Une télé près de la mort et de la vie

Cette semaine atterrissent deux nouvelles séries documentaires qui nous entraînent dans l’univers des agents de la SPCA et celui des entrepreneurs funéraires.
Photo: Canal Vie Cette semaine atterrissent deux nouvelles séries documentaires qui nous entraînent dans l’univers des agents de la SPCA et celui des entrepreneurs funéraires.

La série documentaire « professionnelle », qui offre une incursion dans les « coulisses » de professions et métiers particuliers, n’est pas un phénomène nouveau à la télévision, surtout chez nos voisins du Sud, et surtout quand cela touche les forces policières. La série américaine COPS, qui en est à sa 30e saison, est sans doute la plus « emblématique » du genre.

Au Québec, cette tendance télévisuelle est arrivée sur le tard, mais se déploie de façon plus manifeste depuis cinq ans. Ainsi, on a eu droit à des incursions dans les univers professionnels des policiers (SQ à V), des pompiers (Alerte 5 à TVA), des médecins et autres travailleurs de la santé (De garde 24/7 à Télé-Québec), des répartiteurs des urgences (911 à V), des agents de stationnement (Parcomètre blues à Canal D), des exterminateurs (SOS Infestations à Canal D), des déneigeurs (En pleine tempête à Canal D) et des remorqueurs fluviaux et autres métiers navals (Remorqueurs du St-Laurent à Canal D). Et on en oublie, sans doute…

Cette semaine, les hasards de la programmation font qu’atterrissent deux nouvelles séries documentaires de ce type qui nous entraînent dans l’univers des entrepreneurs funéraires et celui des agents de la SPCA. Deux productions qui n’ont absolument rien en commun.

À la rescousse

SPCA en action suit le modèle plutôt traditionnel de ce genre télévisuel, qui se concentre essentiellement sur les interventions des travailleurs mis en lumière, ici un quatuor d’agentes de la SPCA de la région montréalaise. Ces constables spéciales qui ont pour mission de faire respecter les lois de la protection des animaux interviennent auprès de propriétaires de petites bêtes à la suite de plaintes du public. Chaque épisode donne à voir quelques-unes de ces interventions : inspections, interrogatoires des présumés fautifs et parfois même saisies d’animaux, qui peuvent nécessiter le concours des forces policières.

La série emprunte la forme convenue de séquences sur le terrain, entrecoupées d’entrevues avec les agentes qui les commentent, tant du point de affectif que professionnel. L’ensemble ne tombe jamais dans le sensationnalisme, la dramatisation à outrance, qui pourrait si facilement tirer des larmes aux téléspectateurs amoureux des animaux. Cette sobriété respectueuse ne nuit pas pour autant à la sympathie que nous inspirent ces agentes dévouées, parfois un peu découragées, impuissantes devant des humains qui ne devraient pas posséder d’animaux.

On y apprend également beaucoup sur la capacité d’action de la SPCA dans les cas de maltraitance et de négligence d’animaux de compagnie et à propos de l’adoption des animaux. Voilà donc une série documentaire professionnelle qui fait oeuvre utile.

Loin des clichés funéraires

Photo: Moi & cie Les coeurs sensibles n’ont rien à craindre : on ne voit jamais de défunts ni leurs «restes» à l’écran.

Les croque-morts ne possède peut-être pas cette qualité, mais elle en a bien d’autres, qui compensent largement. Le magnifique générique d’ouverture aux images léchées et aux accents comique donne le ton : c’est un portrait sans complexe et amusant d’une famille d’entrepreneurs funéraires que nous découvrons dans cette série.

Le scénariste et réalisateur Simon Sachel, un habitué de la téléréalité aux accents plus trash (Célibataires et nus Québec, Barmaids), surprend agréablement avec cette production centrée sur Louis-Simon Lamontagne et Maryse Proulx, un couple de thanatologues qui a repris les rênes de l’entreprise funéraire de la famille de monsieur.

On suit ceux qui se font qualifier par plusieurs de « famille Adams » dans l’intimité de leur maisonnée animée par leurs deux jeunes enfants et, au travail, entre les différentes installations de l’entreprise, toujours en essor dans la région de Lanaudière, de la cuisine au corbillard, en passant par le laboratoire d’embaumement…

Les coeurs sensibles n’ont rien à craindre : on ne voit jamais de défunts ni leurs « restes » à l’écran. La caméra se concentre sur les protagonistes et leurs proches, dont les propos et péripéties du quotidien captent très bien notre attention.

Les personnages « centraux », en l’occurrence notre couple de jeunes croque-morts, s’avèrent fort sympathiques, souvent très drôles, particulièrement à l’aise devant la caméra pour expliquer leur métier, ses bons côtés et ses aléas. Parce que la mort ne s’invite pas toujours au moment où on l’attend… Ainsi, dans le premier épisode, où on les voit affairés à préparer l’ouverture d’un nouveau complexe funéraire à Joliette, ils sont rappelés d’urgence au siège social pour procéder à un embaumement imprévu, qui s’avère un peu moins simple qu’à l’habitude.

Un autre épisode illustre bien leur petit côté « givré » alors qu’on assiste à une séance de magasinage de costumes d’Halloween, une fête pour laquelle ils se permettent de beurrer plus épais que le commun de mortels.

Le ton pétillant de la série se marie habilement aux séquences plus sérieuses en laboratoire, avec le couple de relève et leurs parents. L’ensemble profite d’une réalisation fluide, à la dégaine comique qui dédramatise le sujet sans tomber dans l’irrévérence et le mauvais goût. C’est certes un peu beaucoup « arrangé avec le gars des vues », mais bien fait. Et surtout, ça brise l’image terne et ennuyeuse que l’on se fait trop souvent de ce métier. En ce sens, Les croque-morts fait oeuvre utile.

SPCA en action / Les croque-morts

Canal Vie, jeudi, dès 20 h / Moi et cie, mercredi, 20 h, rediffusion, jeudi, 19 h