«Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler»: les indignés du nazisme

La démarche de Prieur permet de voir comment des idées, jusqu’alors impensables, ont pu se répandre et devenir acceptables aux yeux de — presque — tous.
Photo: RDI La démarche de Prieur permet de voir comment des idées, jusqu’alors impensables, ont pu se répandre et devenir acceptables aux yeux de — presque — tous.

C’est à une bouleversante mise en voix des exilés du nazisme que Jérôme Prieur se prête dans Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler. Ce documentaire en deux parties pige avec sensibilité dans les quelque 20 000 pages de témoignages recueillis en 1939 auprès de 281 exilés du IIIe Reich priés de raconter leur quotidien avant et après le 30 janvier 1933, moment où Hitler devint chancelier.

Le plus frappant ici, ce sont ces voix impérieuses qui se dressent face à un bloc allemand apparaissant de plus en plus monolithique. L’effet est d’autant plus saisissant qu’il fonctionne par une affolante accumulation : professeur, ouvrier, étudiante, artiste ou prêtre, qu’ils soient juifs, catholiques ou protestants, se dévoilent sans pudeur, désireux de mettre les mots exacts sur ce qui les a poussés à partir.

Ceux-ci sont magnifiquement servis par la narration posée de la chanteuse et actrice Ute Lemper, dont la voix, subtilement innervée de leurs mille émotions contrastées, marque durablement les esprits. Cette dernière relaie l’indignation sans faillir, même quand la plume vacille, comme lorsqu’il s’agit de dire la profonde détresse d’une écolière de 14 ans qui dut, un jour de classe comme les autres, sauter à mort sur une camarade juive que « tout le monde aimait » pour prouver qu’elle était une bonne Allemande.

Privée d’artifices, la démarche de Prieur est d’autant plus intéressante qu’elle permet de voir comment des idées, jusqu’alors impensables, ont pu se répandre et devenir acceptables aux yeux de — presque — tous. Une grande leçon sobrement prodiguée.

Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler

RDI, samedi, 23 h, la suite le samedi 2 février, 23 h