Les plateformes de vidéo sur demande se multiplient

Disney et WarnerMedia lancent chacun leur propre service de vidéo sur demande en 2019 pour s’attaquer à la domination de Netflix.
Photo: Richard Drew Associated Press Disney et WarnerMedia lancent chacun leur propre service de vidéo sur demande en 2019 pour s’attaquer à la domination de Netflix.

Les plateformes de vidéo sur demande ne seront peut-être jamais aussi simples, ni aussi abordables qu’aujourd’hui.

Disney et WarnerMedia lancent chacun leur propre service de vidéo sur demande en 2019 pour s’attaquer à la domination de Netflix. Les téléspectateurs de Netflix ne seront donc plus en mesure de regarder des films à succès tels que Black Panther ou Moana, qui seront bientôt disponibles sur le service d’abonnement de Disney.

WarnerMedia, une filiale d’AT T, disposera aussi prochainement de son propre service pour présenter sa bibliothèque de films à succès et les séries du réseau HBO.

Les familles devront choisir entre payer davantage chaque mois ou ne plus avoir accès à certains de leurs drames, comédies, comédies musicales et films préférés.

Paul Verna, d’eMarketer, une entreprise américaine de recherche numérique, prédit plusieurs changements dans le marché. Les téléspectateurs et cinéphiles, qui ont déjà devant eux plusieurs plateformes, auront encore davantage de choix à faire à l’avenir, a-t-il indiqué.

Les entreprises de médias cherchent à tirer profit de la popularité et de la rentabilité des services de vidéo sur demande. Mais en fragmentant le marché, ils réduisent également la sélection autrefois très large qui a alimenté l’essor de la vidéo sur Internet. Selon la firme Deloitte, environ 55 % des ménages américains s’abonnent maintenant à des services de vidéo payants, contre tout juste 10 % en 2009.

Si Netflix, Hulu et Amazon Prime multiplient les efforts pour encourager les téléspectateurs à annuler leurs forfaits de télévision traditionnels par câble, les nouveaux services cherchent à démanteler ces géants.

Disney Plus devrait être lancé vers la fin de l’année prochaine avec une nouvelle programmation de Marvel et Star Wars, ainsi que sa bibliothèque de films et de spectacles. Le prix de l’abonnement n’a pas encore été annoncé, mais le directeur général de Disney, Bob Iger, a déclaré lors d’un entretien téléphonique avec les analystes qu’il serait probablement inférieur à Netflix, puisque la bibliothèque sera moins garnie. Les abonnés de Netflix paient entre 8 et 14 $ par mois.

AT T prévoit une offre à trois niveaux de WarnerMedia, avec une gamme de nouveaux contenus et la bibliothèque existante de l’application du réseau HBO. Il n’y a aucune information jusqu’à maintenant sur le prix.

D’autres réseaux, tels que Fox, ESPN, CBS et Showtime, entrent aussi dans la danse. Le groupe de recherche sur les médias TDG prévoit que chaque grand réseau de télévision lancera un service de diffusion en continu au cours des cinq prochaines années.

Netflix et autres ont beaucoup investi dans des films et des émissions de télévision originaux pour fidéliser leurs clients. Netflix, par exemple, a annoncé mercredi que 45 millions de comptes d’abonnés dans le monde avaient regardé le thriller Bird Box pendant les sept premiers jours de diffusion. Pour une première semaine, c’est le plus grand succès parmi tous les films produits par la société — près du tiers des quelque 137 millions d’abonnés ont regardé le film du 21 au 27 décembre, une période où les gens sont généralement en congé.

Mais Netflix, Hulu et les autres devront peut-être bientôt se passer de séries et de films dont les droits appartiennent à de futurs concurrents. En décembre, Netflix avait déboursé 100 millions $US pour continuer de diffuser la populaire série « Friends », de WarnerMedia.

Des revenus et des données

Pourquoi les entreprises de médias cherchent-elles à se lancer dans ce marché ? C’est une question d’argent… et de données. Évidemment, les entreprises engrangeront plus de revenus avec les abonnements, mais elles pourront aussi accéder à des informations précieuses sur leurs abonnés.

Pour les services avec des options publicitaires, ces données se traduisent par plus de dollars de la part des annonceurs. Pour les services reposant uniquement sur les revenus des abonnements, ces entreprises pourront utiliser les données pour mieux adapter leurs offres aux goûts de chacun, afin d’attirer plus de clients.

« Je pense que toutes les sociétés de médias commencent à comprendre qu’il est préférable de nouer des relations directes avec leur public », a déclaré le directeur général d’AT T, Randall Stephenson, lors d’une conférence d’analystes tenue ce mois-ci.

Le modèle commercial que certains réseaux et sociétés de contenu utilisent actuellement, en distribuant leurs émissions télévisées et leurs films uniquement en les concédant une licence aux plateformes de service vidéo, est « perturbé de manière agressive » par le nombre croissant d’entreprises qui lancent leurs propres services, a déclaré M. Stephenson, dont la société a acquis WarnerMedia en juin.

Jim Nail, analyste de la firme Forrester, compare ce moment à « l’explosion cambrienne », une époque historique lors de laquelle les espèces végétales et animales se sont multipliées rapidement après le retrait des glaciers de la période glaciaire.

« Les grandes marques telles que Disney doivent évaluer : allons-nous accéder à ce marché seulement qu’en cédant nos contenus à Netflix, Hulu et autres ? Pouvons-nous aller directement au consommateur avec notre propre service ? », a-t-il souligné.