Carré d’as d’humoristes fleurdelisés sur la plateforme Netflix

La plateforme en ligne a eu la bonne idée de mettre en lumière des artistes en début de parcours scénique, et qui sont peut-être davantage de la génération Netflix, comme l’humoriste Katherine Levac.
Photo: Capture d’écran La plateforme en ligne a eu la bonne idée de mettre en lumière des artistes en début de parcours scénique, et qui sont peut-être davantage de la génération Netflix, comme l’humoriste Katherine Levac.

Il ne manque pas d’humoristes sur nos écrans, c’est entendu. Mais il reste assez rare que l’on ait la chance de voir davantage de leur part qu’un court segment dans un gala ou qu’une série de blagues punchées dans les talk-shows de fin de soirée. En ce sens, la nouvelle offre du diffuseur en ligne Netflix, qui propose depuis le 1er janvier une série de longs monologues exclusifs livrés par des humoristes de partout dans le monde, est très satisfaisante. D’autant qu’on peut compter dans le lot quatre francophones d'ici — Louis-José Houde, François Bellefeuille, Adib Alkhalidey et la Franco-Ontarienne Katherine Levac — qui forment un carré d’as représentatif de l’humour fleurdelisé.

La formule de HUMORISTES du monde est on ne peut plus classique, mais le résultat est très efficace. Dans le décor simple du Club Soda, aux couleurs bleutées, les manieurs de la blague s’installent pendant quelque trente minutes sur une petite scène qui s’avance dans la foule. Déjà là, l’approche permet aux caméras de s’immiscer tout autour des humoristes et de dynamiser le rendu visuel. On n’est pas au niveau du spectacle de Louis-José Houde à la Tohu sur une scène circulaire, mais quand même.

Comme unique accessoire, les humoristes n’ont qu’un incontournable tabouret et un pied de micro. Le reste leur appartient. Louis-José Houde, justement, est le Québécois qui s’y montre le plus dynamique, arpentant son terrain de jeu de long en large, mimant abondamment. C’est son style, et il ne se trahit pas pour la joute Netflix. Houde offre une excroissance sur le thème qu’il exploite en ce moment sur scène, soit la quarantaine. Ici, il aborde la notion de héros, du fait de vieillir et de ce que cela change de nous et de nos façons d’être. La mitraille est bien livrée, même si parfois les liaisons entre les différents segments sont ténues et qu’il use de plus de simagrées que d’habitude — et que nécessaire.

Rire beaucoup

Comme Louis-José Houde, François Bellefeuille est lui aussi un humoriste établi et salué par la critique et par ses pairs. Sa demi-heure Netflix se révèle d’ailleurs la plus forte du lot québécois. Le père de deux jeunes enfants inquiète au début du monologue avec le thème un peu élimé de la parentalité, mais Bellefeuille le trempe si bien dans sa sauce caustique qu’il marque presque à tout coup. Il amène habilement des thèmes simples comme l’impossibilité d’aller seul aux toilettes avec de jeunes enfants, alors que son personnage du pire père au monde lui permet de naviguer sur plein de chemins de traverse. Puis, sans trop qu’on s’en rende compte, le barbu humoriste se met à parler d’environnement, de son passé de vétérinaire, de santé, et on le suit sans broncher, mais en riant beaucoup.

La plateforme en ligne a aussi eu la bonne idée de mettre en lumière des artistes en début de parcours scénique — et qui sont peut-être davantage de la génération Netflix. Katherine Levac et Adib Alkhalidey ont beau avoir été découverts tous les deux par plusieurs à travers l’émission Like-moi ! à Télé-Québec, leur approche est bien différente, quoique leurs monologues respectifs se recoupent autour de l’idée de l’identité et de la différence. Celle franco-ontarienne de Levac d’une part, celle marocaine d’Alkhalidey de l’autre. Au fil d’anecdotes, la première raconte — en gros — comment on peut devenir créatif, alors que le second jongle avec beaucoup d’adresse et d’esprit avec la notion de masque social.

La série HUMORISTES du monde, réalise-t-on après coup, permet par la nature de sa diffusion hors des grands réseaux de télé un ton, une approche, un vocabulaire et des références moins beiges, plus nichées — c’est flagrant chez Katherine Levac. C’est quelque part de l’air frais qui fait du bien. Prochaine étape, aller découvrir l’humour des 43 autres humoristes venus de 12 pays ou régions. C’est pas une blague.