Pleins feux sur les victimes

Patrick Huard, Mylène Mackay et Macha Grenon, dans «Les honorables»
Photo: Yan Turcotte Patrick Huard, Mylène Mackay et Macha Grenon, dans «Les honorables»

Scénariste le jour et procureur de la Couronne la nuit, Jacques Diamant (Toute la vérité, Rupture) se défend d’avoir des comptes à régler avec la justice. Sa plus récente série, qui sera présentée cet hiver en exclusivité sur Club Illico, est pourtant loin de poser un regard tendre sur les tenants et aboutissants de notre système judiciaire. « L’idée derrière Les honorables était plutôt d’en souligner la dureté et les ratés, lance l’auteur avec sérieux. C’était l’occasion aussi de braquer, pour une fois, les projecteurs sur les victimes, qu’on entend généralement trop peu dans le cadre des procès. »

Campé dans une urbanité léchée, son sombre thriller psychologique, que le public pourra découvrir tout d’un trait à compter du 10 janvier prochain, suit donc le destin tragique d’un couple brisé et de leurs deux enfants, au lendemain de l’acquittement du présumé meurtrier de leur plus jeune fille (Myriam Gaboury). Un verdict qui jette les quatre Dessureaux — auxquels prêtent avec justesse leurs traits Patrick Huard, Macha Grenon, Mylène Mackay et Olivier Gervais-Courchesne — dans une quête de justice sans issue. Chacun à sa manière, ils mettent donc tranquillement « la main dans l’engrenage de la vengeance », tantôt de manière violente, tantôt de manière sournoise, posant tour à tour des gestes aux conséquences parfois incontrôlables.

Comble de l’ironie, les personnages centraux — à l’exception du frère de la victime — sont, eux-mêmes, tous parties prenantes de ce système qui, cette fois-ci, les abandonne. « Le fait que les deux parents soient des juges rend la cassure [et la critique] encore plus forte », souligne Louis Choquette (19-Two, Mirador), qui réalise avec un rythme désarmant les dix épisodes d’une heure chacun. « Il y a quelque chose de presque symbolique dans cette dualité, renchérit Patrick Huard, qui joue le rôle du père avec une sensibilité déstabilisante. Et ça rend cette idée de se faire justice soi-même d’autant plus lourde de sens. »

Tout en émotions, ce drame familial se pose donc en carte géographique de la douleur, marquant avec empathie les lourds chemins de croix de ceux qui restent. On y flirte d’ailleurs sans retenue avec l’idée que, devant la faillibilité des outils en place, on n’est peut-être jamais mieux servi que par soi-même.

« C’est une conversation qu’on a trop souvent à la légère, autour d’un verre de vin, avance le comédien pour qui ce rôle marque le grand retour au petit écran après près de dix ans d’absence. Qui n’a jamais pensé à ce qu’il pourrait faire à la personne qui ferait du mal à ses enfants ? C’est une sombre hypothèse qu’on prend rarement le temps d’explorer en profondeur. Même dans les films où il y a un “justicier”, c’est généralement fait en surface. Je trouvais intéressant, voire un peu troublant, de pouvoir creuser cette idée davantage et, surtout, de pouvoir prendre le temps de me pencher sur toutes les conséquences que cela pourrait impliquer. »

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on n’est toutefois pas ici dans une série judiciaire, les contours du palais de justice n’étant que brièvement dessinés dans le tout premier épisode, lors du procès du présumé assassin (impressionnant Kevin Houle). La Justice — avec les qualités et les travers qu’on lui connaît — demeure tout de même une partie prenante de cette oeuvre télévisuelle.

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Les honorables

Sur Club Illico, à compter du 10 janvier 2019