«Entends ma voix»: le mélange des voix après «SLĀV»

Même s’il joue avec de la dynamite, le documentaire d’Arnaud Bouquet, Véronique Lauzon et Maryse Legagneur garde son sang-froid.
Photo: Artv Même s’il joue avec de la dynamite, le documentaire d’Arnaud Bouquet, Véronique Lauzon et Maryse Legagneur garde son sang-froid.

Six mois houleux se sont écoulés depuis l’annulation de SLĀV, le spectacle élaboré autour de chants d’esclaves afro-américains par Betty Bonifassi et Robert Lepage. Alors que l’équipe se prépare à remonter sur scène avec une mouture remaniée en réponse aux accusations d’appropriation culturelle, le documentaire Entends ma voix fait longuement le point avec les acteurs de cette controverse qui a profondément marqué le Québec en 2018.

De facture classique, soignée, mais sans originalité, le documentaire d’une heure se garde plutôt bien de choisir son camp, donnant à chacun l’occasion d’exprimer ses regrets et ses espoirs, ses dissidences comme ses appuis. En naît un chant choral qui se déploie assez posément, par une succession de petits duos opposant le tenant d’un camp à un partisan de l’autre. Outre les créateurs, on y entend autant les Webster, Lucas Charlie Rose ou Marilou Craft que les Lorraine Pintal, Kattia Thony ou Jacques-André Dupont échanger avec une élégance et parfois même une profondeur qui ont souvent fait défaut.

Même s’il joue avec de la dynamite, le documentaire d’Arnaud Bouquet, Véronique Lauzon et Maryse Legagneur garde son sang-froid, contribuant ainsi à élever la réflexion, à défaut de la faire véritablement avancer. Se posant en strict observateur, Entends ma voix laisse en effet voir de profondes fractures qu’il refuse pourtant net de nommer, encore moins d’approfondir. De toute évidence, nous n’en sommes toujours pas à jeter des ponts. Mais au moins, la parole circule, sous plusieurs formes, et sans contrainte.

Entends ma voix

Artv, lundi, 20 h 30 ; en rappel mardi, 22 h