Palmarès 2018: l’année en 12 regards sur nos écrans

Scène tirée de «Sharp Objects»
Photo: HBO Scène tirée de «Sharp Objects»

Une sélection toute personnelle dominée par Jean-Marc Vallée, avec des docus-chocs et des séries de haut vol.

 

Meilleure série : «Sharp Objects»

Un an après l’éblouissante Big Little Lies, le cinéaste Jean-Marc Vallée émerveille le spectateur en plongeant dans l’univers sombre et tordu de la romancière Gillian Flynn (Gone Girl). Montée au scalpel par Vallée lui-même, dotée d’une lumière naturelle dégageant une envoûtante moiteur, due à Yves Bélanger et à Ronald Plante, Sharp Objects (HBO/Super Écran) brille comme un diamant noir. Au coeur de ce cauchemar halluciné, Amy Adams dévoile des facettes insoupçonnées de son registre. — Manon Dumais


 

 

La série québécoise de l’année : «Faits divers 2»

C’est un peu tricher, on l’admettra sans chipoter. D’ordinaire, on plébiscite les premières saisons dans cette catégorie. Voyons Faits divers 2 (ICI Radio-Canada Télé) comme un coureur de fond dont la constance dans le décalage aura forcé notre admiration. Abrasif et pourtant si cabotin, le scénario capillotracté de Joanne Arseneau est remarquablement servi par la caméra débridée de Stéphane Lapointe. Entre hassidiques, mafiosi, naturistes et bandits à cravate, les comédiens s’amusent ferme. Et nous au moins autant, sinon plus. — Louise-Maude Rioux Soucy


 

 

Meilleure série documentaire : «Wild Wild Country»

Mettant judicieusement en parallèle entrevues et extraits d’archives, les frères Chapman et Maclain Way décortiquent avec brio les mécanismes d’endoctrinement, l’avidité du pouvoir et la cupidité des soi-disant gourous spirituels dans Wild Wild Country (Netflix). S’il fallait établir une liste des personnages de l’année, l’ambitieuse et intrigante Ma Anand Sheela, bras droit du gourou Bhagwan Shree Rajneesh, trônerait au sommet. Une captivante incursion dans une secte qui donne froid dans le dos. — Manon Dumais


 

 

La série documentaire d’ici : «Fentanyl, la menace»

Ce n’est peut-être pas la plus réussie d’un point de vue formel, mais cette docuréalité, diffusée à Moi et cie, qui offre un portrait partiel mais alarmant des ravages que cause cet opioïde potentiellement mortel, est sans doute la plus dérangeante et la plus nécessaire des productions du genre cette année. Animée avec sensibilité et sans jugement par le rappeur Samian, la série a le grand mérite de donner la parole à ceux que l’on voit très peu dans les médias et qui sont pourtant les premières victimes de cette crise : les toxicomanes. — Amélie Gaudreau


 

 

Meilleure websérie québécoise : «Écrivain public 2»

C’est avec un réel bonheur qu’on a renoué avec Féminin/FémininL’âge adulte et Terreur 404, toutes trois sur Tou.tv, mais c’est la deuxième saison d’Écrivain public (TV5.ca), d’après le livre de Michel Duchesne, qui nous a offert la plus belle surprise. Mettant en vedette l’excellent Emmanuel Schwartz, cette série, où la beauté et la poésie l’emportent parfois sur le désespoir et le sordide, a gagné en profondeur et en émotion en atterrissant entre les mains du réalisateur Éric Piccoli. — Manon Dumais


 

 

Un ovni comme on en veut plus : «L’heure est grave»

Débarquée les lundis et mardis à Télé-Québec à l’heure des nouvelles de fin de soirée, cette nouvelle émission hybride animée par Virginie Fortin et Guillaume Girard, qui mélange habilement les variétés, des numéros et sketchs à l’humour acide ou potache et des réflexions « sérieuses » sur des sujets d’actualité (la surconsommation, l’éducation, la pauvreté, le premier anniversaire de #MoiAussi), a trouvé son erre d’aller pendant l’automne, en plus d’offrir une vitrine à des artistes encore un peu « émergents »… De retour cet hiver. — Amélie Gaudreau


 

 

Un bel automne « scolaire » : «Classe à part» et «180 jours»

Deux séries documentaires québécoises ont ouvert aux téléspectateurs les portes d’écoles afin de leur montrer la réalité pas toujours évidente, mais rarement ennuyante des enseignants et d’élèves plus ou moins motivés. Classe à part (TV5) a permis de comprendre la longue marche vers l’intégration des enfants fraîchement débarqués au Québec, tandis que 180 jours (Télé-Québec) nous a entraînés de belle façon dans le quotidien vibrant mais essoufflant de l’école secondaire Gérald-Filion. Dans les deux cas, on reprendrait bien une saison de plus. — Amélie Gaudreau


 

 

La revanche des femmes

Des courants qui ont traversé les écrans, il en est un qui frappe : celui de la prise de parole des femmes. À ce titre, la seconde saison de la futuriste Westworld (HBO) aura peut-être marqué le coup le plus percutant avec un duo vengeur jouissif. Par l’éveil des humanoïdes Dolores et Maeve, c’est le sens même de la vie humaine que les créateurs de cette série labyrinthique sondent et malmènent. Du Québec, et sur une tout autre tonalité, on a craqué pour la pertinence des pétillantes Patronnes(TV5) de Laurence Davidson et Camille Mongeau. — Louise-Maude Rioux Soucy


 

 

Meilleure série de genre : «The Haunting of Hill House»

Si les films d’épouvante vous empêchent de dormir, on ne peut qu’être triste pour vous puisque vous avez peut-être manqué l’une des plus bouleversantes séries de 2018. D’une magnifique esthétique gothique, peuplée d’une pléthore de spectres terrifiants, d’une atmosphère à glacer le sang, saluée par le maître de l’horreur Stephen King, The Haunting of Hill House (Netflix), de Mike Flanagan, d’après le roman de Shirley Jackson, est l’une des illustrations des cinq étapes du deuil les plus originales présentées. — Manon Dumais


 

 

La meilleure suite : «La servante écarlate 2»

Margaret Atwood n’a rien perdu de son mordant, encore moins de son effarante adéquation avec la noirceur du monde dans la suite de son percutant roman dystopique. Télescopées à l’écran (Hulu/Club Illico), les destinées de ses compagnes d’infortune et de leurs geôliers de l’inquiétante république de Gilead ont gagné en infinies nuances. Cette fois, la caméra est plus dure, moins esthétisante, même l’habillage sonore est plus frontal, rendant la terreur palpable et les rares scènes d’espoir d’une lancinante beauté. — Louise-Maude Rioux Soucy


 

 

La crème des pages à l’écran : «L’amie prodigieuse»

La tétralogie signée par l’Italienne Elena Ferrante était d’une richesse égale à la personnalité brillantissime de ses héroïnes, Lila et Lenù. Si leur vie intérieure, si inexhaustible dans les pages, perd un peu en vivacité à l’écran, l’histoire gagne en reliefs. La fresque qui débute dans les années 1950 dans un Naples pauvre et violent, y vibre d’une vraie beauté noire. Mieux, le bijou ultraléché coproduit par HBO et Rai arrive en français le 27 décembre sur Club Illico, le tout serti d’une distribution en tous points irréprochable. — Louise-Maude Rioux Soucy


 

 

Série de fiction « jeunes adultes » : «Demain des hommes»

Encore une fois, on a triché ici : la série de Guillaume Vigneault et Yves-Christian Fournier, d’abord disponible dans l’Extra de Tou.tv puis diffusée à Radio-Canada, s’adresse à tous les publics, mais aborde à travers l’univers du hockey junior la réalité de jeunes gens qui ont encore un pied dans l’adolescence. Une fiction « initiatique » dans une ville industrielle lointaine qui met en scène des gens de différents horizons sociaux et économiques, ça change de toutes ces séries glamourd’ados friqués. Vivement une suite. — Amélie Gaudreau