«Les Simone»: ce n’est qu’un au revoir

Lorsque la série a été lancée en 2016, Kim Lévesque-Lizotte a dû faire face aux critiques qui lui reprochaient d’avoir déboulonné la statue de Simone de Beauvoir.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Lorsque la série a été lancée en 2016, Kim Lévesque-Lizotte a dû faire face aux critiques qui lui reprochaient d’avoir déboulonné la statue de Simone de Beauvoir.

En juillet, après que le réalisateur Ricardo Trogi eut annoncé au talk-show Le beau dimanche que la troisième saison des Simone serait la dernière, le chef scénariste et coproducteur de la série, Louis Morissette, a rectifié le tir dans une entrevue à l’Agence QMI. À la grande surprise de Kim Lévesque-Lizotte, qui avait accouché cinq semaines auparavant, son partenaire d’écriture avançait qu’il y aurait un plan B pour Les Simone.

« La fin de la série a été annoncée plus tôt que prévu ; c’était une manière de créer l’attente, de donner une petite lueur d’espoir. Ça tombait bien puisque je me demandais si j’avais envie de continuer avec Les Simone », explique l’auteure.

D’une certaine façon, cette annonce prématurée allait permettre aux fans de la série de mieux se préparer à dire au revoir à Maxim (Anne-Élisabeth Bossé), promue directrice des communications d’un parti politique, à Laurence (Sonia Gratton), qui poursuit son ascension dans les médias, à Nikki (Marie-Ève Perron), qui séduit la critique avec ses toiles, et à Élizabeth (Karine Gonthier-Hyndman), qui a ouvert un café.

« La saison 3, c’est ma favorite ! Je me la suis vraiment appropriée. C’est pour ça que je me suis dit qu’il fallait continuer sous une autre forme. On fait des jokes à la maison : “Tu vas faire un podcast ? Non, une websérie !” » Un roman, alors ? Après tout, il y a bien trois romans dérivés de la série Yamaska. « Un roman ? Ce serait le fun… Il y a La galère qui est devenue une pièce de théâtre. » Un film, comme la série Sexe à New York ? « On ne le sait pas ! »

Tandis qu’elle se demandait si elle avait envie de se lancer dans l’écriture d’une autre série, Kim Lévesque-Lizotte a constaté qu’elle aimerait exploiter la maternité. Cela dit, pas pour parler de nausées ni de nuits blanches. « Comme ce sont des personnages de mon âge qui évoluent, c’est difficile de dire que la boucle est bouclée, c’est comme si je prétendais avoir trouvé réponse à tout. Il y a des choses dont je ne voulais pas parler avant, comme la maternité, parce que je ne voulais pas tomber dans le cliché de la fille de 30 ans qui se demande si elle aura ou pas des enfants. Il y a Élizabeth qui a trois enfants, mais les gens perspicaces ont compris que c’était irréaliste : elle ne s’en occupe jamais et elle a un corps parfait ! Avant, je pensais que je comprenais comment une femme se sentait en devenant mère. Maintenant, je sais ce que c’est que de se demander si on est une bonne mère, une bonne blonde, une bonne amie, si on a une bonne carrière. »

Pas touche à Simone !

Lorsque la série a été lancée en 2016, Kim Lévesque-Lizotte, grande lectrice, cinéphile avertie et téléphage en série jusque-là connue comme humoriste, a dû faire face aux critiques qui lui reprochaient d’avoir déboulonné la statue de Simone de Beauvoir tandis qu’elle répétait que la grande figure du féminisme avait été une amoureuse codépendante.

« Je n’ai pas beaucoup aimé le lancement de la série parce qu’il y avait des attentes démesurées du fait qu’il y avait des attentes idéologiques. Je recevais beaucoup de commentaires du milieu, d’intellectuelles de mon âge. J’ai compris que Simone de Beauvoir était une intouchable, qu’elle appartenait à l’élite, à ceux qui avaient étudié en lettres », se souvient la diplômée de l’École nationale de l’humour en 2009.

À l’instar de sa propre réaction à la série Girls, de Lena Dunham, l’auteure a compris que les trentenaires ne se reconnaissaient pas dans le portrait qu’elle faisait d’elles. « On m’a reproché d’avoir fait le portrait d’une génération pathétique, qui se sabote. Je ne voulais pas montrer un idéal. Les Simone, c’est une femme avec ses différentes facettes, un peu comme Nelly, d’Anne Émond. Je voulais parler de la détresse, montrer ce qui se passe quand on ferme la porte, quand on doute, quand on ralentit soi-même son épanouissement, de la honte qu’on traîne quand on est dans une relation malsaine. C’est en se regardant dans le miroir qu’on finit par changer. »

Merci Janette !

Ayant commencé à savourer le plaisir d’écrire à la deuxième saison, Kim Lévesque-Lizotte espère que les spectateurs auront compris qu’elle a voulu y véhiculer l’idée de se choisir soi-même. Elle regrette qu’on ait cru que Les Simone portait sur des jeunes femmes en quête du prince charmant alors qu’elle souhaitait illustrer comment faire fonctionner une relation. « Dans cette dernière saison, Louis a pris ses distances et je me suis fait plaisir en y racontant des histoires d’amour. Je suis une grande romantique ! L’amour, c’est précieux ! »

« À 20 ans, j’ai lu Ainsi soit-elle, de Benoîte Groult ; c’est elle qui m’a amenée au Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, c’est grâce à elle que j’ai compris la condition féminine. Mais je pense profondément que, si j’écris de la télé aujourd’hui, c’est parce que de cinq à dix ans je regardais en cachette L’amour avec un grand A, de Janette Bertrand. J’y ai découvert le monde adulte avec ses histoires sur les femmes battues, le viol, l’anorexie, le sida… Cette série m’a tellement marquée que j’ai un vieux fantasme d’écrire des épisodes fermés, d’explorer des thèmes. »

Une série d’anthologie ? Voilà une piste qui serait intéressante à explorer pour l’éventuel retour des Simone… et de leurs amoureux.

Les Simone — saison 3

Véro.tv (Tou.tv Extra), vendredi