Quand les amitiés transcendent l’écran

Une scène tirée de la série «Appelle-moi si tu meurs»
Photo: Club illico Une scène tirée de la série «Appelle-moi si tu meurs»

Il y a des projets télévisuels qui passent à deux doigts de ne jamais voir le jour et qui prennent mille et un détours avant de nous être finalement présentés. C’est le cas d’Appelle-moi si tu meurs, la plus récente série exclusive du Club Illico, qui sera offerte tout d’un bloc à compter de jeudi et qui signe — enfin ! — le retour à l’écriture dramatique du tandem formé de Pierre-Yves Bernard et Claude Legault (Dans une galaxie près de chez vous, Minuit le soir).

« Ça fait au moins cinq ans qu’on planche sur cette série, lance en riant le comédien et scénariste en échangeant un regard entendu avec son complice. Au début, on s’en allait complètement ailleurs, on était en production pour un autre projet chez Club Illico aussi, on avait même commencé le tournage… Et là, au troisième épisode, on a bloqué : on s’est rendu compte qu’on n’avait pas le bagage nécessaire pour faire ce qu’on voulait faire. On a dû reculer. »

L’amitié est une thématique récurrente dans notre travail. Ça et la bêtise humaine… La série recoupe tout ça.

 

C’est de ce projet avorté qu’est finalement née la comédie dramatique Appelle-moi si tu meurs. « On avait quand même du bon matériel, dont nos deux personnages principaux, lance avec un sourire Pierre-Yves Bernard. Ça aurait été dommage de tout laisser tomber. » Campés dans un Montréal sombre — qui n’est pas sans rappeler le décor en demi-teinte de Minuit le soir —, les huit épisodes, réalisés avec doigté par Claude Desrosiers (Feux, Les rescapés, Aveux) posent un regard franc et juste assez grinçant sur les amitiés incongrues qui, encore une fois ici, jouent un rôle prépondérant dans l’intrigue de l’éternelle paire d’auteurs qui, il est bon de le rappeler, se connaissent eux-mêmes depuis une trentaine d’années. « L’amitié est une thématique récurrente dans notre travail, concède Claude Legault. Ça et la bêtise humaine… La série recoupe tout ça. »

On y suit donc JF (Claude Legault, toujours à la hauteur), un policier dur à cuire, aux méthodes cavalières, mais hautement efficaces, et Mario, un caïd de la mafia italienne montréalaise (Denis Bernard, très juste), un duo improbable qui, aux dires des auteurs, n’est pas sans rappeler leur propre chimie. Amis depuis l’enfance, nos deux protagonistes réussissent tant bien que mal à vivre leur vie respective, jusqu’au jour où le premier est muté à la tête de l’équipe policière chargée de démanteler l’organisation du second. Une prémisse explosive qui donne le ton et qui sait, malgré son côté invraisemblable, tenir le spectateur en haleine, la formule adoptée par la production appelant indéniablement à l’écoute en rafale.

Fusion des genres

Résolument dramatique, la série n’en est pas moins franchement comique, sorte d’hybride assumé « entre le tragique et le burlesque ordinaire ». À mi-chemin entre les deux projets phares des deux complices — l’hilarant Dans une galaxie près de chez vous et le sombre Minuit le soir —, cette nouvelle production allie ainsi avec beaucoup de finesse les deux genres, l’humour servant ici à désamorcer les tensions et à atténuer les contours aigus d’une violence utilisée elle aussi sans retenue. « On avait déjà fait une comédie pure avec Dans une galaxie et un vrai drame avec Minuit le soir, rappelle Pierre-Yves Bernard, sous les hochements de tête de son acolyte. On avait vraiment envie, cette fois-ci, de se rapprocher un peu plus de la vraie vie, d’explorer plus qu’une couleur. »

Et couleurs, il y a : du rire franc au plus jaune, en passant par l’étonnement et la sincère tristesse. « On ne voulait pas avoir à se censurer parce qu’on était dans un genre en particulier », ajoute l’auteur. « En alliant les genres, on pense aussi que les gens pourront plus facilement se reconnaître dans ce qui se passe, renchérit Claude Legault. Peut-être pas dans les démêlés policiers, mais dans la complicité des deux personnages, ça oui ! »

Fidèle distribution

Chose certaine, on peut dire que lorsqu’il est question de création, le duo d’auteurs est fidèle. Ainsi, si les amitiés sont au coeur même de l’intrigue, elles transcendent aussi l’écran, trouvant écho jusque dans la distribution. C’est donc avec beaucoup de plaisir que l’on retrouve, comme spectateur, d’autres belles figures de la constellation artistique de Pierre-Yves Bernard et Claude Legault, que ce soit sous les traits de Didier Lucien (Dans une galaxie près de chez vous), de Louis Champagne (Minuit le soir) ou de Magalie Lépine-Blondeau (19-2), par exemple.

« Tous les rôles ont été auditionnés, assure toutefois Claude Legault en rappelant que plusieurs nouveaux visages — les excellents Elkahna Talbi et Charles-Alexandre Dubé, entre autres — sont également au générique. On ne les aurait pas pris s’ils n’avaient pas été bons ! » Le comédien admet cependant avoir retrouvé avec beaucoup de plaisir ses amis sur le plateau de tournage. « Je ne vous mentirai pas, ça me fait quelque chose de croiser Louis Champagne au maquillage le matin, laisse-t-il tomber, les yeux brillants. Il y en a certains avec qui je me disais que je n’aurais plus jamais la chance de jouer ! »
 



Une version précédente de ce texte, qui identifait la comédienne Elkahna Talbi comme Kalila Jamel, a été modifiée.

 

Appelle-moi si tu meurs

Sur Club Illico, à compter du 28 février