Catherine the Great

HBO, Crave et Super Écran (en version sous-titrée en français), lundi, 22 h