«I Am Mother»: le futur est femme

Pour son tout premier long métrage, le cinéaste Grant Sputore cherchait visiblement à attirer l’attention, mais pas nécessairement en déployant beaucoup d’originalité. Car Mater ex machina offre tout ce dont un aficionado de science-fiction peut rêver : de grands espaces de désolation postapocalyptique ; des robots rutilants à la voix de velours ; des êtres humains génétiquement modifiés ; une quincaillerie technologique à la fois sophistiquée et épurée.

Ce déploiement s’effectue dans une évidente, et minutieuse, économie de moyens, le huis clos dans un bunker, aussi futuriste soit-il, permettant de contrôler ses effets tout en créant un climat d’angoisse diffuse, ici face au monde extérieur, hautement toxique et sans aucune trace de vie. C’est du moins le récit qu’en fait Mother (voix de Rose Byrne et de Luke Hawker pour la gestuelle), une variation nouvelâgiste des spécimens d’acier et de fils électriques que l’on peut croiser parfois chez Ridley Scott ou Paul Verhoeven. Cette machine attendrissante prend le plus grand soin de Daughter (Clara Rugaard, beaucoup d’aplomb malgré son jeune âge), seule personne de chair et de sang au milieu de cette cage dorée. Et ce, depuis sa naissance en laboratoire.

Photo: Netflix Mother est une variation nouvelâgiste des spécimens d’acier et de fils électriques.

D’autres frères et sœurs pourraient garnir les rangs de cette arche de Noé immobile, mais ce que raconte cette mère métallique résiste de moins en moins au réel, et de manière fracassante, lorsqu’une femme (Hilary Swank) aux abois, et blessée, frappe à leur porte. Ce qui contredit tout ce que la jeune fille apprenait depuis sa naissance, entre un cours de médecine et une leçon de philosophie sur la pensée d’Emmanuel Kant. Devant ce droïde, la rescapée affiche un affolement que la jeune fille s’explique mal, semant ainsi un doute de plus en plus grand sur ses certitudes, celles entourant son horizon aseptisé. Qui de ces deux figures protectrices dit la vérité ?

Cette valse-hésitation entre le caractère rassurant d’un présent immuable et un désir grandissant de découvrir un monde depuis toujours fantasmé (ou vu à travers la lorgnette d’extraits du talk-show de Johnny Carson !) constitue la portion la plus convaincante de cette aventure aux familiarités évidentes — pour ne pas dire aux emprunts. Grant Sputore ne réinvente rien, ou si peu, s’approchant parfois de la précision d’Alex Garland dans Ex Machina, tandis que d’autres pourraient voir dans le jeu physique d’Hilary Swank un hommage à peine voilé à la fougue admirable de Linda Hamilton dans Terminator et ses déclinaisons.

À défaut d’offrir un divertissement trépidant, le scénariste Michael Lloyd Green, lui aussi un nouveau venu, s’est plu à disserter, avec application, sur des sujets délicats, dont la manipulation génétique, les errances de l’intelligence artificielle et l’obsession survivaliste. Mais on ne peut s’empêcher d’y voir aussi un hommage à un large pan du cinéma où le futur apparaît comme une voie sans issue. Mais en conviant d’excellentes actrices à lui faire confiance dans ses premiers pas de cinéaste résolu à jouer dans la cour des grands, Gerard Sputore réussit au passage à convaincre que le futur passe aussi par la farouche détermination des femmes. Vous me direz que ce n’est pas non plus la première fois qu’on voit cela (bonjour Mad Max : Fury Road !), mais les redites ont parfois leur importance.

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Mater ex machina (V.F. de I Am Mother )

★★★

Science-fiction de Grant Sputore. Avec Clara Rugaard, Hilary Swank, Luke Hawker, et la voix de Rose Byrne. Australie, 2019, 115 minutes. Netflix.