Écrans: peurs de parents

De son propre aveu, Beaudoin voulait faire d’«<em>Alerte Amber»</em> une production très québécoise, mais avec des ambitions internationales.
Photo: TVA De son propre aveu, Beaudoin voulait faire d’«Alerte Amber» une production très québécoise, mais avec des ambitions internationales.

Le coeur tendre des parents québécois sera mis à l’épreuve les lundis soir à TVA, car la nouvelle série dramatico-judiciaire Alerte Amber jongle avec plusieurs peurs et inquiétudes familiales, dont celles, extrêmes, de la détresse et de l’enlèvement.

Alerte Amber met en vedette deux parents divorcés — Vincent Leclerc et Madeleine Péloquin — qui se séparent la garde de leurs deux enfants, l’adolescent en crise Logan et son petit frère autiste Éliot, qui entre tout juste au secondaire.

Au regard des deux premiers épisodes qu’il a été possible de voir jeudi, tout n’est évidemment pas rose dans ce noyau familial fissuré, usé par les années et par l’énergie que demande Éliot depuis sa naissance. Dans ce contexte, un événement central viendra vite tout chambouler : l’enlèvement du jeune autiste lorsque sa mère, fragile et fatiguée, préfère laisser Éliot dans l’auto le temps d’une course rapide plutôt que d’avoir à gérer une autre crise.

J’ai mis dans cette série-là mes plus grandes peurs, mes plus grandes angoisses de mère

Produite par Pixcom avec Québecor contenu et réalisée par Stéphane Beaudoin (Yamaska, L’heure bleue), cette série de 10 épisodes d’une heure est complétée par un volet policier. Une toute nouvelle escouade créée pour retrouver des enfants disparus tarde à faire ses preuves, sous l’oeil attentif des médias. Dirigé par le personnage de Sophie Prégent, le groupe dans lequel on peut entre autres voir le travail de Mylène St-Sauveur et de Frédéric Pierre passe rapidement au travail lorsqu’une alerte Amber est déclenchée pour retrouver le jeune autiste.

« J’ai mis dans cette série-là mes plus grandes peurs, mes plus grandes angoisses de mère, a expliqué l’auteure Julie Hivon lors du visionnement de presse, à Longueuil. Cette peur-là d’avoir un enfant qui est ostracisé, la peur de se rendre compte que nos enfants sont malheureux, la peur de les perdre évidemment, la peur de ne pas pouvoir les protéger. »

Il y a aussi dans Alerte Amber une part d’espoir et de lumière, du moins selon ce que laissent présager les 120 premières minutes de la série. Oui, il y a beaucoup de drame et de péripéties en peu de temps — c’est devenu le propre des séries à l’ère du visionnement en rafale —, mais on sent aussi un contrepoids, disons constructif, réparateur, qu’il sera intéressant de voir se déployer au fil des épisodes.

Ambitions internationales

Reprenant certains codes de couleurs de L’heure bleue (orange et bleu selon le contexte), le réalisateur Stéphane Beaudoin n’a pas lésiné sur le travail de la lumière et du cadrage. Si les moments de flash-back font tiquer, certains plans de Montréal vu d’un toit sont pratiquement du cinéma, tandis que les images de nuit dans le chalet familial ont une texture à la fois inquiétante et caressante.

De son propre aveu, Beaudoin voulait faire d’Alerte Amber une production très québécoise, mais avec des ambitions internationales.

« C’est une série qui a un propos universel, je voulais aussi avoir un langage à l’image qui est universel. Je voulais une facture qui soit très série américaine, européenne, très Netflix, mais l’amener ici à TVA. » Notons au passage l’utilisation de musique bien de chez nous, que ce soit pour le rap lors des scènes avec les amis de Logan, ou pour la chanson réconfort d’Éliot, Le grand cerf-volant de Gilles Vigneault interprétée par Fred Pellerin.

Comment évoluera l’intrigue d’Alerte Amber ? Difficile à prédire. Ce qu’on sait, c’est qu’elle se déroulera au fil de huit longues journées — on nous montre d’ailleurs à l’écran des repères temporels, un peu à la 24 heures chrono.

Mais ce n’est pas le niveau de jeu qui freinera les spectateurs. Les parents éplorés sont justes, le plus vieux des garçons (Lévi Doré) a ce je-ne-sais-quoi de troublant qui fait penser au personnage de Théodore Pellerin dans le film Chien de garde, et Éliot (Elijah Patrice-Baudelot) est complètement bluffant — on pensait qu’il était réellement autiste jusqu’à ce qu’il monte sur scène à la fin du visionnement.

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Alerte Amber

Dès le lundi 9 septembre, 21 h, à TVA