Des jeux pas toujours amusants

Scène tirée de la série télévisée «Le jeu»
Photo: TVA Scène tirée de la série télévisée «Le jeu»

Vol d’identité, éreintage (bashing) en ligne, manipulation, les réseaux sociaux qui envahissent nos vies comportent leur lot de côtés sombres.

Ce sont précisément ceux-ci que le réseau TVA explore avec la nouvelle série de fiction Le jeu, qui prend l’affiche cet automne et comptera dix épisodes. Le jeu, c’est entre autres l’histoire de Marianne, une conceptrice de jeux vidéo qui peine à se faire une place dans ce monde d’hommes. Incarnée par Laurence Leboeuf, elle est victime de trolls, qui ne cessent de la dénigrer en ligne. Et plus la jeune femme avance dans sa carrière, plus la violence et le harcèlement s’intensifient, allant jusqu’à la brutalité physique.

Marianne est par ailleurs la conjointe de Julien (Éric Bruneau), lui-même concepteur d’un jeu vidéo très populaire, comparable au jeu des Pokémon, mais qui comporte aussi ses aléas.

Les auteurs de la série, Martin Girard et Mylène Chollet, se sont inspirés de la réalité. Mylène Chollet est familiarisée avec l’univers des jeux vidéo, puisque son conjoint y travaille. Or, le harcèlement auquel est soumise Marianne dans la série est quelque chose de très fréquent, relève-t-elle.

On sait qu’il y a quelques années, une créatrice de jeux vidéo américaine, Zoë Quinn, s’était plainte de harcèlement sur les réseaux sociaux, incluant les menaces de mort, et la divulgation de son adresse postale. La jeune femme avait également été victime d’une campagne d’insultes sexistes après avoir soumis son projet de jeu à une maison de production.

Mais la série aborde la question des réseaux sociaux dans un sens plus large. Les personnages en sont prisonniers, à divers degrés. Ils sont dérangés par des textos pendant qu’ils font l’amour ou qu’ils revoient quelqu’un qu’ils n’ont pas vu depuis longtemps.

Pour stimuler la discussion sur la question, TVA a annoncé qu’elle lancera également un podcast lié aux thématiques abordées dans chacun des épisodes de la série. On prévoit notamment y faire participer Stéphanie Harvey, joueuse professionnelle et conceptrice de jeux vidéo, qui a pris position publiquement pour défendre les rares femmes oeuvrant dans cette industrie.

Mais la dimension inquiétante des réseaux sociaux, qui est exploitée pour créer le suspense de la série, est par-dessus tout le fait que les personnes y évoluent à visage couvert, sous des pseudonymes ou même de fausses identités. Ainsi, alors que quelqu’un a usurpé l’identité de son amie, Marianne se rend sans méfiance à un rendez-vous qu’elle croit donné par celle-ci.

Les auteurs et les réalisateurs le répètent : ce sont les rapports humains qui forment l’intrigue du film. Reste que le défi d’une telle série est précisément de sublimer la froideur et l’anonymat propres aux échanges circulant sur les réseaux sociaux. Les personnages semblent s’agiter dans une vaste toile dont ils ne contrôlent pas les orientations, mais dont ils sont dépendants.

Mylène Chollet l’admet, elle craint désormais le réseau Facebook, après avoir incité ses amis à s’y joindre. Plusieurs personnalités ont décidé récemment de délaisser leur compte Facebook ou Twitter, précisément pour échapper au harcèlement. Reste que la communication sur les réseaux sociaux demeure évidemment une tendance lourde. En montrer les failles, même dans une télésérie de fiction, n’est pas une mauvaise idée.

Le jeu

Dès le 10 septembre, 21 h, à TVA