Belle récolte québécoise aux prix Écrans canadiens

L'actrice Karine Vanasse a été primée pour son rôle de détective dans la série «Cardinal». 
Photo: Chris Young La Presse canadienne L'actrice Karine Vanasse a été primée pour son rôle de détective dans la série «Cardinal». 

Le Québec était assuré de monter sur la plus haute marche. Ne restait qu’à savoir lequel des cinq titres québécois serait jugé meilleur film canadien de l’année. Ce prix a été attribué à Une colonie, dont la réalisatrice, Geneviève Dulude-De Celles, avait déjà reçu plus tôt dans la journée le prix pour le meilleur premier film.

Le gala des prix Écrans canadiens a confirmé en soirée ce que le matin avait révélé : la finale toute québécoise, qui incluait Chien de garde, Genèse, Dans la brume et La grande noirceur, s’est déroulée en plein milieu de la cérémonie. Celle-ci était davantage orientée vers les productions télé, le véritable sujet de discussion dans les chaumières.

« On est sous le choc, a commenté, lors d’un bref entretien avec Le Devoir, la cinéaste débutante Geneviève Dulude-De Celles. Les films des autres réalisateurs ont circulé au Canada. Nous, on n’a pas eu ce rayonnement. C’est une énorme surprise. »

À ces heures de grande écoute, Théodore Pellerin (Chien de garde) est allé chercher le prix d’interprétation masculine dans un premier rôle. La jeune Émilie Bierre (Une colonie), « 15 ans en mai », a reçu le pendant féminin. Ajoutez, côté émissions dramatiques, Karine Vanasse, primée pour son rôle de détective dans la série Cardinal, et c’est un joli portrait du Québec que le Canada a pu observer.

Photo: Chris Young La Presse canadienne Seulement âgée de 14 ans, Émilie Bierre a reçu le prix d'interprétation féminine dans un premier rôle.

Ajoutons quand même que le prix de la réalisation a échappé à quatre films québécois (Une colonie, Chien de garde, Dans la brume, La grande noirceur). C’est Jasmin Mozaffari, réalisatrice de Firecrackers, « un projet au mini-budget », qui est repartie avec la statuette. Le prix du meilleur long métrage documentaire a été attribué au trio derrière le manifeste Anthropocene : The Human Epoch et la cinéaste Deepa Metha a reçu le prix pour l’ensemble de sa carrière.

Avec cinq prix sur une possibilité de cinq, La grande noirceur, film de Maxime Giroux, était sorti grand gagnant dimanche de la première cérémonie des Écrans canadiens 2019. Tenu vers midi dans un hôtel torontois, le gala des « arts cinématographiques » a récompensé six autres titres québécois.

La razzia du cinéma québécois était attendue aux Écrans canadiens, tellement ses productions dominaient les mises en nomination. Elle n’aura pas été complète, mais le Québec repart tout de même de Toronto avec la majorité des prix.

Attribués par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision, les prix Écrans canadiens récompensent toutes les plateformes, y compris celles en ligne. Innovation cette année : le principal gala a été scindé en deux cérémonies, une matinale retransmise sur Facebook et l’autre télédiffusée en soirée, comme dans le bon vieux temps.

Excepté pour quatre gros prix en fiction (film, réalisation et premiers rôles masculin et féminin) et un en documentaire, tous les arts cinématographiques étaient célébrés le matin. Midi à peine sonné, 23 lauréats était connus.

La grande noirceur, road-movie qui se déroule dans l’Ouest américain, avait d’abord eu 100 % de réussite : rôle de soutien féminin (Sarah Gadon), images (Sara Mishara, citée aussi pour Allure), direction artistique, costumes, montage sonore. Chaque fois nommé, chaque fois lauréat, le film de Giroux n’a cependant rien gagné de plus en soirée, malgré trois autres possibilités.

Le prix pour le scénario original, qui se disputait entre Québécois, est allé à Catherine Léger, pour Charlotte a du fun. Genèse, Dans la brume, Les salopes ou le sucre naturel de la peau et L’amour étaient les quatre autres films en lice.

Le prix du meilleur premier film John Dunning, qui clôturait la cérémonie matinale, avait aussi un fort accent québécois. Parmi les finalistes figuraient, outre la lauréate, Geneviève Dulude-De Celles, Sophie Dupuis (Chien de garde) et David Paradis (Le nid). Les films Firecrackers, récompensé au montage, et Touched complétaient la liste.

Émue et modeste, Geneviève Dulude-De Celles a tenu à souligner le caractère collectif de ce récit porté par la prise de décision personnelle. Elle a voulu partager le prix avec ses productrices : « Ensemble, en équipe, nous avons réussi à naviguer dans une industrie dominée par les hommes. Oui, les choses changent, mais du travail reste à faire. »

Ce premier gala, dont l’heure hâtive en a déboussolé plusieurs et fait naître quelques blagues, était animé par Karine Vanasse. Un brin nerveuse, elle a été une des rares à parler, un peu, en français. Celle qui tourne aussi en anglais — son jeu dans la série Cardinal lui a valu une nomination au gala nocturne — a tenu à faire des Écrans canadiens le point d’union entre deux solitudes.

La réalité du Canada pas si bilingue coast to coast s’est toujours reflété dans le cinéma et la télévision, ce qu’a rappelé Karine Vanasse. « Ce gala permet à tous les réalisateurs de se réunir et d’aller les uns vers les autres. Soyez curieux du travail des autres. Vous serez surpris, et surtout inspirés », a-t-elle clamé, dans les deux langues.

Si le Québec domine cette année — 11 des 17 titres les plus cités ; des catégories 100 % québécoises, dont meilleur film —, la forte présence féminine était notable. « Les femmes ont réalisé 10 des 32 films nommés », a souligné Karine Vanasse.

Les autres films québécois primés sont Dans la brume (maquillages et effets visuels), The Hummingbird Project (son d’ensemble), La part du diable (montage dans un long métrage documentaire) et Fauve (court métrage de fiction). 1991 est reparti avec l’Écran d’or pour ses succès au guichet.

Parmi les autres prix, soulignons la double récompense remise à Stockholm, honoré comme meilleure adaptation et pour ses coiffures. Richard Clarkin (The Drawer Boy) a été primé comme interprète masculin dans un rôle de soutien. Enfin, un des prix hommages a été décerné, à titre posthume, au producteur québécois Kevin Tierney (Bon Cop, Bad Cop), dont on a souligné les efforts pour rapprocher ces deux solitudes si éloignées sur les écrans.

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