«Du teweikan à l’électro»: révélations autochtones

L’auteur-compositeur-interprète originaire de Maliotenam Shauit, l’artiste métisse multidisciplinaire Moe Clark et le producteur et musicien Pakesso Mukash
Photo: Terre Innue L’auteur-compositeur-interprète originaire de Maliotenam Shauit, l’artiste métisse multidisciplinaire Moe Clark et le producteur et musicien Pakesso Mukash

Au printemps dernier, la réalisatrice abénaquise Kim O’Bomsawin lançait aux Rendez-vous Québec Cinéma un documentaire-choc sur les quelque 1200 femmes autochtones disparues et assassinées, Ce silence qui tue. Bouleversée par le rapport de la GRC de 2014, celle qui aime véhiculer à travers ses films une image positive des Premières Nations n’a pu s’empêcher de s’intéresser au cycle de la violence dans les communautés autochtones.

Cette fois, dans la lignée de son documentaire La ligne rouge, où elle suivait l’évolution de trois joueurs de hockey autochtones, elle part à la rencontre de trois artistes de la relève musicale autochtone. Alliant entrevues et performance, Du teweikan à l’électro : voyage aux sources de la musique autochtone illustre en toute simplicité la richesse des traditions musicales des différentes communautés à travers le Québec et le Canada, ainsi que la fierté et la créativité des artistes héritiers de ces traditions.

Le coeur de la terre

Depuis la nuit des temps, le teweikan, ou tambour traditionnel, est au coeur même de la musique autochtone. Expression des battements de coeur de la terre mère, le son du teweikan permet pour ainsi dire à celui qui en joue d’entrer en communion avec celle-ci, d’être en harmonie avec l’esprit de ses ancêtres.

Bien qu’elle ait découvert tardivement la culture de ses ancêtres, Moe Clark, artiste métisse multidisciplinaire issue du territoire no 7 en Alberta et vivant à Montréal, allie subtilement spoken word, échantillonnages en boucle, chants traditionnels et improvisations musicales en différentes langues. Ne redoutant pas l’expérimentation ni l’innovation, elle n’hésite pas à inclure les sons vibrants des chants de gorge inuits. Dès son premier album en 2008, Circle of She : Story Song, elle a su imposer son style unique.

Photo: Terre Innue Jean-Eudes Aster, alias Shauit, combine reggae, dancehall, folk et soul. Il lançait en novembre dernier son premier album et interprète avec aplomb des chansons engagées en créole, en français, en anglais et en innu.

À l’instar de Moe Clark, Shauit, auteur-compositeur-interprète originaire de Maliotenam, a été longtemps privé de ses racines. De fait, ce n’est qu’au début de l’adolescence qu’il découvre sa langue d’origine, l’innu. Au même moment, il s’éprend de la musique innue grâce au groupe folk-rock Kashtin, que formaient Florent Vollant, présent dans le documentaire de Kim O’Bomsawin, et Claude Mackenzie au tournant des années 1990.

En plus de permettre à de nombreux jeunes autochtones d’embrasser fièrement leur culture, Kasthin a encouragé certains d’entre eux à envisager une carrière dans la musique, dont le jeune Jean-Eudes Aster, alias Shauit. Combinant reggae, dancehall, folk et soul, Shauit, qui lançait en novembre dernier son premier album, Apu Peikussiaku (signifiant « Nous ne sommes pas seuls »), interprète avec aplomb des chansons engagées en créole, en français, en anglais et en innu.

Originaire de Whapmagoostui, au Nunavik, le producteur et musicien Pakesso Mukash, qui est Cri et Abénaquis, s’est d’abord fait connaître au sein de CerAmony, duo chantant en cri et en anglais, lauréat en 2011 du Juno du meilleur album aborigène de l’année pour l’album CerAmony. Depuis qu’il vit à Montréal, où il enflamme le plancher de danse par son électro aux sonorités autochtones, on le connaît mieux sous le nom de DJ KXO.

Écrit par Jacinthe Beaudet, ce documentaire de Kim O’Bomsawin n’a peut-être pas l’ampleur ni l’ambition du fascinant Rumble : The Indians who Rocked the World, de Catherine Bainbridge et Alfonso Maiorana, mais, grâce aux propos des trois artistes, Du Teweikan à l’électro : voyage aux sources de la musique autochtone pourrait s’avérer une formidable source d’inspiration pour les jeunes générations d’autochtones.

Afin de se familiariser davantage avec la musique autochtone et pour prolonger le plaisir, on se rend à ici.radio-canada.ca/teweikanalelectro, où l’on peut regarder des prestations inédites de Shauit, de Moe Clark et de Pakesso Mukash et consulter la ligne du temps de l’Histoire musicale des 11 nations autochtones du Québec.

Du teweikan à l’électro : voyage aux sources de la musique autochtone

ICI Radio-Canada, samedi, 19 h / Artv, lundi, 21 h