«Toute la vie»: grossesses adolescentes

Naïla Victoria Louldort-Blassou n'avait tout simplement jamais fait de théâtre ni de cinéma avant d'incarner Edwige dans la nouvelle série de Danielle Trottier, «Toute la vie».
Photo: ICI Radio-Canada Naïla Victoria Louldort-Blassou n'avait tout simplement jamais fait de théâtre ni de cinéma avant d'incarner Edwige dans la nouvelle série de Danielle Trottier, «Toute la vie».

Toutes les filles qui incarnent le rôle des adolescentes enceintes, dans la nouvelle série de Danielle Trottier, Toute la vie, qui sera diffusée à Radio-Canada, sont mineures. En fait, plusieurs d’entre elles n’avaient tout simplement jamais fait de théâtre ni de cinéma. C’est le cas notamment de Naïla Victoria Louidort-Biassou, qui incarne pourtant à merveille Edwige, adolescente enceinte, orpheline et troublée. Ces jeunes recrues côtoieront, dans cette nouvelle série télé qui reprend la case horaire de la très populaire Unité 9, des têtes d’affiche chevronnées comme Roy Dupuis ou Hélène Bourgeois-Leclerc. C’est l’une des caractéristiques de cette série, qui accouche de son premier épisode mardi prochain.

La série plonge en effet dans l’univers des adolescentes enceintes qui ne veulent pas, ou ne peuvent plus, se faire avorter. Cela se déroule dans l’école fictive Marie-Labrecque, qui prend en charge des adolescentes de 12 à 17 ans enceintes en leur offrant l’encadrement, le gîte et le couvert, et en leur permettant de poursuivre leur scolarité tout en donnant naissance à leur bébé.

Après la matière explosive du milieu des prisons pour femmes, c’est le monde à la fois intérieur et agité de l’adolescence que Danielle Trottier a choisi d’explorer. Un univers qui est souligné par une trame sonore particulièrement soutenue, soigneusement choisie par le réalisateur Jean-Philippe Duval. Le tout est produit par Fabienne Larouche et Michel Trudeau, d’Aetios.

Toute la vie, c’est d’abord une histoire de personnages. Celui d’Anaïs, une adolescente de 13 ans qui refuse de se faire avorter malgré les pressions de tout son entourage. Ou celui d’Edwige, abandonnée par sa tante, qui remplissait auprès d’elle le rôle de mère adoptive depuis le décès de ses parents.

C’est en faisant sa recherche sur le sujet que Danielle Trottier a réalisé à quel point les cas de figure variaient en matière de grossesses adolescentes. « J’ai vu des centaines de cas différents », dit-elle. Elle a alors réalisé la richesse du sujet, et la possibilité d’en faire cette série de 24 épisodes.

Pour creuser son sujet, elle a notamment visité le centre Rosalie-Jetté, une école de Montréal qui accueille des adolescentes enceintes depuis 1960. C’est l’une des quelques écoles qui offrent ce genre de services au Québec.

À l’époque de la fondation de cette école, les sœurs « ne se débattaient pas pour qu’on marie les filles, elles se débattaient pour qu’on les éduque , raconte Danielle Trottier.  Il y avait des résidences à la campagne pour les familles plus riches qui voulaient cacher leur fille ».

En entrevue, Danielle Trottier dit avoir cherché à s’approcher au plus près de l’adolescence, une période durant laquelle les jeunes sont à la fois très intéressés par les groupes, mais aussi, souvent, profondément seuls.

Mis à part quelques-unes, dont Evelyne Laferrière, qui incarne Den, la plupart des actrices en sont à leurs premières armes en matière de tournage. « Naïla n’avait jamais joué devant une caméra , dit Jean-Philippe Duval.  On a fait une annonce, on a envoyé un bout de texte, dans les écoles aussi. Comme ça se fait parfois avec des téléphones, les filles font l’audition dans leur chambre. »

L’équipe a reçu des milliers de candidatures. « Ce sont toutes des mineures », dit-il. « Elles ont pas mal l’âge de leur personnage », ajoute Danielle Trottier. « On avait le souci d’avoir de jeunes adolescentes, comme c’est le cas dans l’histoire », dit Jean-Philippe Duval.

Dans des épisodes subséquents, certaines de ces recrues devront aller jusqu’à jouer un accouchement. « Il y avait quand même des scènes intenses à jouer, dès le premier épisode. Cela prenait des jeunes filles qui endossaient la réalité de ce personnage », dit Danielle Trottier.

Les échanges autour de la situation de ces adolescentes enceintes auront sans doute de quoi alimenter les débats dans les chaumières. Forcément, les arguments traditionnellement servis par les pro-choix ou les pro-vie refont surface dans les dialogues. Au premier épisode, la mère d’une adolescente qui a vécu une fausse couche se préoccupe de la façon dont on a disposé du fœtus. Et les parents d’une jeune fille de 13 ans exigent qu’elle se fasse avorter sur-le-champ.

Pour Danielle Trottier, le débat n’a jamais vraiment été mené. « En 2020, il y a encore des jeunes qui pensent qu’elles ne peuvent pas tomber enceintes la première fois. Et des garçons aussi », dit-elle.

D’ailleurs, 6 % de l’ensemble des grossesses qui se déroulent au Québec sont vécues par des adolescentes. C’est trois fois moins qu’il y a 10 ans. « Et si l’on compte les grossesses avortées, ces données se multiplient par six », dit Danielle Trottier.

 

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ICI Télé, mardi, 20 h