Denise et les Francos

Ce sont d’ardents défenseurs de la langue française que Denise Bombardier a rencontrés à travers le pays. La journaliste n’y a cependant pas trouvé de quoi calmer ses inquiétudes quant à l’avenir du français au Canada.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce sont d’ardents défenseurs de la langue française que Denise Bombardier a rencontrés à travers le pays. La journaliste n’y a cependant pas trouvé de quoi calmer ses inquiétudes quant à l’avenir du français au Canada.

Lorsqu’elle était enfant, Denise Bombardier, qui vient d’un milieu francophone populaire de Montréal, se rendait parfois chez Eaton avec sa mère. Là, elle s’adressait à sa mère en anglais, pour pallier son sentiment d’infériorité de francophone. C’est ce que la passionaria québécoise, en pleine tourmente au sujet de la sortie de son documentaire Denise au pays des Francos, raconte en entrevue, bien installée dans son immense loft du Plateau-Mont-Royal.

« Regardez dans la bibliothèque. C’est l’intégrale de l’encyclopédie de Diderot », dit-elle en mentionnant que son mari, un Britannique francophile, est un spécialiste du XVIIIe siècle.

Il faut dire que Denise Bombardier n’en est pas à une polémique près. Déjà, ce documentaire, dans lequel elle part à la rencontre de francophones hors Québec, au Manitoba, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, est né d’une déclaration polémique faite à Jean Chrétien, qui prétendait que le Canada avait protégé les communautés francophones du pays, sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle.

« À travers le Canada, lui avait-elle alors répliqué, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu ».

Choquée par ces propos, une Franco-Manitobaine, Chloé Freynet-Gagné, l’a invitée à venir constater sur place la vitalité de sa communauté francophone.

Ce sont donc d’ardents défenseurs de la langue française que Denise Bombardier a rencontrés à travers le pays. La journaliste n’y a cependant pas trouvé de quoi calmer ses inquiétudes quant à l’avenir du français au Canada. Dans le pays, constate-t-elle, l’avenir du français est entièrement laissé au bon vouloir des gouvernements des provinces. Les exemples récents de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick l’ont démontré.

« Au Manitoba, poursuit-elle en entrevue, les francophones sont rassemblés autour des communautés de Saint-Boniface et de Saint-Vital ». Et si les statistiques ne font pas état de la chute démographique des francophones, c’est parce qu’on y inclut les anglophones ayant décidé d’apprendre le français.

Or, ces gens-là, ne partagent pas l’histoire d’oppression des francophones canadiens, dit Mme Bombardier, qui raconte s’être fait dire « Speak White », alors qu’elle était en tournage dans l’ouest, durant la campagne référendaire de 1980, avec une équipe de Radio-Canada. « Ils n’ont pas de complexes de minoritaires, eux. […] Ce ne sont pas eux qui vont reprendre le combat de Louis Riel », dit-elle.

« [Les francophones dits de souche] étaient 30 000 il y a trente ans, ils sont 16 000 », dit-elle en entrevue. « Il faut qu’il y ait des francophones qui veulent continuer de parler français. » Mais la controverse est surtout venue cette fois d’une jeune Franco-Ontarienne, que Denise Bombardier a rencontrée dans le cadre du documentaire avec d’autres jeunes. Dans cet extrait, Mme Bombardier reprend un jeune Franco-Ontarien, qui utilise le mot « supporter » au sens anglais d’« appuyer ». Caroline Gélineault, qui participait à la conversation, reproche à celle qu’on appelle Mme B. de s’attacher à la rectitude linguistique plutôt qu’au message du jeune homme.

Relancée sur la question, Denise Bombardier en a rajouté en disant qu’il n’y avait pas d’avenir en français pour cette jeune femme si elle ne parlait pas un français correct. Or, il s’avère que Caroline Gélineault maîtrise bien le français.

Les réactions n’ont pas tardé à déferler. Sur sa page Facebook, l’Acadien Joseph Edgar écrit : « Je ne “speakerai” pas white quand on me commandera de le faire, tout comme je ne “speakerai” pas Denise si on tente de culpabiliser ma façon de parler ».

Le réalisateur et scénariste du documentaire lui-même, Paul Bourgeault, s’est senti le besoin de s’expliquer dans une lettre envoyée au Devoir que nous publions en page Idées.

« Quant au fond des choses, Denise a tout autant droit à son point de vue que les minorités francophones, écrit-il. Denise a raison de dire qu’il faut chérir la langue française et en être fier pour mieux assurer sa survie au Québec et au Canada. Et les communautés francophones minoritaires ont raison de revendiquer leur droit de parler une langue qui leur ressemble même si elle emprunte souvent à l’anglais ».

Au pays des francos, la guerre n’est pas terminée.

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Denise au pays des Francos

Radio-Canada, samedi, 22 h 30, et disponible dès maintenant sur tou.tv