De la lumière sur les côtés sombres du numérique

Le premier épisode de la série docu-réalité «Distorsion» aborde les fraudes amoureuses en ligne, aussi appelées «catfishing».
Photo: Moi et Cie Le premier épisode de la série docu-réalité «Distorsion» aborde les fraudes amoureuses en ligne, aussi appelées «catfishing».

Après s’être taillé une place plus que respectable dans le monde des balados et après avoir vu son concept autour des histoires étranges de l’ère numérique se transformer en livre, la marque Distorsion prendra dès mercredi le chemin du petit écran, sur les ondes de Moi et Cie.

L’émission hebdomadaire d’une demi-heure, mettant en vedette les deux fondateurs de Distorsion, Émile Gauthier et Sébastien Lévesque, oscille entre l’enquête de terrain et l’éducation au Web.

Les deux amis de longue date, qui portent pour ce volet télé un chapeau plus journalistique que pour les autres incarnations du projet, mettent un peu de lumière sur plusieurs zones d’ombres du Web. Le premier épisode aborde les fraudes amoureuses en ligne — aussi appelées catfishing — alors que Distorsion abordera aussi l’intelligence artificielle, le vol de données et même le paranormal, entre autres sujets.

« Là, c’est une série documentaire, on n’est plus des raconteurs, on porte une quête, souligne Émile Gauthier, qui a travaillé dans le monde du jeu vidéo. On fait vraiment du terrain, on raconte des histoires, et on va à la rencontre de gens qui ont vécu des phénomènes étranges issus de l’ère numérique. On va aussi à la rencontre d’experts, des psychologues par exemple. C’est vraiment complémentaire à ce qu’on faisait déjà. »

Notons que Gauthier et Lévesque ont à ce jour créé une cinquantaine d’épisodes du balado Distorsion. Leurs productions audio comptent maintenant quelque 1,5 million de téléchargements, dont « quasiment la moitié » en sol européen.

Enquête et police

Ce nouveau projet télé adopte un look plutôt moderne, avec une image bleutée et une caméra nerveuse. C’est par ailleurs Émile Gauthier lui-même qui signe la musique originale de l’émission, qui est réalisée par Jessica Gélinas. Tout n’y est pas coulé dans le béton, les constats ou les analyses des deux acolytes sont souvent recueillis un peu à chaud après les entrevues, sans script serré.

Dans Distorsion, les deux animateurs jouent presque un rôle policier, faisant eux-mêmes enquête. Dans le premier épisode sur la fraude amoureuse, ils partent par exemple à la recherche de l’individu qui a soutiré quelque100 000 $ à une femme prise dans l’insidieux filet d’un faux amoureux.

« On joue aux Intrépides un peu !, dit Gauthier en riant, en référence à l’émission de télé jeunesse des années 1990. Mais il ne faut pas trop jouer à la police. On ne veut pas remplacer leur job. […] Il y a même des informations qu’on a sur certains sujets, mais qu’on ne peut pas dire. On ne peut pas faire de diffamation, on ne peut pas faire le procès de quelqu’un à la télé comme ça. Parfois, on aurait pu creuser plus loin, mais on sortait carrément de nos fonctions. C’est un peu ça la contrainte, mais on a réussi à présenter beaucoup de choses dans les épisodes. »

Le format de 30 minutes peut quand même se révéler assez bref pour expliquer des cas complexes, comme celui du jeune Trifluvien Alexandre Cazes, qui a été arrêté pour avoir fondé sur le « dark Web » la plateforme AlphaBay, où s’échangeaient d’importantes quantités de drogue.

« C’est un format qui va se rapprocher de ce que fait Vice ou Vox, mentionne Sébastien Lévesque. C’est assez rapide, sans trop d’artifices, on va rapidement dans le vif du sujet. »

Le fait d’être diffusé sur une chaîne de télévision ouvre aussi le contenu de Distorsion à un nouveau public, plus généraliste et moins versé dans la technologie.

« C’est pour ça qu’on veut donner des outils aux gens, aux parents, note Émile Gauthier. On va parler des réseaux sociaux, de la solitude, de ce qui fait qu’on se fait avoir dans des cas de fraudes ou que nos enfants se font intimider. Ça revient souvent aux mêmes dénominateurs communs, et ça devient donc encore plus important de donner un message éducatif. »

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Distorsion

Moi et Cie, mercredi, 20 h 30