«Léo», le vrai monde plus grand que nature

Abonné aux jobines, aux fréquentations douteuses et aux soirées arrosées, Léo (à droite) part en quête d’un nouveau sens à sa vie.
Photo: Bertrand Calmeau Abonné aux jobines, aux fréquentations douteuses et aux soirées arrosées, Léo (à droite) part en quête d’un nouveau sens à sa vie.

Après avoir longtemps habité les scènes du Québec (Scotstown, Cranbourne), le « chum à Chabot » de Fabien Cloutier — personnage phare de son répertoire créé il y a près de quinze ans — prend maintenant ses aises au petit écran. Et ce n’est pas peu dire. Coloré à l’extrême et résolument comique, Léo, la nouvelle série originale de Club illico, qui arrive tout juste sur la plateforme numérique jeudi, risque de faire bien des adeptes, tant chez ceux qui connaissent l’univers déjanté de Cloutier qu’auprès des néophytes.

Léo, c’est l’histoire d’un « éternel adolescent » de 40 ans (Fabien Cloutier) qui, lassé des étiquettes qui lui collent à la peau, décide de rebrasser ses cartes, histoire de remettre sa vie « su’a track ». Abonné aux jobines, aux fréquentations douteuses et aux soirées arrosées, cet irréductible « vieux garçon » part alors en quête d’un nouveau sens à sa vie. Sens qui, à en croire le synopsis de la série, se traduit principalement par un « bon emploi » et une « relation steady ». « C’est surtout une histoire de choix, lance Fabien Cloutier, le regard rieur. Des Léo, moi, j’en ai croisé plein, dans ma vie. Je dirais même que, personnellement, j’étais à deux, trois décisions d’en être un moi-même ! »

Au-delà du cliché

Campés à Walton — sorte de village anonyme aux contours singulièrement familiers —, les onze épisodes réalisés par le spécialiste de la comédie Jean-François Chagnon (Like-Moi, Les Appendices) transportent ainsi le spectateur dans un Québec rural un brin folklorique. Mais n’allez pas croire qu’on tombe ici dans la caricature, la série empruntant davantage les codes du conte que de la grossière satire.

Et si à première vue, ce sont les clichés régionaux qui écorchent les oreilles (et les yeux !), on gagne à demeurer accroché et à se laisser surprendre par la complexité de la trame narrative mise en mots par Fabien Cloutier et ses acolytes, Steve Laplante, Érika Soucy et Claude Lalonde. « On raconte de vraies affaires qui arrivent à du vrai monde, soutient l’auteur et comédien, sous les regards entendus de son équipe. Mais avec une amplitude de jeu et d’images, avec une franchise qu’on se permet rarement en télé. Personne ne chuchote, on dit les choses comme elles sont. » « On raconte des histoires authentiques, mais que parfois on peinerait à imaginer, même dans la fiction, renchérit en riant Jean-François Chagnon. On est pourtant dans la couleur du réel. »

On a donc ici affaire à des personnages plus grands que nature, d’une sincère et touchante banalité et dont la langue aux accents colorés est ponctuée d’expressions bien de chez nous. Car Léo, c’est surtout l’histoire de tous ces autres qui vont et viennent dans la vie de notre protagoniste. Du père aimant (Julien Poulin), juste un brin étouffant, à la mairesse-coiffeuse-confidente (Anne Dorval, fidèle à elle-même), en passant par le meilleur chum (Steve Laplante), dont la vie change trop vite, le nouveau boss (Marc Labrèche, grinçant à souhait) ou encore la nouvelle blonde (Marie-Laurence Moreau), qu’on découvre à mesure que l’histoire avance. Et ce ne sont là que quelques-uns des nombreux personnages — et comédiens ! — qui gravitent autour de Léo, navigant sans effort dans son pétillant univers, sans jamais perdre de leur propre couleur.

« Il n’y a pas de personnages-anecdotes dans Léo, souligne Fabien Cloutier, qui avoue ne pas aimer le terme « secondaire » quand vient le temps de parler de personnages. Ils ont tous leur bagage, leur propre histoire. » « On pourrait presque faire des spin-off avec chacun de ces personnages », renchérit le réalisateur Jean-François Chagnon, qui souligne la grande qualité de la distribution sur laquelle s’appuie la production. « Ça, c’est l’effet Fabien, affirme sans hésitation Caroline Paquet, vice-présidente au contenu et à la commercialisation chez Vidéotron. Je vous garantis qu’ils n’ont pas été difficiles à convaincre. »

À ce titre, le distributeur n’a pas semblé, lui non plus, difficile à persuader de l’éventuel succès de la série, une deuxième saison étant déjà en cours de développement. « On a plein d’idées, assure Fabien Cloutier. L’univers de Léo va nous donner de la matière pour continuer à avancer pendant longtemps ! »

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

Léo

Sur le Club illico, à compter du 15 novembre