[Propos scientifique à venir]

C’est fini pour la comédie de situation chérie de CBS, dont le dernier épisode sera diffusé jeudi. Après douze saisons. Deux cent soixante-dix-neuf épisodes. Et des cotes d’écoute astronomiques, qui avoisinaient l’an dernier les 19 millions de téléspectateurs (aux États-Unis seulement).
Photo: Bell Média C’est fini pour la comédie de situation chérie de CBS, dont le dernier épisode sera diffusé jeudi. Après douze saisons. Deux cent soixante-dix-neuf épisodes. Et des cotes d’écoute astronomiques, qui avoisinaient l’an dernier les 19 millions de téléspectateurs (aux États-Unis seulement).

Ancien astronaute pour la NASA, Mike Massimino est le premier homme à avoir tweeté de l’espace, où il a par ailleurs passé un total de 571 heures et 47 minutes. C’est également lui qui a inspiré le personnage joué par George Clooney dans Gravity, d’Alfonso Cuarón. Et c’est lui, enfin, qui s’est pointé dans six épisodes de The Big Bang Theory pour jouer son propre rôle. « Les gars m’appellent “Mass”. »

Est-ce qu’on lui parle encore souvent de ces apparitions ? « Vous m’en parlez en ce moment, n’est-ce pas ? » nous lance-t-il. Vrai. Il faut dire que Mike Massimino n’a rien à voir avec les quatre gars souvent sur le sofa, maladroits, passionnés de comics et dotés de peu de… capacités de séduction romantiques, disons, qui composent le noyau de The Big Bang Theory.

Né en 1962 à Long Island, cet astronaute charismatique et habitué des plateaux télé a été inspiré à exercer son métier en voyant Neil Armstrong et Buzz Aldrin marcher sur la Lune. On s’entend : les scènes spatiales qu’il a tournées dans la sitcom américaine sont à mille lieues de risquer d’avoir cet impact auprès des jeunes. N’empêche. Dans la culture pop, « les scientifiques sont souvent montrés comme des solitaires. Ou des types cinglés qui tentent de prendre contrôle de l’univers. Je pense que cette émission a montré aux gamins qu’on peut être heureux, et cool et aimer les maths ».

Une chose est sûre, affirme « Astro Mike » : « Les producteurs ont fait leurs devoirs. Ils ont fait en sorte que le vaisseau spatial ressemble exactement au vrai. »

En fait, celui qui les a principalement faits, ces devoirs, c’est le professeur de physique et d’astronomie à l’Université de Californie à Los Angeles David Saltzberg. « J’aimerais croire que la popularité de cette émission repose sur son côté scientifique. Mais je pense qu’elle tient davantage à ses personnages et à ses situations comiques », lance-t-il, à la blague.

Depuis 2006, le Dr Saltzberg est consultant scientifique pour The Big Bang Theory. « Pour la première fois, je dois dire que j’étais le consultant scientifique », rectifie-t-il.

Car oui, c’est fini pour la comédie de situation chérie de CBS, dont le dernier épisode sera diffusé jeudi. Après douze saisons. Deux cent soixante-dix-neuf épisodes. Et des cotes d’écoute astronomiques, qui avoisinaient l’an dernier les 19 millions de téléspectateurs (aux États-Unis seulement).

Court et simple

Pendant ces douze ans, le Dr Saltzberg a réceptionné les scénarios composés par les auteurs. Et invariablement, chaque semaine, il trouvait entre crochets, parmi les répliques lancées par les personnages, les mots [Science to come], propos scientifique à venir. C’est ensuite lui qui le faisait « apparaître », ce [Propos scientifique à venir], en proposant diverses formules de physique aux auteurs. « Je leur offrais plusieurs options : quelque chose de court, quelque chose de simple, quelque chose d’incompréhensible que seuls les experts pouvaient comprendre… »

Anecdote amusante : une fois, il a invité ses étudiants à assister au tournage d’un épisode. Sur les fameux tableaux blancs où Sheldon, héros du show, griffonne ses formules, il avait inscrit les résultats de leur prochain examen. « Ils ne s’en sont jamais rendu compte ! » s’esclaffe-t-il.

Lui, s’est-il rendu compte de l’impact qu’a eu la série sur son milieu ? « J’aime croire qu’elle a permis de montrer que la physique ne s’est pas terminée avec Galilée. » Et ses collègues de l’UCLA ? « Vous savez, les autres profs sont seulement intéressés par leurs propres recherches. Ils ne vont pas vraiment discuter d’une émission de télé ! »

Photo: Bell Média Mayim Bialik

Ce qui a toutefois beaucoup été discuté au fil des saisons ? Le fait que l’actrice Mayim Bialik, qui incarne la neuroscientifique Amy à l’écran, possède elle-même un doctorat en neurosciences. De l’UCLA justement. « Pendant des années, je me suis fait dire : “Oh ! Amy me fait tellement penser à toi !” lance la Dre Olivia Bibollet-Bahena. Mais pourquoi ? Parce qu’on exerce le même métier ? ! »

« Contrairement au personnage, je suis sportive, je sors, j’ai une vie sociale », énumère la neuroscientifique de la clinique d’optométrie de l’Université de Montréal. C’est d’ailleurs en raison de ce côté qu’elle estimait « cliché » qu’elle s’est longtemps tenue à l’écart du phénomène télévisuel. « Je trouvais dommage que, pour une fois qu’il y avait une série consacrée aux scientifiques, ça présente… une caricature. »

Vernis cool

C’est finalement à l’incitation d’un collègue en génétique super fan de l’émission (« Tu dois ab-so-lu-ment l’écouter ») qu’elle s’est mise à regarder des épisodes. Aujourd’hui, elle continue de le faire de temps en temps — avec sa maman. La neuroscientifique rit des clins d’oeil à son domaine, sa mère « à des moments plus émouvants ». « Il faut le prendre avec un grain de sel, dit-elle. Comme un divertissement. »

Elle ajoute aimer que les répliques soient parfois parsemées de fun facts, de faits amusants, liés à la science. Par exemple ? Ah ! Justement ! Un sujet sur lequel elle a elle-même été interrogée par une cousine. À savoir : la fameuse eau vitaminée, est-ce que ça vaut réellement la peine d’en boire ? Réponse de Sheldon, comme rapportée par la Dre Bibollet-Bahena : « C’est du pipi très dispendieux. »

S’il y a une chose, toutefois, qui l’a dérangée dans la série, c’est cette idée « un peu école secondaire » voulant que ces messieurs en sciences soient incapables de parler aux dames. Soit la même chose qui a toujours agacé Marianne Desautels-Marissal. « Le stéréotype du gars tout pogné qui n’a pas développé son intelligence émotionnelle et qui trippe tellement sur la science qu’il est incapable d’interagir de manière respectueuse avec les filles, ça me met hors de moi. »

Ainsi, les fois où la journaliste scientifique montréalaise est tombée sur l’émission, elle affirme ne pas avoir trouvé son compte « ni de passionnée de science ni de fille qui a envie de rire ». « Je trouve ce concept rébarbatif à la base », note celle qui se retrouve davantage dans des films de science-fiction comme Annihilation, Contact « et même le premier Alien ! »

Ce qui explique l’incroyable popularité du phénomène selon elle, alors ? « Peut-être que la série a surfé sur le vernis cool dont on a recouvert la figure du nerd. Depuis les années 1980, les petits bollés à lunettes sont plus sympathiques, moins mal vus. »

Elle-même anime sur les ondes de Savoir Média la série documentaire Couple de nerds avec son copain, Matthieu Dugal. « On utilise ce nom, cette image, mais on ne veut surtout pas avoir l’air de deux trippeux qui parlent de trucs hyper compliqués et qui sont fiers de leur savoir pointu ! s’exclame-t-elle. On est juste un couple ben normal qui mange des toasts le matin. C’est juste que des fois, on parle de robots ! »

Faire rire et inspirer

Des robots, The Big Bang Theory en a vu passer certains, notamment activés par le personnage de Raj. Comme ce dernier, le Dr Andrew McCann, basé à Ottawa et travaillant pour Ressources naturelles Canada, est expert en astrophysique. Et s’il a fini par craquer et regarder les premières saisons de la série, c’est pour « être capable de naviguer dans des situations sociales ordinaires », s’amuse-t-il. Plus précisément : « Pendant des années, chaque fois que je rencontrais quelqu’un à l’extérieur du milieu universitaire et que je mentionnais être physicien, la première chose, mais vraiment la première qu’on me lançait, c’est, invariablement : “Oh ! Tu connais The Big Bang Theory ?” »

En découvrant enfin le phénomène, il dit avoir aimé « son humour léger, un peu geek, un peu nono, un peu maladroit ». « J’ai beaucoup de stress dans ma vie et c’est le genre de télé que j’aime regarder pour relaxer. »

Le portrait qu’il y a retrouvé de son univers était-il juste ? Du tout, dit-il. « Mes collègues ne sont pas plus enclins à dévorer des bandes dessinées et à collectionner des figurines de Star Trek que la moyenne des ours. »

Reste que la présentation ne l’a pas réellement offusqué. « Certaines communautés nichées font face à bien pire ! D’être associé à des fans finis de jeux de société qui vouent un culte aux superhéros, ça me va. Même si ce n’est pas du tout moi. »

Il remarque que l’émission a eu un impact extrêmement positif sur son neveu de 11 ans, qui a un trouble du spectre de l’autisme, et qui adore cette production dans laquelle il se retrouve. « Voir un personnage commeSheldon, qui est non seulement brillant, mais acclamé pour son intelligence, c’est inspirant pour lui. Ça a vraiment du cachet. »

The Big Bang Theory

CBS et CTV, jeudi, 20 h