La belgitude des choses

Les Français sont raides dingues des Belges! En tout cas, c’est ce qu’avancent les réalisateurs Marc Ball et Gilles Dal dans la série documentaire «Topoï».
Photo: Planète + Les Français sont raides dingues des Belges! En tout cas, c’est ce qu’avancent les réalisateurs Marc Ball et Gilles Dal dans la série documentaire «Topoï».

C’est connu, on aime bien se moquer de plus petit que soi. Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, les Français ont pris plaisir à tourner les Belges en ridicule. C’est au cours de la révolution industrielle que des Belges sans emploi sont venus tenter leur chance dans les mines du nord de la France tandis que les mineurs faisaient la grève. Peu instruits, peu fortunés, peu habitués aux mœurs françaises, ces premiers immigrants ont tôt fait d’incarner dans l’imaginaire collectif des Français le plouc mal dégrossi.

Hélas, pour les natifs du pays de Tintin et des Schtroumpfs, cette image leur colla très longtemps à la peau. Toutefois, avec la popularité des frères Dardenne, cinéastes double palmés d’or pour Rosetta (1999) et L’enfant (2005), de Cécile de France, à qui l’on confiait l’animation des César en 2014, de Yolande Moreau, César de la meilleure actrice et du meilleur premier film pour Quand la mer monte… (2004), de Benoît Poelvoorde, récompensé à Cannes du Prix de la jeunesse pour C’est arrivé près de chez vous (1992), de François Damiens, notamment vu dans le grand succès La famille Bélier (2014), et de Stromae, que certains comparent à Brel, le vent a enfin tourné.

Eh oui, les Français sont raides dingues des Belges ! En tout cas, c’est ce qu’avancent les réalisateurs Marc Ball et Gilles Dal dans le septième épisode de la deuxième saison de la série documentaire Topoï. Pour mieux célébrer cet engouement patiemment gagné, Planète + présente l’épisode J’adore les Belges le jour de leur fête nationale.

La fierté d’être petit

C’est Baudelaire qui se retournerait dans sa tombe s’il était témoin de cet entichement des Français pour leurs voisins du nord. « Tous les Belges sans exception ont le crâne vide », a écrit le sulfureux poète lors de son séjour en Belgique, où il tenta vainement de trouver un éditeur, entre 1864 et 1866. Comme il l’exprimait de manière impitoyable dans son manuscrit Pauvre Belgique !, l’auteur des Fleurs du mal n’aurait pas prisé la mentalité des Belges, ni leur bière, ni leurs femmes, ni leur politique.

Un siècle plus tard, un populaire humoriste français remettait au goût du jour les blagues de Belges, l’équivalent de nos vieilles blagues de newfies, celles que l’on raconte en prenant un gros accent — qui a peu à voir avec celui des Belges — et en ponctuant de l’expression « une fois ».

« Alors nous, on était en voiture, n’est-ce pas, puis on roulait vers Calais, et puis tout d’un coup… Qu’est-ce qu’on voit d’écrit en travers de la route ? “Pas-de-Calais”. Ben j’ai dit : “Ils exagèrent, hein ! Une fois… ils l’auraient dit, moi, je n’serai pas venu !” », lançait le regretté Coluche à la fin de son célèbre numéro, Le Belge, en 1979.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la mort de Coluche en 1986. Plusieurs têtes d’affiche du cinéma français sont Belges, on s’arrache les artistes et intellectuels belges sur les plateaux de télé française où, à l’instar d’Aymeric Caron à On n’est pas couché, l’on répète jusqu’à plus soif « j’adore les Belges ». Ce qui, après des décennies de moqueries et de mépris, les décontenance un peu, quand cela ne les agace pas totalement, comme le fait savoir François Damiens, qui y devine une certaine condescendance : « On est fier de dire “j’ai un ami belge”, comme on disait dans le temps “j’ai un ami noir”. »

Ce que l’on retient de cet épisode, où l’on disserte d’un ton badin tout en portant un jugement parfois dur sur les Français, c’est qu’à travers cet amour pour les Belges, les « arrogants coqs » de l’Hexagone, nostalgiques de l’époque où la France était une grande nation, expriment ce qu’ils leur envient. C’est-à-dire, d’être « fiers d’être petits » et de trouver leur force dans leur modestie, et tout cela, en se fichant souverainement de l’opinion de leurs voisins.

Cinq séries belges à découvrir

La télé belge se faisant rare sur notre petit écran, on peut toutefois compter sur Netflix pour nous faire découvrir un peu de son essence.

People of Tomorrow, d’Ilse Copert (2014). En juillet 2014, dix jeunes hommes et femmes en provenance des quatre coins du monde ont gagné un laissez-passer pour le festival de musique électronique Tomorrowland, à Boom, dans la province d’Anvers.

La trêve, de Matthieu Donck et Stéphane Bergmans (2016). Éprouvé par la mort de sa femme, l’ex-policier Yoann Peeters (Yoann Blanc) retourne vivre dans son village natal avec sa fille Camille (Sophie Breyer). Ayant repris du service pour la police locale, il déterre de sombres secrets de la communauté alors qu’il enquête sur la mort mystérieuse d’un jeune footballeur.

Hôtel Beau Séjour, de Bert Van Dael, Kaar Beels, Nathalie Basteyns et Sanne Nuyens (2017). À son réveil, dans une chambre de l’hôtel Beau Séjour, Kato (Lynn Van Royen) n’a aucun souvenir des événements survenus la veille. Puis, elle découvre sa propre dépouille ensanglantée dans une baignoire. Invisible aux yeux des siens, elle tente alors d’élucider son assassinat.

Tabula Rasa, de Malin-Sarah Gozin et Veerie Baetens (2017). Amnésique, Annemie D’Haeze (Veerie Baetens) reçoit régulièrement la visite de l’inspecteur Jacques Wolkers (Gene Bervoets) à l’hôpital psychiatrique où elle est internée. Selon l’enquêteur, elle serait la dernière personne à avoir vu Thomas de Geest (Jeroen Perceval) avant sa disparition. Tandis qu’elle plonge dans ses souvenirs, Annemie est hantée par de terrifiantes visions.

Undercover, de Nico Moolenaar (2018). Coulant des jours tranquilles dans sa villa à la frontière belgo-néerlandaise, Ferry Bouman (Frank Lammers), grand producteur hollandais d’ecstasy, risque de voir son destin basculer lorsque deux agents secrets belges, Bob Lemmens (Tom Waes) et Kim De Rouij (Anna Drijver), tentent d’infiltrer son réseau.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que Baudelaire avait séjourné en Belgique entre 1964 et 1966, a été corrigée.

J’adore les Belges. Topoï, c’est l’époque qui veut ça, saison 2

Planète +, samedi, 21 h