Affronter le monstre en soi

Dans «Prisonniers de l’anxiété», l’animatrice Claire Lamarche explore le thème de l’anxiété chez les adultes. Dans certains cas prononcés, l’anxiété peut empêcher des adultes de maintenir un travail ou encore d’avoir une relation satisfaisante avec leurs enfants.
Photo: Télé-Québec Dans «Prisonniers de l’anxiété», l’animatrice Claire Lamarche explore le thème de l’anxiété chez les adultes. Dans certains cas prononcés, l’anxiété peut empêcher des adultes de maintenir un travail ou encore d’avoir une relation satisfaisante avec leurs enfants.

Bien qu’elle ait en général d’excellentes notes, il arrive à la petite Kylliane de se réfugier sous son bureau, de pleurer et de se mordre au moment d’une évaluation. Un autre petit garçon se couche sur le ventre et fait le mort avant de s’endormir parce qu’il a peur d’un monstre qu’il ne veut pas nommer. Une petite fille craint constamment que son père soit victime d’un accident de la route. Ces enfants font partie du documentaire Génération d’anxieux, mené par Claire Lamarche et réalisé par sa fille, Stéphanie Couillard, qui sera présenté à Télé-Québec dans le cadre d’un spécial consacré à l’anxiété chez les jeunes. Le phénomène est en explosion, apprend-on, au point où des établissements d’enseignement doivent multiplier les professionnels qui font des arrangements particuliers pour accommoder les élèves anxieux<.

En entrevue, Claire Lamarche mentionne des données de l’Institut de la statistique du Québec, selon lesquelles le nombre de jeunes du secondaire qui se disent anxieux a doublé entre 2011-2012 et 2016-2017. En entrevue aussi, la spécialiste du stress Sonia Lupien pondère cette analyse : « Disons qu’il y a une épidémie de jeunes, de parents et de professeurs qui disent que les jeunes sont anxieux. » Si les cas graves comme ceux que l’on retrouve dans ce documentaire doivent retenir toute notre attention, il faut peut-être, soulève-t-elle, davantage travailler sur notre sensibilité à l’anxiété pour apprendre à composer avec nos réponses au stress.

Les enfants anxieux, qui deviendront bien sûr des adultes, ont une prédisposition biogénétique, dit pour sa part la psychologue Caroline Berthiaume, interrogée dans le documentaire. « Ils ont une plus grande difficulté à réguler les émotions de façon générale. On pense qu’ils ressentent les émotions de façon plus intense. » Une jeune fille présentée dans le documentaire a finalement été conduite à l’urgence de l’hôpital par sa mère après avoir passé quatre semaines sans pouvoir aller à l’école, en première secondaire. « Elle était plus capable de sortir de la maison », raconte sa mère. Son anxiété était telle qu’elle s’est finalement développée en dépression. Et il a quand même fallu près d’un an et demi à sa mère pour obtenir des services psychiatriques.

Prendre le problème à sa source

Dans une classe d’anthropologie de l’Université McGill, un professeur évoque différents facteurs responsables de cette crise : l’insécurité économique, l’Internet, l’explosion numérique et l’hyperconnectivité, mais aussi l’obsession du sécuritaire et la surprotection des enfants. Il parle aussi d’une « culture de la santé mentale », qui ferait en sorte que l’on remettrait constamment en question notre aptitude à faire face au stress.

« Il faut prendre le problème à sa source et donner des outils aux jeunes au-delà des mesures d’accommodements », dit l’animatrice Claire Lamarche en entrevue. « Sans ça, ça va nous péter dans la face », ajoute-t-elle. Le documentaire propose par ailleurs des pistes de solutions. La jeune Kylliane, par exemple, fréquente l’atelier Les gardiens du trésor, de l’école primaire Sauvé, où chaque enfant est encouragé notamment à reconnaître ses signes d’anxiété.

Photo: Télé-Québec Dans «Génération d’anxieux», on apprend que des établissements d’enseignement doivent multiplier les professionnels qui font des arrangements particuliers pour accommoder les élèves aux prises avec l’anxiété.

Pour Sonia Lupien, fondatrice du Centre d’études sur le stress humain, plusieurs découvertes récentes en neurosciences ne sont pas exploitées, notamment dans les écoles. L’anxiété est sans doute un héritage de la préhistoire, dit-elle, où, dans un groupe, les plus vigilants faisaient le guet pendant la nuit pour protéger ceux qui dormaient. « En 2019, il n’y a plus autant de menaces qu’à la préhistoire, mais on a ces gens qui sont encore de grands détecteurs de menace », dit Mme Lupien. En 2019, les stress dits « absolus » ont été remplacés par des stresseurs « relatifs », parmi lesquels on trouve la nouveauté, l’imprévisibilité, l’impression de ne pas avoir le contrôle sur une situation. Reconnaître les signes d’anxiété pour développer des stratégies d’adaptation est une clé pour les personnes souffrantes. Il faut aussi apprendre à faire face à ses peurs, explique Mme Lupien.

Un moteur et un frein

L’animatrice Claire Lamarche mène également un autre documentaire sur le même thème : Prisonniers de l’anxiété, qui sera diffusé la semaine suivante. Elle y explore le thème de l’anxiété chez les adultes. Dans certains cas prononcés, l’anxiété peut empêcher des adultes de maintenir un travail ou encore d’avoir une relation satisfaisante avec leurs enfants.

Pour certains experts cependant, c’est plutôt le nombre de diagnostics qui bondit. L’anxiété est un moteur, mais peut aussi devenir un trouble. Il faut dissocier le stress et l’anxiété. « L’anxiété pathologique est envahissante, explique un professionnel : trouble panique, agoraphobie, anxiété sociale, ou anxiété généralisée. « On n’a jamais autant travaillé de la tête », explique pour sa part Sonia Lupien. Et les réseaux sociaux diffusent silencieusement leur surcharge cognitive.

Parmi les grands remèdes contre l’anxiété, il y a la médication, bien sûr. Mais il y a aussi des exercices pour relâcher la tension, la méditation, ou, tout simplement, ne rien faire et nommer son anxiété. Il y a aussi l’exercice physique.

En effet, les cellules se régénèrent sous forme de neurogenèse. « Et ce qui augmente le mieux la neurogenèse, c’est l’exercice physique », dit Sonia Lupien dans le documentaire.

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Génération d’anxieux / Prisonniers de l’anxiété

Télé-Québec, les mercredis 18 et 25 septembre, à 20 h. À noter que le réseau consacrera toute sa soirée du 18 septembre à l’anxiété chez les jeunes. L’émission Format familial s’intéressera à l’anxiété chez les adolescents. À 21 h, Les francs-tireurs traiteront également de l’anxiété sous un autre angle.