Sur vos écrans: effets d'écrans

Le documentariste français Olivier Joyard s’est intéressé dans le chouette documentaire «Binge Mania» aux origines du phénomène de consommation frénétique.
Photo: Canal + Le documentariste français Olivier Joyard s’est intéressé dans le chouette documentaire «Binge Mania» aux origines du phénomène de consommation frénétique.

Gloutonnerie de séries et conséquences

 

Il n’y a pas si longtemps, nos fictions télévisuelles préférées se consommaient uniquement à doses hebdomadaires. Tout cela est tombé en désuétude pour une grande partie des « sériephiles » depuis l’avènement du DVD et surtout du visionnement en continu, qui permet d’enchaîner les épisodes jusqu’à épuisement des stocks, une pratique que l’on appelle dans la langue des voisins le « binge watching ».

Le documentariste français Olivier Joyard s’est intéressé dans ce chouette documentaire aux origines de ce phénomène de consommation frénétique, mais surtout aux conséquences de ce dernier sur la façon dont sont imaginées, écrites et produites les séries de fiction actuelle. Pour répondre à cette vaste question, le cinéaste a fait appel à un impressionnant aréopage d’auteurs-producteurs, de scénaristes et de producteurs de séries prestigieuses dont Shawn Ryan, créateur de The Shields, John Landgraf, ancien patron de l’audacieuse chaîne américaine FX, et Krista Vernoff, auteure-productrice de Grey’s Anatomy.

Le film, truffé de très belles scènes de séries marquantes (principalement américaines) des dernières années, porte un regard critique sur cette façon expéditive d’apprécier les oeuvres, mais aussi sur les dangers de la surabondance de nouvelles productions, la fameuse « Peak TV » et sur ses conséquences positives en matière de diversité d’origine de ses artisans. Un film passionnant pour les sériephiles, qui porte à réflexion sur notre régime télévisuel.

 
Binge Mania Canal+ International, lundi, 21h27

 

Traquer l’injurieux

 

Non, les trolls dont il est question dans ce reportage de la BBC ne sont pas ces mignonnes créatures dotées d’une chevelure colorée, mais plutôt des utilisateurs de réseaux sociaux qui se plaisent à insulter, à harceler, à importuner d’autres abonnés de ces mêmes plateformes, souvent avec une violence verbale (et picturale) très dérangeante. Ils sont toutefois difficiles à identifier et à localiser puisqu’ils utilisent souvent des pseudonymes. Dans cette enquête fort intéressante, mais inutilement étirée par longs moments, une blogueuse londonienne qui se fait abondamment insulter sur les réseaux sociaux tente de comprendre les motivations de ces trolls à travers les expériences d’autres femmes publiques victimes de ce genre de harcèlement, les témoignages de gens qui ont vécu des tragédies provoquées par ce type d’attaques, et tente surtout de trouver un de ces trolls afin de le confronter au sujet de ses motivations.


Les grands reportages. Les chasseurs de trolls RDI, mardi, 20h

 

Lendemains angoissants

 

Difficile de rester indifférent devant ce premier long métrage de la réalisatrice Pippa Bianco, une adaptation d’un court pour lequel elle a été récompensée au Festival de Cannes en 2015, qui raconte les lendemains amers et angoissants d’une soirée trop arrosée pour une adolescente, qui découvre à travers une vidéo propagée sur les réseaux sociaux qu’elle a été victime d’une agression sexuelle dont elle ne se souvient pas et dont elle ignore l’ampleur. Entre la honte et la peur de représailles après une plainte à la police, la jeune Mandy, interprétée avec toutes les nuances nécessaires par Rhianne Barreto, semble s’égarer entre l’angoisse de l’isolement, l’envie de tout oublier et le désir de savoir ce qui s’est vraiment passé. Une histoire de violence sourde, banalisée, dérangeante, qui nous hante longtemps après le générique.


Share HBO, samedi, 22h

Le visionnement en continu

Cette adaptation de la série de comic books du même titre de Garth Ennis (The Preacher), développée par les irrévérencieux Seth Rogen et Evan Goldberg (Superbad, The Interview), est une comédie noire et ultraviolente qui nous entraîne dans un monde où les superhéros existent et sont de véritables célébrités plus ou moins corrompues, dont les nobles intentions se sont émoussées avec le temps et la renommée. Une cellule clandestine de la CIA a pour mission de faire le ménage (généralement sanglant) dans ce golgotha de justiciers pas toujours bien intentionnés. Ceux qui pourraient tirer plaisir de voir ainsi l’iconographie du superhéros égratignée avec une certaine délectation comique trouveront peut-être un peu pénible l’avalanche d’hémoglobine. À vos risques et périls !

The Boys Prime Video, dès maintenant

Petit livre, grand succès

En rappel, ce très beau documentaire d’Hugo Latulippe fait la fête au livre le plus vendu au monde (après la Bible), la magnifique fable d’Antoine de St-Exupéry, qui a été publié il y a maintenant 75 ans. Le cinéaste d’Alphée les étoiles offre un regard chaleureux et enthousiaste sur ce monument de la littérature mondiale, en s’intéressant aux sources d’inspiration de l’auteur, glanées au Québec et à la pointe sud du Maroc, en recueillant les témoignages d’admirateurs (et de moins admirateurs…) de ce petit livre pas seulement destiné aux enfants et en laissant entendre plusieurs extraits de l’inoubliable adaptation phonographique récitée par Gérard Philippe.

L’invisible essence : Le Petit Prince Artv, lundi, 20h30, rediffusion, jeudi, minuit