Jeunes sous observation au petit écran

Suivant huit jeunes âgés de 18 à 27 ans durant dix semaines, <em>Un vrai selfie</em> se présente sous la forme de journaux intimes vidéo où chacun confie ses problèmes face à la caméra.
Photo: Unis Suivant huit jeunes âgés de 18 à 27 ans durant dix semaines, Un vrai selfie se présente sous la forme de journaux intimes vidéo où chacun confie ses problèmes face à la caméra.

Dans l’espoir de séduire les 18-34 ans, une tranche du public plus attirée par l’offre colossale et infinie des plateformes numériques que par l’offre plus modeste et plus classique de la télévision traditionnelle, les chaînes généralistes proposent chaque saison dans leur grille horaire quelques nouveautés susceptibles de les intéresser et de les retenir quelques semaines devant leur poste de télévision.

Cet automne, Unis et Télé-Québec misent sur des émissions alliant l’omniprésence des caméras dans la vie quotidienne, l’obsession de l’image et la pulsion de partager ses états d’âme sur les réseaux sociaux à bon escient. Non, il ne s’agit pas d’un concours de talent ni d’une compétition où l’on cherche l’âme sœur dans un coin paradisiaque, pas plus qu’une téléréalité décrivant avec complaisance les tribulations d’un clan bling-bling.

Dans Un vrai selfie et 180 jours, séries documentaires respectivement diffusées dès cette semaine à Unis et à Télé-Québec, le jeune public est invité à rencontrer de vrais êtres humains traversant de réelles épreuves, tant sur le plan scolaire, social que familial, à affronter diverses réalités qui ne sont peut-être pas si éloignées de la sienne et, qui sait, à jeter un regard différent sur sa propre réalité.

Dans ma caméra

Forte de son expérience dans le magazine jeunesse (Méchant changement !, 2005 et 2008), la téléréalité (Ma maison Rona, 2004-2010) et le magazine documentaire (Le fermier urbain, 2011-2012), Audrey Riberdy signe l’adaptation d’une série norvégienne où l’obsession des jeunes pour les réseaux sociaux et leur image est mise à contribution à des fins thérapeutiques.

Suivant huit jeunes âgés de 18 à 27 ans durant dix semaines, Un vrai selfie se présente sous la forme de journaux intimes vidéo où chacun confie ses problèmes face à la caméra. Parmi les troubles psychologiques avec lesquels ces jeunes adultes doivent composer quotidiennement se trouvent l’anxiété sociale, l’anxiété de performance, le TOC (trouble obsessionnel compulsif), l’hypocondrie, l’agoraphobie, l’anorexie, les crises de panique et la dépression.

Une fois par semaine, les huit participants prennent part à une thérapie de groupe que dirige la psychologue où ils rendent compte de leur évolution, de leurs difficultés et de leurs défis. Si on associe le mot « selfie » à une image artificielle où le sujet se présente sous son meilleur jour à travers un filtre dans l’espoir d’épater la galerie, ce n’est pas le cas de cette série.

De fait, c’est sans filtre, sans pudeur et sans artifices que chaque participant offre son visage à la caméra. Un visage parfois défait par les larmes, la fatigue, la colère, le désespoir. Même si certains s’expriment avec humour, semblent prendre l’exercice à la légère ou tentent de jouer la comédie, la réalité les rattrape bientôt, et leur confession vidéo se transforme en un sincère cri du cœur.

En complément de programme, le site Internet d’Un vrai selfie permet de se familiariser davantage avec la réalité de chaque membre du groupe grâce à Instagram, Facebook et des vidéos où les participants rencontrent diverses personnalités publiques telles Léa Clermont-Dion, PO Beaudoin et Kevin Bazinet.

Microsociété

Pour réaliser la série documentaire 180 jours, la documentariste Mélissa Beaudet semblait la personne toute désignée. Parmi ses hauts faits d’armes, rappelons la série de docu-fiction pour Canal Vie Intimidés (2013) et le long métrage Police Académie. Dans ce film lancé aux RIDM en 2015, la réalisatrice suivait le parcours de trois étudiants en techniques policières, des bancs d’école à leur première patrouille dans les rues de la métropole. La réalité d’une école secondaire n’étant pas un long fleuve tranquille, on retrouve ponctuellement des membres des forces policières dans 180 jours.

Pour les besoins de cette série de douze épisodes, Mélissa Beaudet a installé sa caméra à l’école secondaire Gérard-Filion, à Longueuil, afin de croquer sur le vif le quotidien des élèves, du corps enseignant et des membres de la direction, du début des classes au bal des finissants. Incursion privilégiée s’il en est dans cette école de 1400 élèves, la série de douze épisodes d’une heure confirme ce que les uns savaient et ce dont les autres se doutaient : la discipline, la patience et la passion sont de rigueur pour travailler dans une école secondaire.

Photo: Télé-Québec Pour les besoins de la série «180 jours», la réalisatrice Mélissa Beaudet a installé sa caméra à l’école secondaire Gérard-Filion afin de croquer sur le vif le quotidien des élèves, du corps enseignant et des membres de la direction.

Une fois la frénésie de la rentrée passée, où les nouveaux élèves cherchent leurs repères et les habitués font mine d’avoir oublié le règlement durant l’été, l’énergique directrice de l’école, Sylvie Dupuis, et son personnel dévoué doivent prendre le taureau par les cornes. À l’instar de la série documentaire De garde 24/7, qui plonge le spectateur dans l’univers hospitalier, 180 jours offre un panorama vivant d’un monde en constante ébullition.

Au gré des épisodes, les adultes comme les adolescents devront composer avec le manque de ressources et d’enseignants, l’intimidation entre les murs de l’école et sur le chemin de la maison, la criminalité — dans l’un des épisodes, des proxénètes tentent de recruter des élèves de l’école —, la pauvreté et la maladie mentale. Faut-il se surprendre que plusieurs d’entre eux soient déjà sur les rotules peu avant les Fêtes ?

Faire oeuvre utile

Il y a fort à parier que les jeunes spectateurs se prendront d’affection pour l’un ou l’autre des différents participants et intervenants d’Un vrai selfie et de 180 jours, se reconnaîtront à travers eux ou y reconnaîtront des proches, suivront avec émotion leur parcours comme ils le feraient de personnages de fiction. Certes, rien de nouveau à signaler de ce côté.

Si ni l’une ni l’autre de ces séries documentaires n’ont la prétention de réinventer la roue, pas plus que d’illustrer des faits nouveaux ou inconnus, sans doute contribueront-elles à éliminer quelques persistants préjugés sur la maladie mentale, à rappeler que l’intimidation demeure un phénomène de société qui ne concerne pas que les victimes et leurs bourreaux, de même qu’à ouvrir les yeux sur le manque de ressources et de soutien dont souffre le système d’éducation. Et dans la foulée, de faire de chaque spectateur un meilleur citoyen.

Un vrai selfie / 180 jours

Unis, mercredi, 20 h 30 / Télé-Québec, jeudi, 20 h