Deux webséries québécoises nommées au festival Canneséries

Photo: Maxime Desbiens Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques dans «Teodore pas de H»

Parce qu’il est mieux financé, mieux encadré et mieux diffusé qu’à ses débuts, le monde de la websérie d’ici voit son travail fleurir. À preuve, deux productions québécoises se sont retrouvées encore cette année parmi les finalistes de Canneséries, le petit voisin numérique du Festival de Cannes.

Pour l’édition 2019 de l’événement, qui se déroule début avril, les courtes séries Web Téodore pas de H, de Julien Hurteau, et La maison des folles, de Mara Joly, se sont hissées mercredi parmi les dix finalistes internationaux dans leur catégorie. À celles-ci s’ajoute la série canadienne-anglaise Warigami, d’Eddie Kim, qui doit être diffusée par CBC.

En 2018, déjà, les séries L’arène et Dominos avaient trouvé une place parmi les nommés. Dominos, de Zoé Pelchat, était même repartie avec le trophée — un palmier en néon.

« Canneséries, c’est un rendez-vous pour plein de producteurs, pour plein d’acteurs du milieu, pour beaucoup de diffuseurs aussi, explique Sophie Samson, productrice déléguée chez St Laurent TV, qui a chapeauté La maison des folles. Ça peut être une belle occasion pour que la série voyage dans le monde. »

La maison des folles, qui sera diffusée dès le 15 avril sur le site Web du diffuseur Unis, est construite en huit épisodes d’une douzaine de minutes et raconte la naissance d’une « sororité improbable dans un demi-sous-sol beige pour adolescentes « à problèmes ». » Quant à la série Teodore pas de H, qui met en vedette Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques en trentenaire TDAH retournant au secondaire, elle est produite par le gros joueur Zone 3, mais sera offerte sur Facebook dès le 11 avril.

Écosystème

« Il y a un écosystème qui s’est installé depuis cinq ou dix ans », souligne Jean Hamel, le directeur des communications de l’INIS. Depuis 2017, l’institution de formation en audiovisuel demande d’ailleurs aux étudiants inscrits en télévision de créer une courte websérie.

Selon M. Hamel, il y a, d’un point de vue plus large, un certain effet Netflix, « qui a remis en valeur la série, par l’offre qu’il proposait. Dans leur cas, ce sont des épisodes qui ont des durées plus traditionnelles, mais quand même, on peut constater que l’intérêt pour les séries est devenu aussi important que l’intérêt pour le cinéma à proprement dit ».

Au Québec et au Canada, la série Web a aussi beaucoup grandi grâce au financement de trois fonds : le Fonds indépendant de production (FIP), créé en 2010, le tout nouveau Fonds Bell et le Fonds TV5, qui porte aujourd’hui le nom équivoque de Créateurs en série.

Le FIP injecte entre 1,2 et 1,8 million annuellement dans l’ensemble du Canada pour des séries Web, et finance chaque projet choisi à la hauteur de 125 000 $ en moyenne, précise Claire Dion, la directrice adjointe du FIP et du Fonds Bell.

Les diffuseurs y mettent aussi du leur, notamment Tou.tv, un acteur important des webséries, ou Vrak, Unis et TV5.

« Mais il n’y a pas que l’argent, insiste Mme Dion. C’est un accompagnement. Et c’est très important pour les jeunes créateurs ou les maisons de production sans beaucoup d’expérience. On les a soutenus, tant du point de vue administratif que pour la production et le contenu. On a exigé des mentors aux jeunes, par exemple. Il y a toute une synergie qui s’est créée autour des webséries. »

Il reste que le système de financement traditionnel ouvre fort peu la porte au Web, précise Claire Dion. « Il faut travailler tranquillement à modifier le système », dit-elle en soulignant que les webséries ont maintenant droit à des crédits d’impôt comme les productions traditionnelles.

Petits miracles

Pour Sophie Samson, les créateurs québécois sont pratiquement formés pour accomplir de petits miracles. « Mets-nous encore une autre contrainte, on va voir ça comme un autre terrain de jeu. […] On a soif de ça, on veut se démarquer, on est de grands joueurs autant que les Américains », lance-t-elle.

Julien Hurteau, aussi acteur, n’en est pas à son premier effort sur le Web. Déjà en 2011, il avait livré la websérie Deep. « Aujourd’hui, la qualité [de ce qui se fait| n’a plus rien à voir. C’est rendu confondant entre la télé et le Web. »

Hurteau estime que les festivals francophones européens ont un penchant pour le travail des Québécois. Question de langue ? « C’est le contenu, je dirais. On a une manière de faire. C’est très personnel, ça vient du coeur, souvent », donnant l’exemple de son Teodore, qui touche malgré le comique de la production.

Si Jean Hamel, de l’INIS, n’hésite pas à parler d’âge d’or, Sophie Samson voit dans l’approche de travail du Web l’avenir de la télé. « Tourner, c’est plus simple qu’avant, les équipements techniques sont plus légers, on peut maximiser les sources de lumière, explique-t-elle. Je pense que la façon de produire et d’exporter, c’est comme ça qu’on va faire de la télé dans pas long. »

Julien Hurteau et son équipe se rendront sur la Croisette, Canneséries offrant une « belle notoriété à la série », qui pourrait permettre de la vendre à l’international. « Mais bon, pour moi, les nominations, c’est le fun, mais c’est toujours dans l’idée que le plus de gens puissent voir la série. »