Tous pour eux

Dans sa forme, «100 génies» semble à des années-lumières de son «ancêtre», aux décors et à l'ambiance bien sages.
Photo: Ludovic Rolland-Marcotte Dans sa forme, «100 génies» semble à des années-lumières de son «ancêtre», aux décors et à l'ambiance bien sages.

Commençons par un aveu : l’auteure de ces lignes a fait partie tout au long de ses études secondaires d’une équipe de Génies en herbe, et a participé à quelques reprises au jeu-questionnaire du même nom diffusé sur les ondes de Radio-Canada de 1973 à 1997 (avec un très bref retour en 2011) et parodiée habilement par le groupe humoristique RBO, pour le plus grand plaisir de ses concurrents, qui ont trouvé dans ce sketch d’anthologie quelques blagues à glisser durant les matchs…

Les petits comiques qui voudront peut-être un jour se moquer de 100 génies, une nouvelle émission de Radio-Canada animée par Pierre-Yves Lord et inspirée du jeu-questionnaire qui a fait école, devront sans doute disposer de plus grands moyens pour imiter RBO. D’abord parce qu’il y a toujours une centaine de concurrents (souvent très, très enthousiastes) sur le plateau d’enregistrement de l’émission, les mêmes tout au long de la saison, mais aussi parce que ce quiz jeunesse emprunte aux codes des variétés et des jeux d’évasion, ce qui exige un attirail technique et technologique autrement plus imposant.

Dans sa forme, 100 génies semble donc à des années-lumière de son « ancêtre », aux décors et à l’ambiance bien sages. Comme l’explique en entrevue Michel St-Cyr, l’un des producteurs exécutifs de chez FairPlay qui ont travaillé sur le concept de 100 génies — et fidèle avoué de Génies en herbe dans sa jeunesse : « On a agrandi, grossi le show pour le mettre en primetime [heure de grande écoute] et en faire un show d’aujourd’hui. »

Une grande fête du savoir

Ainsi, à chaque épisode, les 100 concurrents (dans une proportion égale de filles et de garçons), sélectionnés parmi 500 jeunes de 14 à 17 ans de partout au Canada, doivent gagner leur place au sein de l’équipe aspirante de trois joueurs, qui seront soumis, bien sûr, aux traditionnelles questions de culture générale autour d’un thème particulier à chacun des épisodes, mais aussi à des épreuves d’évasion qui font appel à la logique et à la vivacité d’esprit, et des questions de mémoire et de culture populaire à la suite de la performance musicale d’un artiste invité.

On a agrandi, grossi le show pour le mettre en primetime et en faire un show d’aujourd’hui

Les 94 jeunes restés sur leurs bancs ne sont pas relégués au rang de simples spectateurs puisqu’ils sont appelés à mettre à profit leur bagage de connaissances pour venir en aide à l’une ou l’autre des équipes afin de lui faire remporter des prix, dont des bourses d’études. La formation gagnante revient défendre son titre la semaine suivante devant une toute nouvelle équipe, qui peut parfois réunir des adversaires affrontés lors d’autres joutes.

Comme l’explique l’animateur du jeu, qui a lui-même été membre d’une équipe de Génies en herbe au début de ses études secondaires, la rivalité qui caractérisait le jeu télévisé d’antan n’existe plus dans ce nouveau concept : « Il y a quelque chose de beau là-dedans : même s’ils doivent rivaliser dans l’arène, à la fin ils sont tous ensemble, explique Pierre-Yves Lord. On sent dans l’émission qu’ils veulent le succès des équipes qui se retrouvent dans l’arène. C’est de la compétition collaborative. »

Photo: Ludovic Rolland-Marcotte Pierre-Yves Lord

Parlant de collaboration, l’animateur, visiblement ravi d’avoir été sollicité pour tenir la barre de cette émission, souligne l’esprit collectif qui s’est développé tout au long du tournage : « Ils n’avaient pas leur téléphone cellulaire [sur le plateau] et c’est le fun de voir ce qui peut se passer quand 100 jeunes passent 13 heures ensemble dans la même pièce. Il n’y a pas 100 solitudes : c’est un groupe qui s’est serré, qui s’est soudé, pis ç’a été beau à voir. »

Le producteur Michel St-Cyr abonde dans ce sens : « À la fin de l’enregistrement, j’avais le sentiment que c’était comme un camp d’été qui se laissait après avoir passé des semaines ensemble. » Il souligne également l’énergie débordante des participants : « Pendant les pauses publicitaires, ça se mettait à danser, à chanter, ça ne finissait plus… » L’animatrice de foule a eu du mal à suivre !

Jouer avec le savoir et le faire rayonner

Malgré cette ambiance de fête, est-ce que ce nouveau jeu axé sur les connaissances générales en cette ère « Wikipédia », bien que calé dans l’horaire entre deux « valeurs sûres » de la chaîne publique (Infoman et Enquête), saura atteindre un vaste public, dont les adolescents, plutôt portés sur les écrans mobiles que la télé traditionnelle ? Michel St-Cyr répond qu’« on ne veut pas amener des jeunes à regarder des personnes plus vieilles. On veut qu’ils se voient, eux ».

Il explique en entrevue que les concepteurs ont consulté des « gens des ligues de Génies en herbe dans les écoles sur ce qu’on devrait faire ou ne pas faire dans notre émission, pour que le public à la maison, les parents et les enfants puissent regarder ça ensemble et qu’il y ait des moments où ils ne pourront pas répondre, et d’autres où ils pourront participer ». D’ailleurs, le producteur indique que les milieux scolaires consultés voient dans cette émission une occasion de raviver l’intérêt de jouer à Génies en herbe auprès des jeunes.

Pierre-Yves Lord croit pour sa part que « que les grands-parents comme les enfants d’âge primaire vont pouvoir se laisser emporter par la frénésie qui règne dans notre studio ». Il souhaite par ailleurs que le succès de l’émission ne se mesure pas seulement à l’ampleur de l’auditoire. « J’espère que dans les foyers, ça va accentuer la place de la connaissance, le plaisir qu’on peut avoir avec le savoir et la connaissance. C’est sûr que je me réjouirais qu’on fasse de bonnes cotes d’écoute, au-delà de ce qui est attendu, mais ma plus grande fierté serait que des jeunes se disent : “J’ai écouté 100 génies pis ça m’a donné le goût de me pitcher la tête dans les livres”, que ça ait un impact positif sur leur curiosité, sur leur ouverture sur le monde. »

C’est la grâce qu’on lui (et qu’on se) souhaite…

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100 Génies

Radio-Canada, jeudi, 20 h