«Passe-Partout», «vintage» modernisé

La nouvelle Passe-Partout (Élodie Grenier) se tire fort bien de l’ingrate tâche qu’est celle de remplacer l'idole d’une génération.
Photo: Karine Dufour Télé-Québec La nouvelle Passe-Partout (Élodie Grenier) se tire fort bien de l’ingrate tâche qu’est celle de remplacer l'idole d’une génération.

C’était un lundi soir un peu spécial pour le vieux poussinot Philippe, 37 ans, et Rose, 3 ans — poussinette déjà aguerrie —, alors que la télévision s’est ouverte dès 18 h, soit avant le bain plutôt qu’après, contrairement à l’habitude. C’est que Télé-Québec diffusait le tout premier épisode de sa nouvelle adaptation de Passe-Partout, une quarantaine d’années après les émissions originales. Alors que la petite mademoiselle est restée absorbée et intriguée tout du long, monsieur y a trouvé une production sobre et respectueuse, calme et modernisée, quoiqu’assez vintage dans l’âme.

De révolution, il n’y a pas vraiment ici ; là n’était pas le but. Bien qu’adaptés, les scénarios sont calqués sur ceux des épisodes originaux, alors que Passe-Partout (Élodie Grenier), Passe-Carreau (Gabrielle Fontaine) et Passe-Montagne (Jean-François Pronovost) semblent avoir les mêmes personnalités que leurs prédécesseurs. C’est dans les détails, qui finissent par avoir du poids, que la donne a changé.

Balayage d’écran

Photo: Karine Dufour Télé-Québec Gabrielle Fontaine s'acquitte du rôle de Passe-Carreau, tandis que Jean-François Pronovost joue Passe-Montagne.

Dire que le tout est moderne serait mentir. Mais en un seul épisode, on sent que Passe-Partout s’est au moins modernisé. Par exemple, de nouvelles marionnettes de Cannelle et Pruneau — reconnues en une seconde par notre experte de 3 ans — présentent des photos d’eux sur une tablette, balayage d’écran compris. Les enfants modernes swipent, c’est bien connu. Biscuit, le jouet que Cannelle croit encore avoir égaré, est en peluche et non pas en fourrure. Passe-Montagne, lui, fait semblant de conduire à travers les cônes orange une petite voiture électrique qui ne fait pas « vroum vroum » mais « bzz bzz ». La fameuse clé du logo, elle, semble coiffée d’un émoji de bonhomme content. Et Perlin a rasé sa moustache (mais on se demande si ça, c’est vraiment moderne).

En même temps, Passe-Partout garde par moments une patine vieillotte, comme dans les scènes de la vie réelle des enfants. Ou ce vieux frigo beige qui se trouve dans la cuisine où Passe-Montagne confectionne un gâteau — « il n’y a plus de cocos ! » de lancer Rose, catastrophée. Même les tables de chevet de Cannelle et de Pruneau sont d’un design rétro, en bois. Mais le vintage, c’est vachement moderne.

« Je veux recommencer »

Le calme est aussi une étonnante vertu de cette nouvelle mouture. C’est frappant dès l’introduction, où les pièces du casse-tête se placent lentement, sur un thème musical qui, même s’il nous laisse un peu perplexe, a le mérite d’être posé. Les images sont aussi tournées de manière très lumineuse, avec une teinte bleu gris. Quant aux grandes fenêtres de la maison des trois personnages — un genre de loft épuré aux murs blancs dont raffoleraient les designers de Canal Vie—, elles offrent une vue sur des montagnes recouvertes d’arbres verts. Tout ça est très zen, et c’est à des milles de la majorité des émissions pour enfants. Vous avez dit Pat Patrouille ?

Les trois comédiens se tirent fort bien de l’ingrate tâche qu’est celle de remplacer les idoles d’une génération. Leur jeu physique reste stimulant pour la marmaille, et ils ont l’air de partager une véritable complicité.

Beaucoup de mots pour arriver au verdict implacable de la progéniture. Aux premières secondes du générique de fin, Rose lance : « Je veux encore, je veux recommencer ! » Ce qui fut fait, mais après le bain. Que justement Passe-Partout l’incitait à prendre.