Les flâneurs


Odile Tremblay

De la fragilité
Il y a quelque chose de fragile et de beau dans le film de Jennifer Alleyn Impetus, qui vient de prendre l’affiche en salle. Docufiction sur le vide qui étreint après une rupture amoureuse, mais aussi sur le procédé cinématographique lui-même quand le projet est tourné avec les moyens du bord mais porté par une foi artistique, sa poésie sensible s’impose lentement. Entre Montréal et New York, entre les figures en miroir d’Emmanuel Schwartz et de Pascale Bussières, une grâce s’y glisse dans un taxi, devant un lézard méditatif, sur un blues lancinant de Jorn Reissner.


Louise-Maude Rioux Soucy

Manifeste de la jeune Palestinienne
La détermination qui anime la Palestinienne Walaa Khaled Fawzy Tanji, à laquelle la cinéaste Christy Garland a attaché sa caméra de ses 15 ans à ses 21 ans, est proprement remarquable. Élevée dans le camp de réfugiés de Balata, Walaa n’a qu’une idée en tête : tenir une arme, et, accessoirement, devenir policière dans les Forces de sécurité palestiniennes. Effrontée, impétueuse et coriace, la jeune rebelle au centre du Rêve de Walaa en est indiscutablement le soleil irradiant. Son histoire d’apprentissage, racontée sans fard, dans une approche intimiste, dégage une énergie folle à capturer pour quelques jours seulement au Cinéma du Parc.


Catherine Lalonde

Abondance d’imagination
Pour son premier passage au Canada, le chorégraphe grec Dimitris Papaioannou frappe très fort avec The Great Tamer, pièce pour dix danseurs, moult accessoires et surprises, et qui arrive parfaitement rodée. Cette succession de tableaux vivants jouant sur l’iconographie visuelle autant pop que de l’histoire de l’art se déroule en une débauche d’images scéniques hyperimaginatives. Mais c’est, en creux, de l’art d’être, de composer et de respirer ensemble, de s’écouter, d’attraper un timing, de magnifier nos ridicules talents particuliers destinés de toute façon à mourir, comme nous, que parle la pièce. Sans affects imposés, simplement par délicatesse de présence et d’exécution. Un bijou. Et dans le paysage social, nécessaire.


Valérie Duhaime

Tabasco tueuse
C’est encore trop rare, une fiction dont le Web est l’habitat naturel. Difficile de faire mieux, et plus fou, que Le Killing, websérie diffusée depuis janvier sur la plateforme Noovo. Les animateurs du camp de jour Saint-Cardinal passent tout l’été à essayer de s’éliminer les uns les autres, à l’aide d’un couteau en plastique ou de sauce piquante, afin de remporter le titre de « Master Killer ». Six épisodes plus tard, on ignore encore qui est le public cible de cette série fantaisiste, mais on se sent très, très concernés.