Un intermédiaire d’ici pour le cinéma québécois

Le président fondateur de h264, Jean-Christophe Lamontagne
Photo: Philippe Papineau Le Devoir Le président fondateur de h264, Jean-Christophe Lamontagne

Le distributeur de film québécois h264 a annoncé mardi qu’il se lançait dans l’agrégation. Il devient ainsi le premier intermédiaire officiel fleurdelisé qui pourra faire le pont entre les ayants droit d’ici et les grandes plateformes numériques comme iTunes et Apple TV. Une initiative que la SODEC a qualifiée de « fantastique ».

« L’accessibilité pour le public à du contenu de qualité et à du contenu d’ici est un enjeu majeur pour le secteur de la distribution, et la protection de notre culture passe par une meilleure diffusion de celle-ci », a expliqué le président fondateur de h264, Jean-Christophe Lamontagne.

À terme, le travail de h264 comme agrégateur devrait donc permettre un accès plus facile et mieux réfléchi aux films québécois chez les géants de l’audiovisuel.

C’est qu’en cinéma — comme en musique —, les distributeurs sont dans l’obligation de passer par un intermédiaire pour ajouter un film sur les grandes plateformes en ligne. À ce jour, h264 devient le seul agrégateur québécois (et canadien), les autres joueurs du domaine étant des propriétés étrangères.

« Les agrégateurs étrangers avec lesquels on travaille normalement sont soit à New York, à Paris, ou dans d’autres pays, illustre M. Lamontagne. Et quand vient le temps de présenter nos films, quand vient le temps de les défendre, ils n’ont certainement pas les connaissances, les sensibilités si importantes » pour bien le faire.

Concrètement, h264 veut s’assurer d’une meilleure représentativité du cinéma québécois en ligne et « veut permettre à tous les joueurs, gros ou petits, de mettre leur catalogue en ligne sur les plateformes pertinentes. » Les courts-métrages seront aussi dans le lot, a souligné M. Lamontagne.

Pour l’instant, h264 a obtenu une certification d’agrégateur chez Apple — donc aussi pour iTunes —, Criterion Channel et Mubi.

Des négociations sont en cours avec Netflix, Amazon et PlayStation. L’entreprise espère que le tout se dénouera d’ici « quelques semaines ou [quelques] mois ».

Durabilité

La présidente et chef de la direction de la SODEC, Louise Lantagne, s’est réjouie des démarches de h264, qualifiant la nouvelle de « fantastique », car elle « assure une vie à la fois commerciale et une vie tout court à nos oeuvres, et ça fait que notre développement culturel devient durable ».

Mme Lantagne a souligné le fait qu’il arrive fréquemment que les films québécois ne restent en salle que quelques jours avant de « tomber dans l’oubli ». Avec comme conséquence que « les catalogues des distributeurs sont remplis de pépites d’or » qui restent inaccessibles pour les spectateurs. La SODEC a investi 235 000 $ dans le projet de h264.

La cinéaste et productrice Marianne Farley, dont le court-métrage Marguerite s’est rendu aux Oscar en 2019, voit dans l’arrivée de cet agrégateur québécois une façon de pérenniser son travail. Ainsi, les productions locales auront une chance d’être vues « ici et à l’international aussi. C’est extrêmement florissant le monde numérique, mais en même temps, c’est gros, donc ça prend des gens qui ont une expertise là-dedans ».

Aux yeux de Mme Farley, « les Netflix de ce monde permettent de découvrir des productions danoises, des films japonais. Il y a une mondialisation, une démocratisation du cinéma qui est excitante et extraordinaire, mais il faut qu’au Québec, on soit à l’avant-garde de tout ça ».

De son côté, le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec s’est aussi montré positif devant l’arrivée d’un agrégateur local.

« On n’avait jamais de contact avec iTunes, c’était un peu notre frustration, illustre son président, Andrew Noble. Ce qui arrive, c’est qu’on donne les films à des agrégateurs qui les placent sur les plateformes, ensuite on essaie de faire une mise en marché, mais on est à deux pas du vendeur, on est très loin. » Il se réjouit qu’avec h264, il travaillera « avec quelqu’un d’ici qui comprend les enjeux ».

h264 compte respecter la règle des cent jours entre la diffusion en salle et son arrivée en ligne.

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