«La maison des folles»: dans l’intimité d’une famille d’accueil

Unis
Photo: Unis

Une adolescente est assise dans le hall impersonnel d’un aéroport, seule. Elle attend quelqu’un, quelque chose, visiblement nerveuse. Dans la scène suivante, on comprend que cette jeune fille, élevée dans un milieu bourgeois d’expatriés dans un pays d’Afrique, se fait reconduire dans une famille d’accueil de la banlieue montréalaise, comme elle est arrivée sans adulte et qu’elle ne semble pas avoir de proches dans les parages.

On comprendra plus tard les raisons de l’arrivée de Sahara (Sarah Cantin, une nouvelle venue très crédible) en solo au pays qui l’a vue naître. Elles sont bien secondaires dans ce premier épisode de la comédie dramatique La maison des folles, une série Web en huit épisodes qui raconte l’intégration difficile de la jeune fille dans ce clan de fortune exclusivement féminin, composé de quatre autres jeunes filles sous la protection de l’État et de « Matante », leur gardienne d’un abord loin d’être facile, mais qui cache une tendre au grand cœur.

Le premier contact est loin d’être chaleureux entre cette adolescente sophistiquée, cultivée, végétarienne et les habitantes de cette maison issues de milieux plus pauvres, occupées à dévorer de la pizza bien carnée dans le nuage de fumée de cigarette de « Matante » (incarnée avec aplomb par Claire Jacques). Il donne le ton à ces relations tendues qui finiront par s’adoucir, au gré de petites et de grandes prises de bec, de fausses trahisons et de vraies prises de risque.

En filigrane de ce récit d’amitiés impossibles se nouant entre ces jeunes filles plus fragiles qu’il y paraît, on découvre par petites touches le drame familial personnel passablement complexe de Sahara, qui prend à plusieurs égards des allures de thriller. En parallèle s’esquissent les contours de l’existence chamboulée de chacune des membres de cette famille reconstituée : deux sœurs, la toute petite Fauve et la plus grande et plus aigrie Alizée (Juliette Gariépy), dont la grande sœur Vanessa a fugué et qui espèrent retourner un jour vivre avec leur père, la douce Erica qui voudrait rester avec Matante après qu’elle « aura pogné son 18 » et Dolorès, la troublée, la différente, objet de moqueries cruelles en dehors de l’espace protégé que constitue la maison « des folles ».

Un peu d’espoir

Mara Joly, la scénariste et réalisatrice de cette production en compétition officielle la semaine dernière à la deuxième édition du festival de télé Canneseries, explique en entrevue au Devoir qu’ayant elle-même fait « des allers-retours dans des familles d’accueil », elle « ne se retrouvait pas » dans les représentations que l’on fait des jeunes en famille d’accueil autant dans les fictions que les documentaires. « On finissait toujours par être des filles qui s’en sortiront pas, on était condamnées. » Elle dit avoir souhaité à travers cette série présenter l’univers des familles d’accueil « avec plus d’espoir ».

Les pointes d’espoir sont nombreuses dans ce récit d’apprentissage, de résilience et de solidarité naissante planté aux derniers temps du XXe siècle, une période où on fumait encore à l’intérieur, où une connexion Internet à domicile et les téléphones portables étaient considérés comme des luxes dont on pouvait se priver et où on faisait encore nos photos sur pellicule.

Quand on demande à la créatrice de la série pourquoi elle l’a située à cette époque pas si lointaine, Mara Joly répond qu’elle avait envie de raconter « des rencontres adolescentes en dehors des réseaux sociaux, comme celles qu’[elle a] connues. Une époque où tu pouvais t’ennuyer, où le plus beau cadeau d’amitié que tu pouvais faire, c’était un CD gravé. »

L’absence des technologies de communication moderne a également permis de donner d’autres tournures aux intrigues de la série. La scénariste assure toutefois que les quêtes de ses personnages auraient été les mêmes, mais ce seraient sans doute articulées autrement.

Ce décalage temporel qui ramène les « g-string » qui dépassent des pantalons à taille basse et la pop sucrée de Gabrielle Destroismaisons ajoute des touches humoristiques bienvenues dans cette histoire par moments tragique, mais heureusement fort belle.

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La maison des folles

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