«Maniac»: en thérapie

«Maniac» s’avère une série parfois si déroutante que le spectateur pourrait croire qu’il est, à l’instar des patients de ce laboratoire en folie, sous l’influence d’une forte médication.
Photo: Netflix «Maniac» s’avère une série parfois si déroutante que le spectateur pourrait croire qu’il est, à l’instar des patients de ce laboratoire en folie, sous l’influence d’une forte médication.

Lancée en Norvège en 2014, la série Maniac suivait les tribulations d’un trentenaire, Espen, à qui tout réussissait. Chaque jour était l’occasion pour lui de vivre des aventures exaltantes. En fait, Espen était interné dans un hôpital psychiatrique et tout ce qu’il vivait n’était que le fruit de son imagination débordante.

Quatre ans plus tard, Maniac fait l’objet d’une libre adaptation grâce aux bons soins du scénariste Patrick Sommerville (The Leftovers) et du réalisateur Cary Joji Fukunaga (Jane Eyre, True Detective, Beasts of No Nation).

Produite par Netflix, cette comédie décalée de dix épisodes nous transporte dans un univers dont la technologie rappelle volontairement celle de mauvais films de science-fiction du début des années 1980 où les thérapeutes ont l’air plus timbrés que leurs cobayes humains.

Issu de la haute société new-yorkaise, Owen Milgrim (Jonah Hill) est le mouton noir de sa famille en raison de la rare forme de schizophrénie dont il souffre. Son père (Gabriel Byrne) et sa mère (Trudie Styler) font si peu de cas de lui qu’il ne figure même pas sur l’énorme tableau représentant tous les membres de la famille à côté duquel on a accroché une petite photo encadrée d’Owen.

Seule la future épouse de son frère aîné (Jemima Kirke) semble se soucier d’Owen. Or, ce frère (Billy Magnussen), accusé d’agression sexuelle par une employée de la compagnie familiale, espère qu’Owen se parjurera en cour afin de lui fournir un alibi. Owen, qui fait difficilement la différence entre la réalité et ses fréquentes hallucinations, est très anxieux à l’idée de devoir mentir pour ce frère qui se croit au-dessus de la loi.

Leur mère les ayant quittées quand elles étaient petites, Annie Landsberg (Emma Stone) et sa sœur cadette Ellie (Julia Garner) ont toujours été très proches l’une de l’autre, la première faisant figure de protectrice pour la seconde… jusqu’au jour où une stupide dispute provoquée par Annie mit fin à leur relation cinq ans auparavant. Inconsolable depuis, Annie fuit la réalité en gobant tous les médicaments qui lui passent sous la main.

Une pilule, une p’tite granule

À la suite d’un concours de circonstances, Owen et Annie se rencontrent au cours d’un essai clinique de médicaments dans un laboratoire où évoluent le Dr Muramoto (Rome Kanda), toxicomane, la Dre Fujita (Sonoyo Mizuno), qui tente de cacher les gaffes du premier, et le Dr James Mantleray (Justin Theroux), qui pâtit de vivre dans l’ombre de sa mère, la Dre Greta Mantleray (Sally Field), célèbre pour ses livres de développement personnel.

Photo: Netflix

James n’aura d’autre choix que d’appeler sa mère en renfort lorsque l’ordinateur central, GRT, à qui il a donné la personnalité de Greta, éprouvera des sentiments de tristesse à la suite d’un tragique événement. Évidemment, tout ceci risque de mettre en danger les cobayes qui, sous l’effet de différents médicaments, sont projetés dans des mondes parallèles.

N’ajustez pas votre appareil

Maniac s’avère une série parfois si déroutante que le spectateur pourrait croire qu’il est, à l’instar des patients de ce laboratoire en folie, sous l’effet d’une forte médication. Tandis que les personnages de l’émouvant Jonah Hill et de la fougueuse Emma Stone vivent de réels drames déchirants dans la réalité, tout autour d’eux, des personnages caricaturaux aux accessoires insolites, donne à l’ensemble le ton d’une comédie absurde.

Aux commandes de Maniac, Patrick Sommerville et Cary Joji Fukunaga manient avec brio les ruptures de ton et le mélange des genres. Aux répliques d’un humour acéré du premier, le second instaure une atmosphère tantôt mélancolique, tantôt onirique.

Empruntant à cœur joie au film noir, aux drames d’espionnage, à 2001, l’odyssée de l’espace et au Seigneur des anneaux, le réalisateur truffe le tout d’éléments psychotroniques, tandis que le scénariste projette son improbable duo dans de folles quêtes hallucinées où il s’amuse à reprendre des répliques d’autres scènes dans des situations totalement différentes où les personnages adoptent de nouvelles identités, créant ainsi une cocasse impression de déjà-vu.

Ce faisant, Sommerville et Fukunaga signent une touchante histoire d’amitié entre deux êtres aux antipodes l’un de l’autre dont la volonté transcende toute médication ou la plus avancée des technologies.

Maniac

Netflix, vendredi