Au sommet de la téléréalité

Mischa, Brandon, Heidi, Spencer et leur entourage sont de retour pour de nouvelles aventures, mais surtout pour une panoplie de drames dont ils ont le secret.
Photo: MTV Mischa, Brandon, Heidi, Spencer et leur entourage sont de retour pour de nouvelles aventures, mais surtout pour une panoplie de drames dont ils ont le secret.

« Nouvelle ville, nouveaux drames. » C’est la formule qui marquait le tout premier épisode de The Hills, intitulé d’ailleurs ainsi, présenté le 31 mai 2006 sur MTV.

Nouvelle ville, soit Los Angeles. Là où débarquait l’héroïne et narratrice, Lauren Conrad. Une étudiante en mode, venue faire un stage chez Teen Vogue.

Et nouveaux drames, au pluriel, parce que c’est ce qui marquera l’ensemble de ces sommets. Des personnages aisés, se querellant, se quittant et se réconciliant souvent sous le soleil de la Californie. « C’était un peu extra, si l’on peut dire », nous dit à son tour Jessica Garneau.

Jessica Garneau est l’une des autoproclamées « plus grandes fans de The Hills ». C’est ce qui l’a poussée à étudier à l’École supérieure de mode de Montréal de l’ESG UQAM. Ce qui l’a poussée à devenir styliste. Puis, à signer des articles de mode et beauté pour le site Ton Petit Look. Aujourd’hui, elle travaille en communications, mais The Hills, ça ne s’oublie pas juste comme ça, que non.

Elle nous confie que, depuis, elle a visionné les six saisons plusieurs fois et que Justin Bobby c’est « oh, mon Dieu, l’homme de ma vie ».

Justin qui ? « Ah, c’est pas tout le monde qui a écouté The Hills au point de le savoir ! », s’esclaffe-t-elle. Justin Bobby, donc. Héros ténébreux portant des bottes de combat à la plage. Briseur de ces coeurs qui, avant de rejoindre le monde de la téléréalité, fut coiffeur pour les stars. Il s’est notamment chargé des chevelures des gars de Maroon 5, groupe mené par Adam Levine, le frontman tatoué qui a enlevé son t-shirt à la mi-temps du Super Bowl LIII. (Nous le savons, c’est beaucoup d’informations.)

Mais qu’est-ce qui attirait tant dans cette série à la réalité pourtant très éloignée de la nôtre ? « Ils avaient beaucoup de sous et un mode de vie qui n’était pas du tout du même rythme, remarque Jessica Garneau. Mais ils vivaient des choses dans lesquelles on pouvait se reconnaître : un premier appartement, des partys, des chicanes… Je n’avais pas le même budget, mais je pouvais m’y identifier. »

A-t-elle retrouvé depuis une émission qu’elle a autant aimée ? Même pas une seconde d’hésitation : « Aucune. » Alors, c’était un plaisir coupable ou un plaisir véritable ? Jessica éclate de rire. « Je l’assume complètement. J’écoute encore les vieux The Hills. À un moment donné, je ne peux pas faire semblant que ça ne m’intéressait pas tant que ça ! »

Inspiré de, inspiré de, inspiré de

C’est sous le nom de New Beginnings que The Hills renaît aujourd’hui. Nouveaux départs. Justement, pour mieux comprendre le phénomène, il importe de retourner au commencement. Car The Hills, c’était en fait une téléréalité très scriptée INSPIRÉE de Laguna Beach, une téléréalité légèrement moins scriptée, INSPIRÉE, quant à elle, de The O.C., une télésérie de fiction. Vous suivez toujours ?

The O.C., c’était d’ailleurs l’une des séries préférées de Mélodie Nelson. « Il y avait des maisons en feu, des jeunes filles qui vivaient dans de grosses maisons et faisaient de l’équitation, des pères qui se faisaient battre parce qu’ils devaient de l’argent à la communauté… »

Fascinée par la pop culture américaine de la sorte, tout comme par le mode de vie californien, l’écrivaine montréalaise en a glissé des éléments dans son dernier roman, Juicy. Paru aux Éditions de ta mère en 2017, ce récit mettait en scène une jeune Californienne, justement, qui remportait le concours de Miss Teen USA.

Mélodie Nelson ne suivait pas The Hills, donc. Mais peut-être comme certains d’entre vous, sans même le vouloir, elle était au courant de l’existence des héros de la téléréalité de MTV. Car longtemps, les magazines à potins américains, US, In Touch et autres Star, se sont régalés des déboires de Speidi. Spardon ? Ah oui, c’est le surnom donné à Spencer Pratt et à son épouse Heidi Montag, aujourd’hui convertie à la pop chrétienne. Les amoureux que tout le monde aimait détester dans The Hills.

Bref, chaque semaine, Mélodie Nelson achetait ses revues à potins et lisait sur la vie de « ce couple qui se transforme en Barbie et Ken » (voyez les photos). « Ça peut avoir l’air très superficiel et ridicule, mais… ça m’a vraiment aidée, confie-t-elle. À l’époque, je travaillais comme libraire, j’étudiais en études littéraires et j’essayais de me détacher de l’obligation d’être cette personne sérieuse qui a les mêmes intérêts que tout le monde et un gros livre de 800 pages d’un auteur russe obscur posé sur sa table de nuit. »

Elle ajoute : « Mon plaisir à lire des revues à potins m’a permis de dépasser tout cela. »

Donc attends, Mélodie. Ce que tu nous dis, c’est que de lire sur la vie de Speidi t’a permis de mieux apprécier… « Le pavillon des cancéreux de Soljenitsyne, oui. »

En riant, Mélodie Nelson note ensuite avoir récemment lu une entrevue dans Vogue (« oh là là, c’est terrible ! C’est terrifiant ! C’est pathétique ! ») où Heidi était interrogée sur le manque de diversité dans The Hills. Là où tout le monde est principalement blond, blanc et richissime. Heidi, pourtant, reste convaincue que de la diversité, il y en a à foison : « Je veux dire, Audrina a les cheveux plus foncés. Et Mischa aussi. »

Mischa, c’est Mischa Barton. L’actrice principale de The O.C. (vous savez, la série de fiction mentionnée ci-dessus) qui jouera désormais dans New Beginnings. Vous sentez un petit étourdissement ? En effet, c’est tout un microcosme qui se rassemble et se croise.

Serez-vous du reste étonné d’apprendre que Paris Hilton, Kim Kardashian, Lady Gaga et Marc Jacobs ont fait des apparitions au fil des années dans la fameuse téléréalité ? Et que cette nouvelle édition accueillera aussi dans ses rangs Brandon Thomas Lee (fils de Pamela Anderson et de Tommy « Mötley Crüe » Lee) ? « C’est en quelque sorte le même modèle de personne, remarque Mélodie Nelson. Superficielle et très, très assumée. »

L’écrivaine assume, quant à elle, le fait d’aimer plusieurs éléments de cet univers : « C’est divertissant, les histoires de personnes qui veulent revenir dans le droit chemin. Enfin. Dans le droit chemin étrange de la Californie. » Ce qu’elle aime moins : « L’omniprésence des filles pas fines. C’est hyper triste. Je trouve ça platte qu’on mise sur les chicanes entre elles. »

Entre nous, certains diraient que The Hills aurait dû rester dans le passé. Pourtant, c’était un élément marquant de la culture pop, tout comme de la téléréalité. C’était avant Instagram, « avant que beaucoup de gens fassent semblant d’être réellement dans un décor irréel ». « Ils posaient les mêmes gestes dont on se moque chez les influenceurs aujourd’hui, remarque Mélodie. Des photos en bikini, des paroles impossibles à prendre autrement qu’en riant… C’est vraiment un retour à quoi ? Il y a dix ans ? »

Précisément. Mais attention. Ce sont de « new beginnings ».

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The Hills : New Beginnings

MTV, lundi, 22 h