«Demain des hommes»: le hockey comme prétexte

«Demain des hommes» s’attarde à un groupe de hockeyeurs adolescents rassemblés dans l’équipe fictive des Draveurs de Montferrand, qui évolue dans une tout aussi fictive ligue junior élite.
Photo: Tou.tv «Demain des hommes» s’attarde à un groupe de hockeyeurs adolescents rassemblés dans l’équipe fictive des Draveurs de Montferrand, qui évolue dans une tout aussi fictive ligue junior élite.

Alors que les séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey battent leur plein sans la Sainte Flanelle, Radio-Canada verse ce mercredi matin sur Tou.tv sa nouvelle série dramatique Demain des hommes. Et la production socio-sportive réussit de belle manière à s’enraciner dans le quotidien d’adolescents poussés par un rêve sans évacuer du portrait la famille, la communauté, voire les enjeux du Québec loin des grands centres.

La série composée de dix épisodes d’une heure est écrite par Guillaume Vigneault et réalisée par Yves Christian Fournier (Tout est parfait, Noir). Les médias ont pu écouter trois chapitres, mardi, et l’histoire évitait jusque-là beaucoup des pièges des séries sportives, en plus de nous accrocher aussi efficacement qu’aurait pu le faire un joueur de hockey des années 1990.

Le titre le dit, Demain des hommes s’attarde à un groupe de hockeyeurs adolescents rassemblés dans l’équipe fictive des Draveurs de Montferrand — un clin d’oeil à la chanson du père de l’auteur —, qui évolue dans une tout aussi fictive ligue junior élite. Qu’ils soient sympathiques ou détestables, on comprend vite que les jeunes sportifs ont encore des croûtes à manger pour devenir des adultes responsables. Et que les supposés adultes autour n’y sont pas tous parvenus non plus.

Ce que réussit bien la série, c’est d’être assurément intéressante pour les amateurs du sport national — on y voit des scènes de hockey —, mais de ne pas être que ça.

Déjà pendant le développement de la série, explique André Béraud, directeur de la fiction et des longs métrages à la télévision de Radio-Canada, l’idée « était de prendre le hockey comme prétexte pour parler des hommes, des femmes, des adolescents et de tous leurs enjeux, et aussi de l’impact qu’une équipe comme ça peut avoir sur une communauté ».

Ce genre de série chorale est exigeante lors des premières minutes, les jeunes personnages se ressemblant beaucoup au premier regard. Guillaume Vigneault s’est en partie servi du descripteur des matchs des Draveurs, joué par Jean-Charles Lajoie, pour mieux cerner les arcs dramatiques des patineurs. Mais dès que les repères sont faits, l’intérêt s’accroît.

Le duel entre le vétéran entraîneur-chef (Normand D’Amour) et son nouvel assistant (Émile Proulx-Cloutier) s’avère savoureux. Vieux dinosaure contre jeune psychologue, la guerre reste à finir. Émile Proulx-Cloutier, étonnant d’aisance dans cet univers, semble d’ailleurs être au centre de plusieurs filons de Demain des hommes : celui de sa propre famille, mais aussi celui de l’équipe et de la petite ville où les partisans semblent bien aimer jouer aux gérants d’estrade.

Approche économe

Dans une série du genre, avec de nombreux personnages imposés par la nature même d’une équipe de hockey, il faut rapidement planter le décor pour chacun. « Le gros défi, c’est de suivre autant de gens de façon économe, a résumé Guillaume Vigneault. Il faut définir leurs aspirations, leur intériorité de façon très éloquente et rapide. »

Et l’exercice est fort bien livré, les liens pas trop soulignés, les tempéraments se cristallisant au fil de l’histoire, parfois au détour d’un non-dit ou d’une scène de hockey. Celles-ci restent peu nombreuses, « mais elles sont toujours utiles à l’histoire », de dire le producteur Richard Goudreau, de chez Melenny Productions.

D’ailleurs, autant l’histoire en est une sur le ton du drame, autant Demain des hommes laisse de la place au rire, à coups de moments cocasses ou de phrases punchées.

Dans ce récit pas monochrome, les jeunes comédiens tirent bien leur épingle du jeu, en particulier Antoine Pilon, Pier-Gabriel Lajoie et Marianne Fortier, chacun aux prises avec leurs problèmes. Joey Scarpellino reprend un rôle qu’il connaît bien et Catherine de Léan, en tant que docteur de l’équipe, semble prendre du galon dans le récit.

Le réalisateur Yves Christian Fournier a voulu une approche sobre à l’image, « avec du grain » pour « retrouver de la texture, une certaine vérité ». C’est pour ces mêmes raisons qu’il a utilisé de la musique country-folk pour accompagner Demain des hommes. On y entend des titres de Tire le Coyote, mais aussi des compositions originales. Un bémol, la musique est peut-être trop présente, et aussi en décalage avec ce à quoi carburent les adolescents aujourd’hui.

Particularité : les dix épisodes de Demain des hommes n’amèneront pas les Draveurs de Montferrand jusqu’à la fin de la saison de hockey.

« Ce n’était pas important, contrairement à d’autres séries [sur le hockey], explique André Béraud. Le sujet, ce n’est pas s’ils vont gagner la coupe ou pas, ce n’était pas nécessairement important d’avoir une finale avec un suspense. L’idée, c’était d’avoir autre chose comme finalité. »

Parfois, le plus pertinent, c’est le parcours.

94 %

Quand Guillaume Vigneault a commencé à travailler sur Demain des hommes, il y a environ plus de sept ans, un membre de l’équipe avait lancé une statistique impressionnante : 94 % des jeunes hockeyeurs pensent atteindre la Ligue nationale de hockey. « Mais il y a seulement 2 % qui vont y arriver ! précise l’auteur. Et pour moi, juste dans cet écart-là, il y avait un potentiel dramatique hallucinant, et c’est là que je me suis dit : “J’ai envie d’écrire cette série-là. Ça fait bien des rêves, beaucoup d’appelés et peu d’élus.” »