Nouvelle mise en garde de l’AQTIS

Un conflit de travail oppose actuellement les producteurs de télévision et de cinéma aux techniciens, concernant les conditions de travail de ces derniers.
Photo: iStock Un conflit de travail oppose actuellement les producteurs de télévision et de cinéma aux techniciens, concernant les conditions de travail de ces derniers.

Alors que la période de production télévisuelle tourne à plein régime au Québec, certains tournages pourraient être compromis par des grèves comme celle de jeudi dernier, prévient l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS).

Un conflit de travail oppose actuellement les producteurs de télévision et de cinéma aux techniciens, concernant les conditions de travail de ces derniers. Après une première journée de débrayage menée par les membres de l’AQTIS, jeudi, une dizaine de producteurs ont cessé de contribuer aux assurances collectives et au régime de retraite.

Le syndicat, qui représente environ 6000 artisans pigistes de l’industrie télévisuelle et cinématographique, estime qu’il s’agit là d’une « attitude belliqueuse ». « C’est un peu indécent, la façon d’agir de certains producteurs, étant donné que c’est de l’argent public et que 90 % des productions sont financées à travers les crédits d’impôt et les subventions qui sont accordées aux producteurs », dénonce le directeur général de l’AQTIS et porte-parole à la table de négociation, Gilles Charland, en entrevue au Devoir. Il ajoute que ces moyens de pression « datent d’une autre époque ».

« Les contrats qui étaient signés avant l’action concertée continuent d’être en vigueur avec les conditions qui étaient là », précise toutefois la p.-d.g. de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui représente environ 150 producteurs, Hélène Messier. Elle ajoute que la grève de jeudi a mis fin légalement à l’entente collective qui liait l’AQPM et l’AQTIS. « Puisqu’il n’y a plus d’entente, il n’y a plus cette obligation de contribuer au régime d’avantages sociaux de l’AQTIS », explique-t-elle.

Mme Messier ajoute que l’AQPM a proposé une trêve à l’AQTIS, afin d’éviter la fin de l’entente collective. « Si on avait une assurance que, jusqu’au 1er novembre, ils n’exerceraient plus de nouveaux moyens de pression, on s’engageait à réactiver l’entente collective et à procéder comme avant », avance-t-elle, précisant que cette date correspondait à celle de la dernière séance de médiation entre les deux parties. Une période toutefois « beaucoup trop longue » pour les techniciens syndiqués, explique M. Charland. « Nous avons proposé à l’AQPM de maintenir les ententes collectives pendant une période de 10 jours environ et d’accélérer le rythme de négociations de façon à arriver à une entente dans les meilleurs délais », justifie-t-il.

Mais, pour l’association représentant les producteurs, un tel délai est « tout à fait impossible ». « Nous, on veut pouvoir négocier sereinement, sans une épée de Damoclès », justifie de son côté Mme Messier.

Des conditions de travail et des budgets en décroissance

Le directeur général de l’AQTIS explique que plusieurs points restent à négocier avec l’association qui représente les producteurs. Au coeur des revendications des techniciens figurent notamment la rémunération, la formation professionnelle, la priorité d’embauche et les régimes d’assurances et de retraite. « Je dirais aussi que, de plus en plus, depuis quelques années, le rythme de travail sur les plateaux augmente à un rythme assez effréné », note M. Charland. Il ajoute que le taux élevé de votes des membres de l’AQTIS en faveur de la grève démontre « de façon significative le ras-le-bol des techniciens » par rapport à leurs conditions de travail « qui se dégradent depuis plusieurs années ».

De son côté, Mme Messier estime qu’il serait « difficile » d’offrir aux techniciens ce qu’ils réclament en matière de rémunération. « L’AQTIS demande des augmentations qui varient entre 40 et 120 %, explique-t-elle. Dans une industrie où les budgets ont beaucoup décru, je pense que ce serait difficile d’accéder à ce genre de demandes quand on a des salaires dont la moyenne du cachet minimum, toutes fonctions confondues, est autour de 30 $ l’heure. »

La p.-d.g. de l’AQPM craint également que la production de plusieurs émissions soit mise en péril, si l’AQTIS met sa menace de grève à exécution. « Ça va être une situation extrêmement difficile. Il n’y a pas de marge de manoeuvre dans les budgets actuellement », prédit-elle. Elle cite en exemple la télésérie Les filles de Caleb, qui disposait d’un budget variant entre 1 et 1,1 million de dollars par épisode d’une heure au début des années 1990. « Dans le dernier rapport annuel du Fonds des médias du Canada, le devis moyen en 2018-2019 d’une dramatique de langue française est de 475 000 $ l’heure », illustre-t-elle. « On voit la différence. On voit la difficulté et la pression qui s’exerce déjà pour pouvoir continuer d’offrir des contenus de qualité », soutient-elle.

Une rencontre de médiation entre les deux parties est prévue mercredi.

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