A-t-on besoin d’un «Glee» à la sauce politique?

La série suit la campagne électorale de la Saint Sebastian High School, qui fournit par métaphore l’occasion de caricaturer la vraie de vraie vie politique avec des conseillers sans scrupule et des coups bas «ad nauseam.»
Photo: Netflix La série suit la campagne électorale de la Saint Sebastian High School, qui fournit par métaphore l’occasion de caricaturer la vraie de vraie vie politique avec des conseillers sans scrupule et des coups bas «ad nauseam.»

De quoi est fait un politicien aujourd’hui ? La question paraît d’autant plus pertinente au moment où le pays approche de sa troisième semaine de campagne électorale fédérale. Le générique de la nouvelle série de Netflix The Politician donne une réponse concentrée avant de la développer sur huit épisodes. On y découvre un grand pantin de bois, vite sculpté, poli, vernis et costumé de neuf qui finit par tendre la main comme pour la serrer à un citoyen imaginaire.

La courte introduction montre d’abord l’intérieur de ce politicien fantoche rempli d’objets significatifs et symboliques, à chacun sa case. On voit une médaille remportée à un concours d’élocution, une plaque de l’Université Harvard, des médicaments, une petite bible, des macarons évoquant des campagnes présidentielles iconiques (dont celle de Kennedy), un bulletin scolaire rempli de A et d’un seul D (en apprentissage du mandarin), un tas de livres classiques.

Avant de découvrir le cœur artificiel et de refermer ce monde intérieur, le générique montre aussi les titres de biographies des plus récents présidents made in USA placées en ordre chronologique : Reagan, Clinton, Bush, Obama. Et finalement, en lieu et place de celle de Trump, un livre intitulé Idiot’s Guide to Clowning…

Le clin d’œil très rapide résume le ton de la série tout entière consacrée à exposer la déchéance de la politique dans ce pays et dans beaucoup de démocraties diablement fatiguées, en ce début de XXIe siècle. Il y a effectivement beaucoup de clowns et d’idiots au sommet — ou de gens qui nous prennent pour des idiots en jouant les clowns pour arriver aux manettes…

Un sujet actuel

Le thème semble tellement incontournable qu’on se demande pourquoi il n’a pas encore été exploité ici au lieu d’en remettre éternellement avec les histoires de familles. La série House of Cards (Netflix), on ne peut plus cynique, a marqué l’imaginaire contemporain avant de s’écraser lamentablement à la suite de la déchéance de son principal acteur. Veep (HBO) a exploité la même veine, mais dans un style macaronique.

Les contre-exemples renforcent le thème central en montrant des politiciens vertueux. C’était le cas de Show Me a Hero (HBO) avec le formidable Oscar Isaac en maire bataillant pour les déshérités. On pourrait remonter au classique The West Wing décortiquant la mécanique d’une présidence intellectuelle, vénérable, généreuse. C’était une uchronie…

The Politician propose du même et de l’autre. Le jeu politique y apparaît là aussi véreux et vénéneux, immoral et malhonnête, détestable et corrompu, bref, sans foi ni loi. Sauf que la démonstration se fait de manière très originale, en déplaçant l’arène de lutte dans une école huppée de Californie.

Ben Platt y incarne Payton Hobart, jeune adulte, fils adoptif d’une des grandes familles fortunées du pays. Il a une seule et unique ambition depuis tout petit : devenir président des États-Unis. C’est lui le mannequin du générique.

Il fait tout depuis des années pour arriver à cette fin ultime, y compris du bénévolat dans le tiers-monde, y compris diriger l’imbuvable revue littéraire de son école. Payton accumule les notes excellentes (sauf en mandarin). Il veut être admis à Harvard, alma mater de sept présidents.

Il ne manque qu’une seule corde à son arc : être élu président de son école, la Saint Sebastian High School, fréquentée par des gosses de superriches, comme lui. Vu d’ici, même le collège Brébeuf ressemble à une polyvalente brutaliste. De même, le domaine familial des Hobart fait passer Sagard pour une bicoque de parvenus.

Du gris sur du gris

La série suit donc la campagne électorale, qui fournit ainsi par métaphore l’occasion de caricaturer la vraie de vraie vie politique avec des conseillers sans scrupule et des coups bas ad nauseam. Payton a de l’ambition, mais à vide. Il n’a aucun programme, aucune idée, aucune promesse sincère. Il n’a même pas d’idées profondes ni de convictions ancrées. Ce rejeton du 1 % n’a qu’une ambition dévorante et un seul but fixe obsessionnel.

Le ton reste léger, disons ado, comme l’âge supposé des personnages. On a parfois l’impression de visionner des épisodes déjantés de Beverly Hills 90210 et surtout de Glee. D’ailleurs, les coscénaristes Ryan Murphy et Ian Brennan étaient déjà derrière cette précédente série scolaire et musicale. Dès le deuxième épisode de The Politician, le talent de chanteur de Ben Platt, formé aux comédies musicales, est exploité assez habilement. Le reste de la distribution en jette tout autant. Mentionnons pour l’évidence Jessica Lange en femme malhonnête survoltée et Gwyneth Paltrow en beauté désespérée. La première exploite à fond la maladie de sa fille pour en tirer mille et un avantages sonnants. La seconde, bienveillante, annonce à son richissime mari qu’elle le quitte pour un personnage joué par une personnalité dont nous ne pouvons révéler le nom.

Photo: Netflix La distribution en jette: mentionnons Gwyneth Paltrow, en beauté désespérée.

La production multiplie les liens avec les situations réelles tout en restant bouffonne. Les riches achètent les admissions aux prestigieuses universités. La campagne à la présidence de l’école se joue sur les réseaux sociaux. Des sondages quasi instantanés permettent de mesurer les effets des coups de Jarnac.

Oui, bon, d’accord. On se retrouve surtout avec une série bourrée de rebondissements, mais qui ne fait finalement que rajouter du cynisme au cynisme, sans la déconstruction assassine de Veep ni le mordant de House of Cards. Une autre série, Years and Years (BBC), a montré récemment ce qu’on peut faire de bien et d’essentiel en partant de notre triste situation engluée.

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