M pour monstre

La jeune comédienne Rose-Marie Perreault est très solide dans le rôle complexe de Sophie, où elle subit à la fois de la violence physique et psychologique.
Photo: Tou.tv La jeune comédienne Rose-Marie Perreault est très solide dans le rôle complexe de Sophie, où elle subit à la fois de la violence physique et psychologique.

Après avoir connu un succès en librairie grâce à son histoire toute personnelle de violence conjugale, Ingrid Falaise voit son récit Le monstre transposé au petit écran. Le résultat, qui sera diffusé sur ICI Tou.tv Extra dès jeudi, se révèle efficace, troublant, choquant mais aussi utile.

Les médias ont pu visionner mardi les deux premières heures de cette série en six épisodes, scénarisée par Chantal Cadieux (Providence, Mémoires vives) et réalisée par Patrice Sauvé (La vie, la vie, Grande Ourse, Victor Lessard). Et sans mauvais jeu de mots, la claque de ce Monstre est cinglante.

Il n’y a pas une minute écoulée au premier épisode que le spectateur est plongé dans le vif du sujet, avec une scène intense qui s’avère être celle de la fin, celle qui fait déborder le vase de Sophie (Rose-Marie Perreault) — l’alter ego de Falaise —, une jeune femme blonde, jolie, issue d’une famille aisée et sans souci. Le bourreau, appelé seulement « M » comme dans le livre de Falaise, a déjà une forte emprise sur sa proie.

Dans nos oreilles, la voix de la narratrice — ici Ingrid Falaise — nous dit : « M comme manipulateur, M comme malade, M comme monstre ». Au fil des scènes, l’histoire oscille habilement entre le passé et le présent, et permet d’installer un climat de tension et d’appréhension, en plus de faire comprendre comment on peut se faire prendre dans le piège d’un pervers narcissique. Comme spectateur, l’expérience est assez anxiogène, mais palpitante et divertissante en même temps, ce qui crée un étrange sentiment de culpabilité quand on réalise que le récit est celui d’une personne bien réelle.

Ingrid Falaise est bien consciente de se montrer en toute vulnérabilité avec cette série, qui révèle des moments difficiles de sa vie de jeune femme. « Écrire c’est une chose, je suis toute seule avec mon ordinateur. […] Les images, c’est autre chose, a-t-elle admis. La seule raison pour laquelle j’ai dit oui [au projet] c’est qu’avec le média télévisuel, je peux rentrer dans le salon des gens et aller toucher une petite Ingrid, une petite Sophie et peut-être aller sauver une vie. Et quand je me rappelle ça, la honte s’en va, je tremble un petit peu moins, et j’ai du courage qui me rentre dans le ventre. »

Bien filmée et montée avec rythme, la série se déroule non seulement en deux temps, mais en deux lieux. Si une bonne partie du récit se déroule au Québec, plusieurs scènes ont été tournées dans le nord de l’Afrique, d’où vient le « M » dans le livre de Falaise.

La jeune comédienne Rose-Marie Perreault est très solide dans le rôle complexe de Sophie, où elle subit à la fois de la violence physique et psychologique. Le monstre, lui, est joué par Mehdi Meskar, capable de passer d’ange à démon. Il n’en est pas à son premier tournage, mais a surtout travaillé en Europe. La production du Monstre a confié avoir auditionné pas moins de 82 comédiens pour ce rôle délicat.

Délicat parce qu’amoureux et aussi violent. « L’avantage qu’on a eu, c’est qu’on a tourné l’histoire dans l’ordre chronologique, explique le réalisateur Patrice Sauvé. Donc les comédiens pouvaient plus facilement savoir où ils étaient rendus dans l’émotion. »

Il y a avec Le monstre l’intérêt d’une télévision « utile », selon le mot d’André Béraud, directeur des émissions dramatiques à Radio-Canada. Sa collègue de Tou.tv Christiane Asselin parle d’une série forte, « qui aura un impact social ». À cet égard, par le type de sujet et le traitement, Le monstre a une parenté certaine avec Fugueuse, qui a beaucoup fait jaser l’année dernière. Dans les deux cas, fait vécu ou pas, ces créations abordent des réalités qu’on aimerait bien voir devenir pures fictions.

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