«File d’attente»: chaîne humaine

La série «File d’attente» est une comédie dramatique mettant en scène deux familles qui s’entrecroisent dans divers endroits où elles sont contraintes.
Photo: Unis TV La série «File d’attente» est une comédie dramatique mettant en scène deux familles qui s’entrecroisent dans divers endroits où elles sont contraintes.

Il y a un an et deux mois, Réal Bossé présentait un projet de série à Pierre Gang, directeur de la programmation d’Unis TV à l’époque. Après lui avoir expliqué que cela ne cadrait pas avec l’image de la chaîne, le second demande au premier s’il n’aurait pas un concept « plus famille » à lui suggérer. Improvisateur émérite avec 35 ans d’expérience au compteur, Bossé invente sur-le-champ l’abrégé de ce qui deviendra File d’attente.

« Ce que j’aime de la file d’attente, c’est d’avoir le temps d’observer, confie Réal Bossé au téléphone. On est tous dans notre tête quand on est seuls ; quand on est avec quelqu’un d’autre, on en profite pour parler. Il y a de quoi de très l’fun dans l’union des humains. C’est comme des familles recréées, les files d’attente. »

Produite par ComediHa !, tournée à Québec, File d’attente est une comédie dramatique de 13 épisodes mettant en scène deux familles qui s’entrecroisent dans divers endroits où ils sont contraints d’attendre en file — d’où les quelque 360 figurants évoluant autour de la cinquantaine d’acteurs. « Il n’y a pas de petits personnages dans File d’attente. Ils ont tous de grandes quêtes. Ils attendent quelque chose de la vie, et la vie les surprend souvent. »

D’un côté, il y a le négligé Louis (Réal Bossé), sa fille adolescente (Éléonore Loiselle), dont les propos nietzschéens le dépassent, et sa mère (Muriel Dutil), qui s’apprête à lui annoncer une triste nouvelle. De l’autre côté, il y a la contrôlante Alice (Sylvie Moreau), son père hypocondriaque (Richard Fréchette), sa belle-fille qui l’admire (Andréanne Théberge) et son fils qui vieillit trop vite à son goût (Iani Bédard).

De Shakespeare à Janette

Après avoir exploré le monde interlope dans la série policière 19-2, qu’il avait créée avec Claude Legault, Réal Bossé a voulu plonger dans le quotidien de gens ordinaires, offrir une suite de condensés de vie dans lesquels les spectateurs, toutes générations confondues, pouvaient se reconnaître. Parmi ses inspirations, il cite la comédie Quelle famille ! (1969-1974), de et avec Janette Bertrand et Jean Lajeunesse.

« Quand j’étais petit, on regardait ça en famille. J’aimais ça ! Il y avait les enfants, les parents, les grands-parents, les arrière-grands-parents ; la chicane pognait, ils s’aimaient, ils s’haïssaient. Tout était là ! »

Si la file d’attente favorise des scènes courtes décrivant des situations aussi banales qu’un échange de recettes de pâté chinois chez le boucher, la série nous entraîne bien au-delà des considérations domestiques. Certes, File d’attente comporte bien des moments cocasses, des répliques loufoques, et pourtant, c’est non sans émotion qu’on découvre ce petit monde se débattant avec les aléas de l’existence.

« Pour moi, la comédie, c’est émotif, c’est de grandes émotions. La comédie comme je l’entends, c’est la comédie shakespearienne, qui fait partie du drame et de la tragédie. Dans chaque ligne, Shakespeare parle de l’humain et du grand trouble humain. La tragédie de vivre est une belle comédie. Je voulais être dans la légèreté tragique », affirme Réal Bossé.

Écrite en collaboration avec Eugénie Beaudry, Louis Courchesne, Alexandre Laferrière, Frédéric Lafleur, Marie-Josée Ouellet et Andréanne Théberge, la série bénéficie aussi de la présence d’André Perron (LOL:-)) à la direction photo et de Martin Talbot (Les Parent) à la réalisation.

« Les fondations du projet, c’est de filmer l’intimité dans un lieu public. J’ai dit à Martin Talbot, qui m’a été présenté par André Perron avec qui je travaille depuis plusieurs années, que je voulais voir la file écouter et regarder les gens. Martin a voulu que ce soit filmé comme au cinéma. File d’attente, c’est donc un paquet de films bout à bout. » Au-delà de son affection pour Janette et de sa passion pour Shakespeare, ce que traduit File d’attente, c’est l’amour de Réal Bossé pour l’humain, un amour qu’il mentionnera à plusieurs reprises au cours de l’entretien.

« J’aime les humains ! On est comme des animaux de meute, on est grégaires. On est pitoyables, on est grandioses. On est shakespeariens, on est dans le grotesque et dans le sublime. Je voulais qu’on parle dans le présent, pour dire “voilà qui nous sommes”. Tout le monde attend. À l’heure où les communautaristes disent qu’on est tous différents, je dis qu’on est tous des imbéciles en file d’attente en train d’attendre quelque chose de la vie », conclut Réal Bossé, qui a déjà commencé à écrire la deuxième saison.

File d’attente

Unis, mercredi, 20 h, en rediffusion jeudi, 12 h 30 et 22 h 30